IACE : Le recul des compétences scientifiques coûterait 9,7 milliards de dinars par an à la Tunisie

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L’Institut Arabe des Chefs d’Entreprises (IACE) alerte sur un affaiblissement progressif des compétences scientifiques en Tunisie et appelle les pouvoirs publics à faire de cette question une priorité de politique économique nationale, au même titre que la croissance, l’emploi ou l’inflation. Dans sa note « Le capital scientifique, un levier de croissance », l’organisation souligne que cette fragilisation, particulièrement visible dans le recul des mathématiques, représenterait un manque à gagner annuel estimé à 9,7 milliards de dinars, soit près de 6% du produit intérieur brut.

Le taux de chômage des diplômés du supérieur est passé de 3,8% en 1994 à 24,9% au troisième trimestre 2025, tandis que le chômage national a suivi une trajectoire beaucoup moins marquée, oscillant récemment entre 14,1% et 16,4%. Pour l’IACE, cet écart révèle un paradoxe central de l’économie tunisienne, le pays a considérablement élargi l’accès à l’enseignement supérieur et multiplié le nombre de diplômés au fil des décennies, sans parvenir à transformer cette accumulation de capital éducatif en compétences réellement mobilisables par le marché du travail.

Selon l’Indice de Capital Humain de la Banque mondiale, un score de 0,52, un enfant né aujourd’hui en Tunisie n’atteindrait, à l’âge adulte, qu’environ 52% de son potentiel productif dans un environnement éducatif optimal. Ce résultat ne s’explique pas par la durée de scolarisation, restée relativement élevée, mais par la qualité des apprentissages effectivement acquis. Les mathématiques occupent, dans ce diagnostic, une place particulière puisqu’elles développent des capacités de raisonnement et d’analyse quantitative mobilisées dans de nombreux secteurs à forte valeur ajoutée, de l’ingénierie à l’intelligence artificielle en passant par la finance et l’industrie avancée. Or, la proportion des candidats au baccalauréat inscrits dans la section Mathématiques a fortement diminué au cours des deux dernières décennies, réduisant progressivement la base à partir de laquelle le pays construit ses compétences scientifiques avancées.

Ce recul a également un coût direct pour les ménages tunisiens, selon les données mobilisées par l’étude, les familles consacraient en 2021 en moyenne 33,2 dinars par personne aux cours particuliers de mathématiques, pour un coût national estimé à environ 500 millions de dinars en 2025. Le développement de ce marché privé de soutien scolaire révèle, pour l’IACE, un transfert progressif vers les familles de la charge de correction des insuffisances du système éducatif public, avec un accès inégal selon les ressources dont disposent les ménages.

En 2026, le budget consacré par l’État à l’éducation et à l’enseignement supérieur atteint 11 milliards de dinars, dont 8,70 milliards pour l’éducation et 2,40 milliards pour l’enseignement supérieur, soit environ le double du budget d’investissement total de l’État, fixé à 5,55 milliards de dinars, avec une progression annuelle de 5%. Pour l’IACE, le débat public ne peut donc plus se limiter à la question du niveau de la dépense publique, l’enjeu central porte désormais sur le rendement de cet investissement déjà consenti et sur la capacité du système à le convertir en compétences productives.

L’institut explique cette faible priorisation par une asymétrie propre à ce type de politique publique. Les coûts d’une réforme des mécanismes de formation des enseignants ou des programmes scolaires sont immédiats et politiquement sensibles, tandis que les bénéfices, en matière de productivité ou d’innovation, n’apparaissent que sur plusieurs années, voire une décennie. Cette temporalité longue, combinée à une dispersion des responsabilités entre le ministère de l’Éducation, celui de l’Enseignement supérieur, les universités et les acteurs économiques, expliquerait pourquoi la question des compétences scientifiques reste encore traitée comme un sujet sectoriel plutôt que comme un déterminant de la compétitivité nationale.

Face à ce constat, l’IACE formule trois orientations stratégiques :

La première consiste à installer un système national de mesure des compétences scientifiques, permettant de suivre régulièrement les apprentissages fondamentaux, les écarts territoriaux et l’évolution de l’attractivité des filières scientifiques.

La deuxième vise à définir une trajectoire nationale de développement du capital scientifique, portant notamment sur le renouvellement des enseignants et une meilleure articulation entre universités, recherche et économie.

La troisième propose d’instaurer une gouvernance interministérielle capable d’assurer la continuité de cette politique via un observatoire national des compétences scientifiques chargé de documenter les tendances et d’éclairer les arbitrages publics.

Pour l’IACE, la question des mathématiques dépasse ainsi largement le cadre scolaire, le capital scientifique doit être reconnu comme une infrastructure immatérielle de la compétitivité nationale, au même titre que les infrastructures physiques ou numériques, et nécessite à ce titre une vision de long terme et un pilotage stratégique assumé par les pouvoirs publics.

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