Motherson Autoelectric Tunisie : Un Acteur Stratégique de la Chaîne de Valeur Mondiale

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Interview avec Adel Ben Khaled, COO & Managing Director North Africa Motherson Autoelectric

 

Si vous deviez résumer votre parcours professionnel, quels en seraient les grands jalons ? Y a-t-il une expérience, un poste ou une rencontre qui a particulièrement compté dans votre carrière ?

Je dirais que tout a commencé avec une valise, un rêve et une bourse d’études qui m’a conduit en Allemagne, où après avoir obtenu mon baccalauréat, j’ai eu la chance d’y poursuivre mes études et y obtenir un PhD en génie mécanique, avec une première expérience chez un câbleur géant. Avec du recul, je pense que j’aurais pu acquérir des compétences comparables en Tunisie, mais ce que cette expérience allemande m’a apporté va bien au-delà de la formation académique. J’y ai découvert l’un des berceaux de l’industrie automobile mondiale, une culture où la précision, la discipline, la qualité et l’innovation ne sont pas seulement des objectifs, mais une véritable façon de penser et de travailler. Cette expérience a façonné ma vision de l’industrie et du management et a également éveillé ma passion pour le secteur automobile, qui ne m’a plus quitté depuis plus de trente ans, du Mexique, la France et au Maroc, chacune de ces expériences m’a permis d’enrichir ma vision, comprendre différentes cultures industrielles et de piloter des équipes multiculturelles autour d’un même objectif, créer de la valeur durable. Aujourd’hui, je réalise que les plus grandes leçons de ma carrière ne viennent pas uniquement des usines ou des projets que j’ai dirigés, mais surtout des femmes et des hommes que j’ai rencontrés tout au long de ce parcours. Le leadership, selon moi, consiste avant tout à faire grandir les personnes, à transmettre une vision et à créer un environnement où chacun peut donner le meilleur de lui-même.

Comment décrivez-vous votre rôle aujourd’hui, entre vos responsabilités tunisiennes et nord-africaines ?

Mon rôle consiste avant tout à créer les conditions de la performance durable. En tant que COO et Managing Director North Africa, je veille à la compétitivité de nos opérations, à la satisfaction de nos clients, au développement de nos collaborateurs et à la mise en œuvre de notre stratégie industrielle. Au-delà de la Tunisie, j’accompagne également le développement régional en favorisant les synergies entre les différentes entités, le partage des meilleures pratiques et l’intégration des standards internationaux. Aujourd’hui, le management ne consiste plus seulement à gérer des usines, il s’agit surtout de développer les compétences, d’accompagner les transformations et de préparer l’industrie de demain.

Vous êtes depuis 30 ans dans l’industrie automobile, votre parcours vous a conduit à exercer des responsabilités en Allemagne, en France, au Maroc, au Mexique. Selon vous, qu’est-ce qui distingue le savoir-faire industriel tunisien et qui fait que les entreprises allemandes continuent de choisir la Tunisie ?

Mon expérience internationale est au service d’une ambition qui me tient particulièrement à cœur qui est de démontrer que la Tunisie possède toutes les compétences, le talent et le potentiel pour être un acteur majeur de l’industrie automobile mondiale. C’est cette conviction qui guide chacune de nos décisions chez Autoelectric Tunisia. Malheureusement, le savoir-faire tunisien reste encore parfois sous-estimé à l’international, alors qu’il se distingue avant tout par la qualité de son capital humain, d’ingénieurs reconnus, d’une main-d’œuvre qualifiée. Nos collaborateurs font preuve d’une grande capacité d’apprentissage, d’une forte adaptabilité et d’un réel sens de la qualité. Ils assimilent rapidement les nouvelles technologies et répondent efficacement aux standards les plus exigeants de l’industrie automobile. La Tunisie dispose également d’une excellente intégration dans les chaînes de valeur européennes, sans oublier la proximité avec l’Europe, un atout majeur tant sur le plan logistique que culturel.

Même si les nouvelles implantations se font plus rares, les entreprises présentes continuent d’investir et de croire en la Tunisie, qui dispose aujourd’hui d’un écosystème industriel mature, capable d’accompagner les grands équipementiers mondiaux dans des projets à forte valeur ajoutée. Nous ne sommes plus uniquement une plateforme de production, nous sommes devenus un partenaire industriel fiable, innovant et compétitif. Les entreprises allemandes ne recherchent d’ailleurs pas uniquement un avantage de coût, elles recherchent avant tout la fiabilité, la qualité et la confiance, et c’est cette capacité à produire selon un haut niveau d’exigence, dans le respect des standards internationaux, qui fait aujourd’hui la différence. Les nombreuses success stories des groupes allemands en Tunisie sont la preuve qu’un partenariat industriel durable est possible lorsque les compétences, l’engagement et la performance sont au rendez-vous.

Autoelectric est présent en Tunisie depuis 2009. Qu’est-ce qui a changé depuis ?

L’évolution est considérable, nous avons débuté avec un seul site à Ksar Hellal, qui a démarré par de l’assemblage avant d’évoluer rapidement vers une production complète avec un total aujourd’hui de 5 sites répartis sur plusieurs régions et employons près de 5 500 collaborateurs. Nous avons considérablement développé nos capacités industrielles, diversifié nos clients, investi dans l’automatisation, la digitalisation, la formation et les compétences techniques. La Tunisie représente environ 60 % du volume d’Autoelectric EMEA, soit près de 45 % du volume mondial du groupe. Chaque nouveau site a été créé afin d’accompagner la croissance rapide de nos volumes et l’acquisition de nouveaux clients. Cette expansion s’est appuyée sur des investissements significatifs dans des équipements de production de dernière génération, renforçant ainsi notre compétitivité et notre capacité d’excellence. Ces efforts ont été reconnus cette année par l’obtention du Business Climate Award 2026, décerné par la FIPA-Tunisia.

Notre évolution illustre également la confiance renouvelée de nos clients internationaux envers la Tunisie. Nous sommes aujourd’hui un acteur stratégique de la chaîne de valeur mondiale de l’industrie automobile.

Quelle est votre feuille de route pour les prochaines années ?

Notre ambition de croissance responsable, durable et compétitive demeure intacte, même si l’industrie automobile traverse actuellement une période de transformation. Nous continuons à recruter, à investir dans les compétences et à préparer les futurs projets qui accompagneront le développement de nos activités, ambitionnant d’atteindre 6 500 employés prochains, dont 6 000 d’ici la fin de l’année. L’intégration récente au sein du groupe Motherson ouvre une nouvelle étape de notre développement qui nous permettra de bénéficier d’un réseau mondial, de nouvelles opportunités commerciales et d’un partage renforcé des expertises.

Nos priorités sont de poursuivre l’excellence opérationnelle, accélérer la digitalisation de nos usines, développer les compétences de nos collaborateurs tout en accompagnant la montée en puissance des technologies liées à la mobilité électrique et continuer à faire de la Tunisie une plateforme industrielle stratégique pour le groupe. Nous comptons aller vers davantage de valeur ajoutée, en développant les activités d’industrialisation des produits et en remontant progressivement vers les phases de prototypage et de R&D, avec une relation plus directe avec les clients. Nous ambitionnons également de renforcer notre engagement en matière de développement durable et de décarbonation. Cette feuille de route vise à faire grandir Autoelectric Tunisia tout en consolidant notre position parmi les acteurs industriels de référence en Afrique du Nord et en contribuant au rayonnement industriel de la Tunisie à l’international.

En tant que cofondateur de la TAA et membre du comité directeur de l’AHK Tunisie. Quel diagnostic faites-vous sur le couple économique tuniso-allemand ?

La relation économique entre la Tunisie et l’Allemagne est solide et repose sur plusieurs décennies de coopération industrielle. Les entreprises allemandes apprécient particulièrement la qualité des compétences tunisiennes, la proximité avec les marchés européens ainsi que la capacité d’adaptation et la flexibilité des industriels locaux. Cette confiance est régulièrement confirmée par les sondages menés par la Chambre Tuniso-Allemande de l’Industrie et du Commerce (AHK). Il existe aujourd’hui un véritable partenariat fondé sur la confiance. A titre d’exemple je cite le rôle important que la GIZ joue en Tunisie en tant que partenaire stratégique du développement économique et durable. Elle accompagne les institutions, les entreprises et les jeunes à travers des programmes axés sur les compétences, l’innovation, la compétitivité et la transition écologique. Chez Autoelectric Tunisie, nous avons également bénéficié de cette coopération à travers un programme de développement des soft skills destiné à l’ensemble de nos managers. Ce programme nous a permis de renforcer les compétences managériales, le leadership, la communication et la capacité de nos équipes à accompagner la croissance et les défis futurs. La GIZ est donc un véritable partenaire dans la création de valeur, le développement des talents et le renforcement de la compétitivité des entreprises tunisiennes. Malgré les défis, la volonté de renforcer cette coopération est réelle des deux côtés. Je reste convaincu que les prochaines années offriront encore davantage d’opportunités, notamment dans les secteurs de la mobilité électrique, de l’industrie 4.0 et des technologies durables.

Y a-t-il, selon vous, un sujet sur lequel les deux parties ne se comprennent pas encore assez bien ?

Bien entendu, des défis subsistent, notamment en matière de réglementation, logistique et compétitivité énergétique mais je parlerais davantage de différences de culture administrative que d’incompréhensions. Les entreprises allemandes évoluent généralement dans un environnement où les procédures sont rapides, prévisibles et très standardisées alors qu’en Tunisie certaines démarches administratives peuvent encore être longues ou complexes, mais selon moi, le principal obstacle concerne les infrastructures logistiques. Je pense qu’aujourd’hui il est plus que nécessaire de moderniser les ports afin de réduire les délais de transport, accélérer le développement des zones industrielles et les services autour de ces zones, améliorer les connexions avec les autoroutes. Il ne faut pas attendre que les investisseurs demandent ces infrastructures, elles doivent être anticipées. L’enjeu est donc de poursuivre les réformes permettant de gagner en efficacité, en digitalisation et en visibilité pour les investisseurs. La bonne nouvelle est que le dialogue entre les autorités tunisiennes, les organisations professionnelles et les investisseurs étrangers est aujourd’hui beaucoup plus ouvert qu’auparavant.

Y a t-il un message que vous souhaitez partager ?

L’avenir appartiendra aux pays capables d’innover, de s’adapter rapidement et de mobiliser leurs talents autour d’une vision commune. La Tunisie a ce talent. La Tunisie a ce potentiel. Et avec les bonnes réformes et les bons partenariats, elle peut construire un avenir plus compétitif, plus durable et plus prospère car la Tunisie regorge de talents et notre jeunesse a toutes les capacités pour réussir, innover et rayonner à l’international. Avec de la passion, de la persévérance et du travail, il est possible de transformer ses ambitions en réalité.

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