Dans les coulisses de l’électronique, les entreprises qui portent la montée en puissance de la Tunisie

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Le Cluster Elentica et le ministère de l’Industrie, des Mines et de l’Énergie ont organisé, du 23 au 25 juin 2026, une formation de trois jours destinée à une quinzaine de journalistes, combinant sessions pédagogiques et visites de différents maillons de la chaîne de valeur électronique tunisienne, avec pour fil conducteur le Pacte pour la compétitivité des industries électroniques à l’horizon 2030.

STMicroelectronics : Du technopole El Ghazela aux satellites de SpaceX

Après la présentation du Pacte électronique et un panel consacré aux profils recherchés par le secteur, animé par des membres du Cluster Elentica autour des enjeux de recrutement technique, qualité et ressources humaines, c’est STMicroelectronics qui a ouvert le bal des visites de cette tournée. Première entreprise de haute technologie et seul fabricant mondial de semi-conducteurs à avoir établi un le Centre de Recherche et Développement en Tunisie, STMicroelectronics est implanté au technopôle d’El Ghazela depuis plus de vingt ans. Ce site emploie aujourd’hui plus de 250 ingénieurs, dont 43 % de femmes, qui travaillent notamment sur le STM32V8, premier microcontrôleur de l’industrie fabriqué en technologie 18 nanomètres FD-SOI associée à une mémoire à changement de phase. Ce composant, conçu par les équipes tunisiennes, capable d’atteindre 800 MHz grâce à un cœur Arm Cortex-M85, a été retenu par SpaceX pour le système de connectivité haut débit de sa constellation Starlink.

AsteelFlash veut doubler sa mise en Tunisie

La deuxième journée a débuté par la visite des installations d’AsteelFlash en Tunisie, 6ème sous-traitant mondial en services de fabrication électronique (EMS). Le groupe français emploie en Tunisie entre 1 400 et 1 500 ingénieurs et cadres, pour un chiffre d’affaires mondial de 900 millions d’euros en 2025, dont environ 15 % généré par ses opérations tunisiennes. Certifiée ISO 9001, ISO/TS 16949 et ISO 14001, l’unité de production constitue un site de référence pour la fabrication et l’assemblage de projets industriels à coûts maîtrisés. Au service de donneurs d’ordres européens présents sur ces segments, l’établissement s’appuie sur des délais de production plus courts que ceux observés dans d’autres régions du monde et a bâti, au fil du temps, une expertise propre aux exigences des industries les plus pointues, appuyée sur des équipements technologiques conformes aux référentiels industriels les plus stricts. Le site de La Soukra dispose ainsi de machines de sérigraphie, de systèmes d’inspection de crème à braser, de lignes de composants montés en surface, de dispositifs d’inspection automatique, d’installations de brasage à la vague aussi bien sans plomb que plombé, de bancs de test à sonde mobile, de capacités de test in situ, d’équipements d’inspection par rayons X, ainsi que d’outils de vernissage et de thermocyclage. Depuis février 2026, le groupe multiplie les annonces concernant un projet d’extension de sa filiale tunisienne, confirmé lors de plusieurs rencontres avec le ministère de l’Industrie. Ce plan, dont les détails techniques n’ont pas été dévoilés, doit s’appuyer sur l’intégration des technologies les plus récentes du secteur et viser un doublement du chiffre d’affaires et des exportations de la filiale. Pour accompagner cette montée en capacité, AsteelFlash Tunisie a conclu un accord avec l’Agence Nationale pour l’Emploi et le Travail Indépendant (ANETI) prévoyant le recrutement de plus de 400 diplômés dès 2026 et de plus de 1 500 collaborateurs sur trois ans. Ces embauches accompagneront l’extension des capacités industrielles de l’entreprise en Tunisie sur un site de grande superficie dédié aux activités électroniques, avec des applications destinées aux secteurs automobile et aéronautique. Les profils recherchés couvriront plusieurs spécialités, notamment la finance, la comptabilité, l’informatique, les services et les métiers de l’électronique.

CETIME, l’appui technique au service des PME

Toujours lors de la deuxième journée, la délégation s’est rendue au Centre Technique des Industries Mécaniques et Electriques, (CETIME), institution placée sous la tutelle du ministère de l’Industrie et créée en 1982. Présent sur quatre sites nationaux, le CETIME propose aux PME électroniques des laboratoires d’essais en compatibilité électromagnétique, des prestations de certification CE et RoHS ainsi qu’une plateforme de prototypage et d’essais pour circuits imprimés. Le centre a récemment relancé son service d’essais de contamination ionique grâce à l’acquisition d’un équipement de mesure de pointe, une prestation destinée à garantir la fiabilité des cartes électroniques produites par les industriels et les sous-traitants du secteur. Le CETIME organise également, chaque année depuis 2025, des rencontres sectorielles consacrées aux industries électriques, électroniques et mécatroniques, et prépare pour novembre 2026 le retour du Salon international de la pièce de rechange, des équipements et des services industriels, près de vingt ans après sa dernière édition.

En Tunisie, Visteon garde le pied sur l’accélérateur

La troisième journée a débuté par la visite de Visteon, équipementier automobile américain installé en Tunisie depuis 2005 et spécialisé dans les tableaux de bord numériques, les afficheurs tête haute et les systèmes de connectivité, fournis notamment à Ford, BMW, Renault, Stellantis et Hyundai. Le groupe, qui dispose de 14 sites de production et de 18 centres de recherche et développement dans le monde pour plus de 10 000 employés, avec 3 unités et un centre R&D en Tunisie.

Visteon a inauguré fin 2025 à Tunis un centre stratégique de recherche et d’innovation employant déjà près de 200 ingénieurs. Présente en Tunisie avec 560 salariés, 100% compétences tunisiennes, dont un taux d’encadrement avoisinant 40 %, l’entreprise vise désormais environ 800 emplois à l’horizon 2028 et a confirmé son intention de poursuivre son expansion à travers de nouveaux investissements, projets industriels et le recrutement de personnels supplémentaires.

Altrics passe à six lignes, et ne compte pas s’arrêter

La délégation a ensuite rejoint les locaux d’Altrics, sous-traitant français présent en Tunisie à travers sa filiale Atems, dont le site, étendu sur 10 000 mètres carrés à proximité de Tunis, a été inauguré fin 2022. Désormais rattachée au groupe Alliance Electronics, l’entreprise a renforcé son outil de production en intégrant une nouvelle ligne de brasage à la vague, le modèle MWS2340 fourni par l’industriel allemand Seho, pour un investissement dépassant 350 000 euros. Équipée de convoyeurs et de plusieurs options avancées, cette ligne dernière génération permet de traiter des cartes électroniques d’une masse supérieure à 21 kilogrammes, ouvrant la voie à la production de modules de puissance particulièrement lourds, notamment des circuits dédiés à la recharge de batteries. Sa mise en service, précédée d’une phase de qualification engagée à la mi-janvier, porte désormais à six le nombre de lignes de production exploitées sur le site tunisien de la société d’origine alsacienne.

La Pratique Électronique, pionnière de la co-traitance export à Nabeul

Le parcours s’est achevé à Béni Khiar, dans le gouvernorat de Nabeul, où La Pratique Électronique est installée depuis 2001 en tant qu’entreprise totalement exportatrice. Première société du secteur certifiée ISO 9001, ISO 14001 et OHSAS 18001, labélisée RSE en 2019, elle détient depuis 2022 le statut d’opérateur économique agréé et emploie des opératrices certifiées selon les normes internationales IPC 610-A et IPC 7711/7722. D’une équipe de 5 personnes débutant dans un garage à près de 200 employés prochainement, la Pratique Electronique ne compte pas s’arrêter là et se fixe l’objectif d’accélérer son développement et sa croissance, avec de nouveaux équipements, investissements et projets, avec toujours la même ambition, faire rayonner le savoir-faire tunisien dans le monde.

6 entreprises, 6 métiers, une même ambition

De la conception de semi-conducteurs chez STMicroelectronics à l’assemblage électronique chez AsteelFlash, en passant par l’appui technique apporté par le CETIME, l’électronique embarquée automobile portée par Visteon et Altrics, jusqu’à la co-traitance export incarnée par La Pratique Électronique, ce parcours de trois jours a permis de couvrir l’ensemble de la chaîne de valeur du secteur électronique tunisien. Recherche et développement, fabrication de composants avancés, assemblage de cartes électroniques, certification qualité et exportation vers les marchés internationaux, chacune de ces étapes trouve aujourd’hui un acteur de référence implanté sur le territoire tunisien. Si les coulisses de cette tournée ont bien montré et prouvé une chose unanime, c’est que ces six entreprises partagent un même socle, celui de compétences tunisiennes qui œuvrent quotidiennement, souvent loin des projecteurs, pour faire rayonner un savoir-faire national reconnu jusque dans des projets aussi exigeants que la constellation Starlink de SpaceX. Qu’il s’agisse des ingénieurs d’El Ghazela, des techniciens de La Soukra, des opératrices certifiées de Béni Khiar ou des équipes R&D de Visteon, c’est cette expertise locale qui constitue, pour chacune de ces structures, le véritable moteur de leur développement. Ces six entreprises ont une volonté commune de poursuivre l’expansion en Tunisie, avec AsteelFlash vise un doublement de son chiffre d’affaires et de ses exportations, Visteon ambitionne de porter ses effectifs à 800 emplois d’ici 2028, Altrics multiplie les investissements dans ses lignes de production, tandis que La Pratique Électronique, partie d’une équipe de cinq personnes dans un garage, se rapproche désormais des 200 employés. Dans chacun de ces cas, les dirigeants ou maisons mères confirment leur confiance dans le site tunisien, en y injectant de nouveaux capitaux plutôt qu’en redirigeant leurs investissements vers d’autres géographies. Alignées avec le Pacte pour la Compétitivité, elles incarnent, chacune à leur échelle, la trajectoire que la Tunisie souhaite imposer à l’ensemble de sa filière électronique d’ici 2030.

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