Elisabeth Wolbers : « Les investissements allemands progressent, la Tunisie prête pour les industries du futur »

0
93

Interview avec Elisabeth Wolbers, Ambassadrice de la République fédérale d’Allemagne en Tunisie

2026 marque le 70e anniversaire des relations diplomatiques tuniso-allemandes. Avec plus de 320 entreprises allemandes actives, 5,3 milliards d’euros d’échanges commerciaux, un excédent de 1,1 milliard en faveur de la Tunisie, comment évaluez-vous le chemin parcouru, et quelles sont les ambitions que vous portez pour cette nouvelle étape du partenariat ?

Tout d’abord, permettez-moi de féliciter la Tunisie encore une fois à l’occasion des 70 ans de son indépendance. L’Allemagne est fière d’être un partenaire de la République Tunisienne dès le début. Les relations économiques jouent un rôle fondamental dans ce partenariat. Depuis plus de 50 ans, les entreprises allemandes ont choisi la Tunisie comme pays privilégié pour des investissements significatifs.

Depuis 47 ans, la Chambre Tuniso-Allemande de l’Industrie et du Commerce (AHK), fondée en 1979, est présente ici et accompagne activement le développement des relations économiques entre nos deux pays.

Au fil des années, les investissements publiques et privées ont atteint un niveau impressionnant. Les raisons sont claires : Outre la proximité géographique de la Tunisie avec l’Europe et l’Allemagne, qui permet de raccourcir les circuits, il s’agit avant tout du fort potentiel du pays, de son savoir-faire et de sa main-d’œuvre hautement qualifiée. Par ailleurs, de plus en plus de Tunisiennes et de Tunisiens vivent et travaillent en Allemagne, ce qui permet de renforcer encore davantage nos relations étroites et d’en tirer des bénéfices mutuels.

Nos ambitions visent clairement à continuer cette dynamique positive. En tant que « Team Deutschland » – c’est-à-dire toutes les institutions allemandes présentes ici travaillant dans tous les différents domaines telles que la culture, la langue, l’économie ou encore la coopération – nous oeuvrons, ensemble avec nos partenaires tunisiens, pour créer un partenariat encore plus fort, pour le bien de nos deux pays.

L’Allemagne est le 2e investisseur étranger en Tunisie. Quels sont, selon vous, les secteurs qui offrent encore le plus grand potentiel de croissance pour les entreprises allemandes souhaitant s’y engager davantage ?

Généralement, pour tout engagement des entreprises allemandes, le facteur clé réside dans les bonnes conditions d’investissement. Dans ce contexte, elles accordent une grande importance à une législation favorable et à la mise en place des meilleures conditions-cadres possibles. Les investissements allemands en Tunisie connaissent une croissance continue, et le potentiel de la Tunisie d’attirer aussi les industries du futur est donné.

De telles conditions contribuent simultanément à la croissance économique des deux côtés.  Je suis convaincue que le potentiel est immense et qu’il reste encore de nombreuses opportunités à saisir.

La 4èmeédition de l’Industry Innovation Day, organisée avec l’AHK et la GIZ, a mis en lumière un secteur automobile en pleine montée en gamme, notamment pour l’électrique. Comment l’Allemagne accompagne-t-elle cette évolution technologique ?

C’est le partenariat des entreprises allemandes avec tout le secteur automobile en Tunisie qui pilote cette évolution. La TAA (Tunisian Automotive Association), était le principal partenaire de cet évènement. Entretemps, tout un écosystème de fournisseurs et ingénieurs d’automobile s’est développé ici en Tunisie. La conférence a mis en lumière les évolutions actuelles et mondiales de ce secteur, allant de la mobilité du futur à l’électrification et la digitalisation. Le secteur en Tunisie est idéalement positionné comme « hub » pour la production, la recherche et le développement et l’innovation industrielle. Les entreprises allemandes, la coopération de la TAA avec la Fédération d’automobile allemande (VDA), ainsi que les programmes sur mesures de la coopération allemande et de l’AHK avec cette industrie contribuent à l’adaptation du secteur face à des défis majeurs. C’est donc un cas exemplaire d’un partenariat publique-privé réussi.

Près de 7 500 étudiants tunisiens sont inscrits dans des universités allemandes, l’Allemagne est leur 2e destination après la France. Comment le DAAD et les établissements allemands envisagent-ils de renforcer les passerelles avec les universités tunisiennes, notamment pour favoriser des parcours en double diplôme ?

Nous constatons un vif intérêt des deux côtés, comme en témoigne le nombre élevé d’étudiants tunisiens en Allemagne ainsi que les nombreux projets de recherche menés conjointement par des universités allemandes et tunisiennes. Le DAAD, l’Office allemand des échanges universitaires, joue un rôle central dans le développement et le renforcement de cette coopération académique étroite et fructueuse.

L’équipe du DAAD en Tunisie offre des conseils fiables, indépendants et de haute qualité sur le système universitaire allemand et sur les nombreuses opportunités qui se présentent aux étudiants et chercheurs tunisiens. Cela inclut notamment le programme de bourses particulièrement attractif proposé par le DAAD.

Evidemment, le DAAD travaille en étroite collaboration avec les partenaires tunisiens ainsi que d’autres institutions allemandes comme la Fondation Alexander von Humboldt, la Fondation allemande pour la recherche (DFG) et l’Institut Fraunhofer qui, eux aussi, contribuent de manière significative aux échanges scientifiques tuniso-allemands. Récemment, la Semaine allemande des Sciences, organisée à Tunis, a réuni un grand nombre de ces acteurs et a mis en évidence le fort potentiel ainsi que les excellentes perspectives de notre partenariat scientifique.

La Tunisie compte plus de 134 000 ressortissants en Allemagne, très présents dans la santé, les technologies et l’entrepreneuriat. Comment l’Ambassade entend-elle mobiliser cette diaspora comme levier de coopération entre les deux pays ?

La diaspora tunisienne constitue un véritable pont entre nos deux pays. Elle favorise le transfert de connaissances, la mise en réseau des professionnels et des entrepreneurs, ainsi que des projets de développement dans lesquels les Tunisiens résidant à l’étranger mettent à profit leurs expériences, leurs compétences et leurs investissements au service du développement économique et social de la Tunisie. L’Allemagne soutient pleinement cet engagement. Le programme WIDU en est un excellent exemple : il accompagne et cofinance de petites entreprises grâce à l’implication de la diaspora tunisienne.

Si vous deviez retenir une initiative, un projet ou un symbole de la coopération germano-tunisienne, lequel choisiriez-vous, et pourquoi ?

Cette année, c’est le slogan « Aichekschön », que nous avons choisi pour célébrer l’occasion du 70e anniversaire des relations diplomatiques tuniso-allemandes. Il s’agit d’un jeu de mots entre « aichek » et « dankeschön », les deux signifiant « merci beaucoup ». Cela exprime parfaitement l’esprit de respect, de partenariat et d’amitié entre nos deux peuples.

 

LAISSER UN COMMENTAIRE

Please enter your comment!
Please enter your name here