
L’éventuelle création d’une Banque Postale ou le renforcement de la part détenue par La Poste tunisienne dans le capital d’un établissement bancaire existant reste une option stratégique qui ne peut être décidée dans le cadre du projet de loi sur la lutte contre l’exclusion financière, ont indiqué les représentants du ministère des Finances lors d’une audition devant la Commission des finances et du budget de l’Assemblée des Représentants du Peuple (ARP).
Plusieurs députés avaient demandé l’introduction d’un chapitre dédié à la Banque Postale dans le texte législatif en discussion, estimant que le réseau des bureaux de poste, implanté sur l’ensemble du territoire national, représente une ressource nationale qui demeure sous-exploitée. À leurs yeux, son intégration au système bancaire permettrait de rapprocher les services financiers des citoyens, notamment dans les régions intérieures, de faciliter l’accès au crédit pour les petites et moyennes entreprises et de stimuler l’épargne ainsi que le paiement numérique, ce qui contribuerait à atténuer les écarts entre les régions.
Face à ces demandes, les responsables du ministère des Finances ont répondu qu’une telle orientation suppose un examen approfondi de ses dimensions juridiques, économiques et financières, ainsi qu’un accord large entre l’ensemble des parties concernées afin d’en assurer la viabilité. Ils ont ajouté que le projet de loi actuellement examiné fait partie d’un chantier de réforme plus vaste et ne peut, à lui seul, couvrir l’intégralité des transformations structurelles attendues dans les secteurs financier et bancaire.
Ce dossier n’est pas nouveau. L’idée d’une Banque Postale en Tunisie a émergé durant les années 2000, et chaque fois que le sujet ressurgit, il finit rapidement renvoyé aux calendes grecques. Une étape plus concrète a toutefois été franchie en 2019, lorsque La Poste Tunisienne a soumis pour la première fois à la Banque centrale de Tunisie une demande de licence préliminaire pour la création de la banque postale, démarche renouvelée une seconde fois en 2023. En réponse au premier dossier, la BCT avait exigé une révision du modèle d’affaires proposé et son adaptation aux exigences du cadre juridique régissant le secteur bancaire, notamment l’attribution à la future banque du statut de société anonyme et son assujettissement au contrôle de l’institut d’émission. Sur la base de ces recommandations, La Poste Tunisienne a élaboré, avec l’appui d’experts, un nouveau dossier soumis à la BCT, qui n’a toutefois pas reçu de réponse officielle.
Le projet s’est aussi heurté à des réticences institutionnelles, outre la BCT, le ministère des Finances figurait également parmi les parties peu enthousiastes à l’égard de cette initiative, par crainte de voir les ressources des comptes courants et d’épargne postaux, actuellement mobilisées pour financer le budget de l’État, transférées vers la nouvelle entité. Un groupe de travail associant la BCT avait par ailleurs été constitué pour étudier la faisabilité du projet, l’orientation initiale ayant porté sur le rachat d’une banque existante avant d’être abandonnée au profit de la création d’un nouvel établissement, soutenu par certains bailleurs de fonds, dont l’Union européenne via la BERD.
Le dossier a connu une relance institutionnelle plus récente avec la Commission des finances et du budget de l’Assemblée des représentants du peuple s’est saisie du projet de loi n°82 de 2025 portant création de la Banque Postale, présenté par un groupe de députés. Ce texte prévoit que la nouvelle institution publique, filiale de La Poste Tunisienne, dispose de la personnalité morale et de l’autonomie financière, et soit régie à la fois par le code des sociétés commerciales et par la législation relative aux banques et établissements financiers. Le capital social initial envisagé pour cette structure est fixé à 60 millions de dinars, à libérer en plusieurs tranches sur une période maximale de quatre ans.
Les représentants de La Poste Tunisienne ont précisé, lors d’une audition au Conseil national des régions et des districts, que trois hypothèses sont actuellement à l’étude. La première consisterait à transformer l’ensemble de l’institution postale, structures et personnel compris, en banque postale, une option jugée difficile et écartée pour le moment. La deuxième porterait sur la conversion d’une partie des activités de La Poste en une entité spécialisée dans les services financiers, afin de préserver les autres missions postales. La troisième envisagerait le rachat d’une banque existante pour intégrer directement le secteur via une structure déjà opérationnelle.
Tout en réaffirmant que La Poste tunisienne joue déjà un rôle central au sein du système financier national, le ministère a insisté sur le fait que toute décision visant à élargir son rôle dans le secteur bancaire exige au préalable une évaluation globale et une analyse rigoureuse de ses répercussions.










