Gouvernance et durabilité : le Tunisian Institute of Directors pose les bases d’un institut africain

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Le Tunisian Institute of Directors (TID) a organisé, récemment,sa dixième rencontre annuelle, marquée par l’annonce officielle de la constitution de la première cellule de l’Institut africain des administrateurs. Une initiative réunissant, dans une première étape, des représentants de cinq pays : la Tunisie, l’Algérie, le Mali, la Guinée et la Côte d’Ivoire…

Cette initiative s’inscrit dans une dynamique visant à renforcer l’adoption des standards internationaux en matière de gouvernance d’entreprise et de responsabilité environnementale et sociale au sein des institutions financières,des banques et des sociétés cotées.L’objectif est de consolider leur capacité à inscrire leur développement dans la durée,à renforcer leur compétitivité et à favoriser leur intégration dans les marchés internationaux.

La gouvernance n’est plus une option

Le président du Tunisian Institute of Directors,Moez Joudi,a souligné que l’adoption des standards internationaux de gouvernance n’est désormais plus une option pour les entreprises,mais un levier essentiel de leur pérennité et du renforcement de leur productivité et de leur compétitivité.Elle constitue également,selon lui,un facteur déterminant pour faciliter l’accès aux financements internationaux et accompagner l’expansion des activités.

Moez Joudi a relevé que la publication des états financiers ne constitue plus le seul indicateur permettant d’évaluer la performance d’une entreprise.La transparence porte désormais également sur l’efficacité des pratiques de gouvernance,sur les engagements environnementaux et sociaux ainsi que sur le niveau de conformité des entreprises aux standards internationaux dans ces domaines.

Il a,par ailleurs,souligné que plusieurs entreprises tunisiennes ont déjà engagé cette transformation et sont parvenues à faire de leurs pratiques des références aux niveaux national et international.Cette dynamique concerne notamment des institutions financières,des banques et des sociétés cotées,parallèlement aux efforts déployés par la Bourse de Tunis.

Dans ce contexte,le président du TID a également insisté sur l’importance de la formation aux mécanismes de mise en œuvre des standards de gouvernance,notamment en matière de représentation équilibrée des femmes et des hommes au sein des conseils d’administration.Selon les données présentées,le nombre de femmes administratrices et présidentes de conseils d’administration est passé d’environ quatre il y a près de cinq ans à plus de trente aujourd’hui.

La Tunisie,porte d’entrée d’un réseau africain de gouvernance

De son côté,le président du Conseil d’affaires tuniso-africain,Anis Jaziri,a indiqué que la participation du Conseil à cette dixième rencontre annuelle s’inscrit dans le soutien à l’initiative de création de l’Institut africain des administrateurs.

La première étape de cette initiative réunit des représentants de la Tunisie,de l’Algérie,du Mali,de la Guinée et de la Côte d’Ivoire.Pour Anis Jaziri,cette première cellule pourrait constituer le point de départ d’un réseau d’instituts spécialisés dans la formation et l’accompagnement des administrateurs à travers les différents pays africains.

Une telle démarche serait de nature à renforcer les relations économiques entre la Tunisie et le continent africain,tout en favorisant le rayonnement des compétences et des entreprises tunisiennes sur un marché africain dont le poids et les perspectives ne cessent de progresser.

CMF : vers un nouveau cadre pour les rapports de durabilité extra-financière

À l’ouverture des travaux de la rencontre annuelle, le président par intérim du Conseil du Marché Financier (CMF),Hatem Samiri,a indiqué que le renforcement de la gouvernance au sein des sociétés cotées, des institutions financières et des banques constitue l’un des axes d’intervention de l’autorité de marché,dans le respect du cadre légal et réglementaire en vigueur.

Il a précisé que le CMF œuvre à renforcer la sensibilisation des entreprises et des acteurs du secteur financier à l’importance du respect de leurs responsabilités sociales et environnementales.Cette démarche s’accompagne d’un effort en faveur du développement des pratiques de gouvernance,de la digitalisation des services,du renforcement de la cybersécurité, de la protection des données et de la gestion des risques.

Hatem Samiri a également annoncé que le CMF travaille à la mise en place des fondements d’un nouveau cadre juridique consacré à la gouvernance d’entreprise,prenant en compte les spécificités du marché financier tunisien et privilégiant un dispositif à la fois opérationnel et efficace.

Cette évolution devrait également concerner le cadre juridique relatif à l’élaboration des rapports portant sur les critères environnementaux,sociaux et de gouvernance (ESG),avec l’introduction progressive de nouvelles exigences adaptées aux réalités du marché tunisien et inspirées des expériences africaines, européennes et internationales.

L’objectif est de renforcer la gouvernance des entreprises et leur capacité à améliorer leur productivité et leur compétitivité,tout en contribuant à réduire les erreurs et les risques grâce à des conseils d’administration davantage spécialisés,compétents et indépendants.

Avec la création de cette première cellule de l’Institut africain des administrateurs,le Tunisian Institute of Directors donne ainsi une dimension continentale à son action,en misant sur la formation,l’harmonisation des pratiques et le développement de la gouvernance comme leviers de compétitivité des entreprises et d’intégration des économies africaines dans les transformations économiques et financières mondiales.

Trois leviers pour une gouvernance plus efficace

Pour sa part,Ary Naim,directeur régional pour l’Afrique du Nord et la Corne de l’Afrique à la Société financière internationale (IFC), membre du Groupe de la Banque mondiale,a rappelé que l’institution œuvre depuis plusieurs décennies à mobiliser des milliards de dollars afin d’accompagner plusieurs pays dans le développement de leurs stratégies de gouvernance.

Il a relevé que les défis auxquels les entreprises sont aujourd’hui confrontées diffèrent sensiblement de ceux qui prévalaient il y a dix ans. Les transformations démographiques,climatiques,géopolitiques et géoéconomiques,auxquelles s’ajoutent de nouveaux enjeux sociaux,imposent désormais de repenser les modèles de gouvernance.

La construction d’un modèle efficace de gouvernance et de responsabilité environnementale et sociale au sein des conseils d’administration nécessite,selon lui,une vision de long terme reposant notamment sur le développement de stratégies solides de gestion des risques.Cette exigence est d’autant plus importante face à la montée des menaces cybernétiques susceptibles d’affecter la continuité des chaînes de production.

Ary Naim a également insisté sur la nécessité de développer une culture de l’anticipation,afin de préparer les entreprises aux transformations à venir et de construire des institutions capables de gagner durablement la confiance de leurs partenaires,investisseurs et bailleurs de fonds,à travers une application constante des standards internationaux de gouvernance et de responsabilité environnementale et sociale.

Il a, dans ce cadre,salué les résultats des programmes de formation mis en œuvre par le Tunisian Institute of Directors dans le cadre de son partenariat avec l’IFC depuis 2023.Cette coopération a contribué à constituer un vivier de spécialistes des standards de gouvernance et ESG,avec un rythme de formation pouvant atteindre 30 participants sur une période de six mois.

Il a également indiqué que le TID est désormais recommandé par leurs institutions pour mettre son expertise au service de la formation des membres des conseils d’administration relevant de structures publiques tunisiennes,notamment dans les domaines de la gouvernance et de la responsabilité environnementale et sociale.

Ary Naim a par ailleurs appelé à accélérer la mise en place du bureau chargé de superviser les missions du futur Institut africain des administrateurs.Il a estimé que la formation constitue l’un des principaux leviers permettant de répondre aux défis futurs du marché de l’emploi en Afrique.

Des millions de jeunes Africains devraient,à l’horizon 2050,chercher à intégrer le marché du travail.Le développement de la formation et la diffusion des bonnes pratiques en matière de gouvernance pourraient contribuer à la création de nouvelles opportunités professionnelles, notamment en renforçant la capacité du secteur privé à absorber ces compétences et ces nouveaux talents.

Financement,infrastructures et technologie : les défis de la gouvernance en Afrique

Au cours des débats, les participants ont souligné que les pays africains disposent de compétences et de spécificités propres susceptibles de leur permettre de développer un modèle adapté à leurs réalités en matière de gouvernance des institutions financières, des banques,des sociétés cotées et,plus largement,des entreprises.

Cette approche devrait également s’accompagner d’un renforcement des pratiques de responsabilité sociale et environnementale et de leur inscription dans une logique de durabilité.

Les échanges ont notamment porté sur les défis liés au financement, aux infrastructures,aux technologies et à la transformation numérique.Autant de facteurs considérés comme déterminants pour accompagner les nouvelles exigences en matière de gouvernance et de durabilité.

Dans ce contexte,Sofiane Kaied,directeur général de Panoro Energy,a estimé que le continent africain doit parvenir à concilier deux objectifs majeurs : réussir sa transition énergétique,tout en adoptant des critères environnementaux,sociaux et de gouvernance (ESG) adaptés au niveau de développement énergétique et économique du continent.

Il a notamment appelé à éviter une transposition automatique des standards appliqués dans les économies développées et à intégrer les investissements de transition dans l’analyse des critères ESG.Ces investissements,a-t-il souligné, ne peuvent être classés de manière systématique ni parmi les investissements fortement polluants ni parmi les investissements pleinement verts.

De son côté,Alexander Groks,directeur technique de DiliTrust,a mis en avant le rôle de la technologie dans l’accompagnement de cette transformation,en permettant notamment aux entreprises de mesurer et de documenter leur performance avec davantage de précision.

Dans un contexte marqué par le renforcement des exigences environnementales,les données constituent désormais,selon lui, un véritable outil de preuve permettant aux entreprises de démontrer leur performance réelle,au-delà d’une évaluation fondée uniquement sur des indicateurs ou des valeurs théoriques.

Cette dépendance croissante à la technologie fait toutefois émerger de nouveaux risques.La technologie peut ainsi accélérer et faciliter la transformation,à condition que les infrastructures nécessaires soient disponibles et suffisamment robustes.

25 nouveaux diplômés honorés

En marge de cette dixième rencontre annuelle,quelque 25 nouveaux diplômés,membres de conseils d’administration,ayant bénéficié d’une formation spécialisée dans ce domaine,ont été honorés.

Cette initiative vise à préparer l’intégration future de ces compétences au sein des conseils d’administration de différentes institutions financières,entreprises publiques et privées et sociétés cotées,notamment en qualité d’administrateurs indépendants ou de représentants des petits actionnaires.

À travers cette dynamique, le Tunisian Institute of Directors entend ainsi consolider son rôle dans la professionnalisation des fonctions d’administrateur et contribuer à l’émergence de pratiques de gouvernance davantage structurées, transparentes et adaptées aux nouveaux enjeux économiques, financiers, technologiques et environnementaux…

Un compte rendu de: Hatem Toulgui

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