Fitch maintient la note de la Tunisie à « B- » avec perspective stable

0
78

L’agence de notation Fitch Ratings a confirmé, le 8 septembre 2026, la note de défaut émetteur à long terme de la Tunisie à B- assortie d’une perspective stable. Cette décision s’appuie sur plusieurs atouts structurels de l’économie tunisienne, parmi lesquels un PIB par habitant supérieur à celui des pays comparables et une économie diversifiée dotée d’une main-d’œuvre qualifiée. Ces éléments favorables sont toutefois contrebalancés par un endettement public élevé, des déficits budgétaires importants et des besoins de financement conséquents.

Selon l’agence, la position extérieure du pays demeure résiliente malgré les chocs externes. Fitch prévoit que le déficit du compte courant s’élargira à 3,9% du PIB en 2026, la hausse des prix de l’énergie entraînant un déficit commercial plus important, malgré des recettes d’exportation d’huile d’olive favorables, en hausse de 44% sur un an au premier semestre 2026, et une bonne performance du compte des services. Ce déficit devrait ensuite se resserrer, l’agence anticipant un niveau inférieur à 2,5% en 2027 et 2028, sous l’hypothèse d’une baisse des prix internationaux du pétrole.

Concernant le financement extérieur, l’agence relève un recul des sorties nettes attendues à 1,4% du PIB en 2026, contre un niveau record de 3,6% en 2024, avant une stabilisation à 1% en 2027 et 2028. La Tunisie a intégralement remboursé son unique eurobond en circulation de 700 millions d’euros arrivé à échéance en juillet 2026, grâce à des prêts accordés par la banque centrale. Les réserves internationales, pour leur part, devraient reculer à 3,3 mois de paiements extérieurs courants en 2026 avant de remonter à 3,7 mois en 2028, un niveau qui reste inférieur à la médiane des pays notés B, établie à 4,1 mois. Les entrées nettes d’investissements directs étrangers ont progressé à 2% du PIB en 2025, portées par les investissements dans les énergies renouvelables et l’activité manufacturière.

Fitch anticipe un creusement du déficit budgétaire à 6,4% du PIB en 2026, très supérieur à la médiane des pays notés B de 3,3%, en raison d’une hausse de 0,8% du coût des subventions aux carburants. L’agence n’anticipe pas de réforme budgétaire significative et considère que le gouvernement a mis fin à la consolidation des autres dépenses courantes, notamment la masse salariale. La dette publique devrait progresser modérément à 85% du PIB en 2026 et rester globalement stable jusqu’en 2028, un niveau bien supérieur à la médiane B de cette même année, fixée à 55%. Environ 40% de cette dette est libellée en devises étrangères et donc exposée au risque de change.

Les besoins de financement budgétaire, hors refinancement de la dette à court terme, resteront élevés, à 13,5% du PIB en 2028, contre une médiane B de 8,9%. Pour y faire face, la banque centrale a accordé des prêts à taux zéro de 7 milliards de dinars tunisiens en 2024, soit 4,4% du PIB, puis en 2025, soit 4,1% du PIB, et un prêt de 11 milliards de dinars est prévu dans la loi de finances 2026, représentant 6,1% du PIB. Fitch estime que ce financement par la banque centrale devrait cesser en 2027, ce qui entraînerait une forte hausse de l’emprunt intérieur net, passant de 1,7% du PIB en 2026 à 6,5% en 2027, avec des conséquences sur le secteur financier domestique.

L’agence évoque également un risque de dépréciation du taux de change, le taux de change effectif réel du pays s’étant apprécié de 24% entre 2019 et 2025 selon le Fonds Monétaire International. Pour limiter la demande de devises et préserver les réserves, la banque centrale a adopté en mai 2026 des mesures restreignant l’accès au financement pour les importations non essentielles. Les pressions inflationnistes restent, quant à elles, contenues, l’essentiel de l’impact de la hausse des prix internationaux du pétrole étant absorbé par les subventions budgétaires aux carburants. L’inflation moyenne devrait ainsi atteindre 5,7% en 2026 avant de reculer à 5% d’ici 2028, un niveau nettement inférieur à la moyenne 2022-2024 de 8,3%. La croissance moyenne du PIB réel est projetée à 2% sur la période 2026-2028.

L’agence signale enfin des tensions sociales liées aux récentes vagues de chaleur, à l’origine de perturbations de l’approvisionnement en électricité et en eau, qui, combinées à un chômage persistant, ont déclenché des manifestations dans les grandes villes. Le risque politique demeure limité selon Fitch, mais le risque budgétaire est jugé élevé, le gouvernement pouvant être incité à augmenter les allocations sociales et les embauches dans la fonction publique. Sur le plan de la gouvernance, la Tunisie affiche un classement médian selon les indicateurs de la Banque mondiale, se situant au 36e percentile.

Fitch précise qu’une hausse persistante du ratio dette publique sur PIB ou une pression accrue sur les comptes extérieurs pourrait conduire à un abaissement de la note, tandis qu’une réduction durable des déficits, combinée à un meilleur accès au financement extérieur, pourrait au contraire ouvrir la voie à un relèvement.

LAISSER UN COMMENTAIRE

Please enter your comment!
Please enter your name here