Exclusif : Comment la Banque Rothschild a vendu Esprit pour près de 100 millions d’Euro !

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Esprit vendu par la banque Rothschild
En avril dernier et au moment où des millions de tunisiens vivent au rythme d’un confinement sanitaire total, le milieu des affaires est secoué par une étonnante transaction : la vente de la légendaire université Esprit.

Traversée depuis assez longtemps par des querelles existentielles et comptables, l’Université Esprit est victime de son succès. Selon nos sources les trois fondateurs (Tahar Belakhdar, Naceur Ammar et Mohamed Jaou) s’écharpent sur des sujets futiles au grand dam d’une myriade de petits actionnaires et de Tuninvest qui a beaucoup investit. La plus célèbre des universités privée en Tunisie vit une crise de gouvernance.

Cette mauvaise passe n’affecte paradoxalement pas le label qualité de cette institution née en 2003 dans l’austère zone industrielle de la Charguia II.

C’est le contraire qui se produit les propriétaires divisés sur l’avenir reçoivent des offres de rachat de la part de grands groupes tunisiens et étrangers dont le groupe université centrale détenu par le réseau Honoris lui-même contrôlé par Actis un puissant fonds d’investissement britannique très présent en Afrique et dans le secteur de l’Education.

Dépité par des offres peu convaincantes Africinvest, maison mère de Tuninvest recours aux services de la banque d’affaires Rothschild le but de cette manœuvre stratégique étant au final de doter Esprit d’une valorisation internationale et c’est chose faite. Légèrement écœurés par ce piège à renard la plupart des soumissionnaires jettent l’éponge et notamment DPI et Gallileo sauf un, le britannique Actis qui revient à la charge par la porte de service. Les négociations entre les deux parties sont loin de s’enliser et un accord est vite trouvé, Actis sort son chéquier.

Selon des sources généralement bien informées la transaction est estimée entre 80 et 100 millions d’euros.

Esprit se déleste de son patrimoine et vend tout, le campus, le lycée et l’école primaire, une page est tournée dans l’histoire de l’enseignement privé en Tunisie, un secteur salué par tout le continent africaine. Une fois cette grande OPA achevée Esprit passera sous le pavillon Université Centrale Honoris. Dans les faits c’est une belle victoire pour le groupe britannique qui renforce son emprise tentaculaire sur l’éducation en Afrique après une récente grosse acquisition au Nigéria.

En parallèle, le feuilleton de la vente de Esprit représente une belle revanche pour le groupe Centrale qui voit passer sous son giron une université prestigieuse synonyme de qualité académique chose qui toujours fait défaut au groupe fondé par la famille Ben Turkia au début des années 2000. 

Une fois la transaction d’Esprit terminée, l’opération dans le fonds comme dans la forme, soulève trois questions. D’abord un problème de monopole. Faisons les calculs : le groupe Centrale c’est 10.000 étudiants et esprit 7000. Ensemble ils pèseront désormais 17.000 étudiants sur les 30.000 que compte le secteur. Cette nouvelle entité universitaire représente à présent 51% du secteur et à titre indicatif 10% du pôle santé.

C’est de facto une position de monopole au moment où le secteur de l’enseignement supérieur privé traverse une crise d’une grande ampleur avec son lot de mauvaises nouvelles comme l’effondrement du pouvoir d’achat des tunisiens et un déclin sans précédent d’étudiants africains qui choisissent la Tunisie pour poursuivre leurs études supérieures. Ensuite vient l’épineuse question de l’actionnariat étranger.

En Tunisie la loi est claire, pas d’ambiguïté possible. Les capitaux et les investisseurs étrangers ne peuvent contrôler plus de 35% des parts sociales dans une institution d’enseignement supérieur privé. Or, ce n’est pas du tout le cas ici, le couple Ben Turkia et les fondateurs d’Esprit auraient mystérieusement  disparus de la gouvernance financière des deux entités et des radars de la gestion opérationnelle  !!!

Dans un tel cas de figure le troisième problème nous met face à un dilemme de souveraineté nationale et académique ! Trois exemples s’invitent à la table, Tunis Paris Dauphine où malgré la présence des capitaux français, c’est le groupe Mabrouk qui détient la majorité et assure la gouvernance, même scénario avec Essca Business School à Sousse et qui en dépit de capitaux français c’est le groupe Zouari qui garde la main, et puis pour finir un exemple épique, celui du groupe universitaire tunisien IHET qui a refusé un gros chèque d’investisseurs étrangers motif invoqué la souveraineté de la Tunisie !

Des lors, une question se pose, qui décidera de l’avenir académique de nos universités privées, Londres ou le vénérable du ministère de l’Enseignement sur l’avenue Ouled Haffouz ?

Par : Nabil ALLANI

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7 Commentaires

  1. L ihe sousse m avait volé des années de ma vie et de mon salaire…. Actuellement je suis en justice avec ces types pour avoir ma retraite.. Nichkihom il rabbi…

  2. Les capitaux étrangers ne peuvent pas contrôler pkus de 35%: ceci n’ai plus vrai. Il y a eu une nouvelle loi (2018-2019) qui autorise le dépassement de 51%.
    Le rôle de notre ministre est de contrôler la qualité de la formation avec des instances indépendante et aussi améliorer la qualité de la formation publique.
    je trouve étrange que nos universitaires refusent toutes forme de contrôle sur leurs travail malgré qu’ils sont payés par le contribuable. Les exemples de forme de contrôle de qualité ne manquent pas (exemple UK pour tout domaines, ou l’accréditation dans la formation des ingénieurs)

  3. Les capitaux étrangers ne peuvent pas contrôler pkus de 35%: ceci n’ai plus vrai. Il y a eu une nouvelle loi (2018-2019) qui autorise le dépassement de 51%.
    Le rôle de notre ministre est de contrôler la qualité de la formation avec des instances indépendante et aussi améliorer la qualité de la formation publique.
    je trouve étrange que nos universitaires refusent toutes forme de contrôle sur leurs travail malgré qu’ils sont payés par le contribuable. Les exemples de forme de contrôle de qualité ne manquent pas (exemple UK pour tout domaines, ou l’accréditation dans la formation des ingénieurs)

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