
Interview avec Michel Bauer, représentant de la KAS Tunisie
Après 70 ans de relations tuniso-allemandes, quels sont selon vous les principaux piliers qui font aujourd’hui la force et la réussite de ce partenariat économique et culturel ?
Tout d’abord, je voudrais souligner que cette année marque non seulement les 70 ans des relations tuniso-allemandes, mais aussi les 70 ans de l’indépendance de la Tunisie. Il s’agit d’une étape importante, à l’occasion de laquelle je souhaite adresser mes plus chaleureuses félicitations à la Tunisie et au peuple tunisien.
Le fait que les relations diplomatiques entre l’Allemagne et la Tunisie aient été établies immédiatement après l’indépendance en dit long sur la qualité et la durabilité de ce partenariat. Au fil de sept décennies, nos relations n’ont cessé de se développer et de se renforcer. Je me réjouis particulièrement du fait que la Konrad-Adenauer-Stiftung soit présente en Tunisie depuis 1982, faisant ainsi partie intégrante de cette amitié tuniso-allemande, à la fois comme acteur et comme fruit de cette relation.
Aujourd’hui, les relations tuniso-allemandes ne sont plus seulement une affaire gouvernementale. Elles se vivent à de nombreux niveaux – politique, économique, sociétal, scientifique et culturel. Cela est particulièrement visible dans le domaine économique. Les entreprises allemandes sont présentes en Tunisie depuis des décennies et contribuent de manière significative à la création d’emplois, à la formation de main-d’œuvre qualifiée et au développement économique du pays.
Parallèlement, l’Allemagne bénéficie également de ce partenariat. La Tunisie dispose d’une main-d’œuvre bien formée, d’entrepreneurs engagés ainsi que d’une situation stratégique avantageuse. Dans des domaines exigeants tels que l’industrie, la digitalisation, la recherche et le développement, des coopérations se développent aujourd’hui, dépassant largement les relations d’investissement classiques.
Un autre pilier important du partenariat réside dans les personnes. L’Allemagne accueille une importante communauté tunisienne de plus de 30 000 personnes, largement bien intégrée et contribuant activement à la vie économique et sociale. Ces personnes jouent un rôle de pont culturel entre les deux pays et renforcent la compréhension et la confiance mutuelles.
En fin de compte, la force de notre partenariat repose sur des intérêts communs, un respect mutuel et la conviction que nous ne pouvons relever de nombreux défis qu’ensemble.
Comment les échanges d’expériences et le partage d’expertises entre les deux pays ont-ils évolué au fil des décennies pour mieux répondre aux défis technologiques et industriels actuels ?
Là encore, le bilan des dernières décennies est, à mes yeux, très positif. La présence de nombreuses entreprises allemandes en Tunisie et l’augmentation des investissements dans des secteurs à forte intensité technologique montrent que le développement du savoir-faire et des compétences a progressé avec succès.
Autrefois, la coopération reposait principalement sur des programmes classiques de formation et de transfert de technologie. Aujourd’hui, elle va bien au-delà. Il s’agit de plus en plus d’un échange mutuel de connaissances et d’expériences dans des domaines tels que la digitalisation, l’innovation industrielle, la recherche et le développement, les énergies renouvelables ou encore les processus de production modernes.
Il est particulièrement important de souligner que les deux pays peuvent apprendre l’un de l’autre. Les défis actuels – transformation numérique, transition énergétique, intelligence artificielle – nous concernent tous. C’est pourquoi les plateformes d’échanges entre entreprises, institutions de recherche, décideurs politiques et société civile prennent de plus en plus d’importance.
Dans le même temps, nous ne devons pas nous reposer que sur les succès du passé. Le rythme des évolutions technologiques ne cesse de s’accélérer. Les nouvelles technologies transforment les marchés du travail, les processus de production et les exigences en matière de qualifications. Pour rester compétitifs, nous devons investir continuellement dans l’éducation, la formation continue et l’innovation.
Le partenariat tuniso-allemand offre d’excellentes conditions à cet égard, car il repose sur une confiance durable, des intérêts communs et un réseau d’acteurs étroitement interconnectés.
Face aux grands enjeux actuels comme la transition énergétique ou le développement industriel, comment le partenariat tuniso-allemand peut-il offrir de nouvelles opportunités d’innovation et de création de valeur pour la jeunesse ?
La Tunisie est un pays doté d’une population relativement jeune, ce qui constitue une opportunité considérable. Une génération bien formée, créative et engagée peut être un moteur décisif pour le développement économique, l’innovation et le progrès sociétal.
Parallèlement, le monde traverse une phase de transformations profondes. La transition énergétique, la digitalisation, les nouvelles chaînes de valeur industrielles et les innovations technologiques ouvrent de nouvelles perspectives de croissance et d’emploi. Dans ces domaines en particulier, le partenariat tuniso-allemand peut jouer un rôle clé.
L’Allemagne dispose d’une grande expérience dans les domaines du développement industriel, de la formation professionnelle, de l’efficacité énergétique et des énergies renouvelables. De son côté, la Tunisie apporte une main-d’œuvre qualifiée, un fort potentiel d’innovation et une position stratégique en tant que pont entre l’Europe et l’Afrique.
L’enjeu sera de connecter encore davantage ces potentiels. Cela passe par des investissements dans l’éducation et la qualification, la promotion de l’entrepreneuriat et de l’innovation, ainsi que la mise en place de conditions favorables à de nouvelles opportunités économiques.
Du point de vue de la KAS, le développement socio-économique positif de la Tunisie est essentiel. La croissance économique doit bénéficier au plus grand nombre et offrir des perspectives, notamment aux jeunes. Le renforcement des relations entre l’Allemagne et la Tunisie – sur les plans politique, économique et sociétal – peut y contribuer de manière significative.
Les domaines d’avenir tels que les énergies renouvelables, l’hydrogène, les technologies numériques, l’industrie 4.0 et l’intelligence artificielle offrent un potentiel important pour des projets d’innovation communs et de nouvelles formes de création de valeur.
La transition numérique et la souveraineté industrielle sont des priorités d’avenir. De quelle manière des plateformes de dialogue et des ateliers techniques peuvent-ils aider à préparer les compétences de demain face à ces transformations ?
Nous vivons actuellement une période de transformations profondes. De nombreuses certitudes qui ont perduré pendant des décennies sont aujourd’hui remises en question, tandis que de nouvelles opportunités émergent.
L’intelligence artificielle ouvre d’immenses possibilités en matière de développement économique, de gains de productivité et d’innovation. Toutefois, elle soulève également des questions importantes concernant la responsabilité, la régulation et les impacts sociétaux. Il en va de même pour la communication numérique : jamais l’accès à l’information n’a été aussi simple, mais nous faisons face à des défis tels que la désinformation et les Fake News.
Le changement climatique constitue également un défi majeur pour nos sociétés, mais la transition énergétique crée en parallèle de nouvelles perspectives économiques et des potentiels d’innovation. Pour tirer parti de ces opportunités et répondre efficacement à ces défis, il est essentiel que les citoyens, les travailleurs et les décideurs disposent des compétences nécessaires.
C’est précisément là que les plateformes de dialogue, les conférences spécialisées et les ateliers techniques jouent un rôle crucial. Ils permettent l’échange d’expériences, favorisent l’apprentissage mutuel et créent des espaces pour développer des solutions communes. Les meilleures réponses aux défis de demain émergent souvent lorsque experts, entrepreneurs, décideurs politiques et représentants de la société civile travaillent ensemble.
La KAS considère comme sa mission de créer ces espaces de dialogue. En collaboration avec nos partenaires tunisiens, nous souhaitons contribuer au développement des compétences de demain et accompagner une transformation qui concilie innovation, compétitivité économique et responsabilité sociétale.
En fin de compte, il ne s’agit pas seulement d’introduire de nouvelles technologies, mais de veiller à ce qu’elles soient au service de l’humain et contribuent à un développement durable et inclusif.











