
Signé le 10 avril 2026 entre le gouvernement tunisien, le Cluster Elentica, avec le soutien de la GIZ Tunisie, le Pacte pour la compétitivité des industries électroniques constitue un tournant stratégique pour un secteur qui représente 15% des exportations du pays. L’Allemagne, premier investisseur européen en Tunisie dans ce domaine, y joue un rôle central.
Un secteur en quête de reconnaissance
L’électronique tunisienne souffre d’un paradoxe tenace : deuxième secteur exportateur du pays après le textile, avec plus de 150 entreprises et 70 000 emplois directs, il reste largement méconnu du grand public et des médias économiques. C’est précisément ce vide que l’Edutour Électronique 2026, organisé du 23 au 25 juin par le Cluster Elentica, le ministère de l’Industrie, des Mines et de l’Énergie (MIME) et la GIZ Tunisie, a cherché à combler en immergeant une quinzaine de journalistes tunisiens au cœur des usines, laboratoires et ateliers du secteur.
« Nous sommes les abeilles de l’industrie mondiale — on travaille, on produit, souvent dans le silence », résume Walid Benamor, Président du Cluster Elentica et signataire du Pacte. « Le Pacte, c’est notre engagement à changer ça. »
Un Pacte ambitieux, 32 mesures concrètes
Le Pacte pour la compétitivité des industries électroniques à l’horizon 2030 n’est pas un document de plus. C’est un contrat à obligations mutuelles : 26 mesures portées par l’État, 6 par le secteur privé, pour atteindre des objectifs précis et mesurables. Doubler les exportations, de 3,5 milliards à 7 milliards de dinars. Porter le secteur à 100 000 emplois. Former 10 000 profils techniques par an. Tripler l’investissement en R&D, de 1 à 3% du chiffre d’affaires.
Six axes structurent ce programme : visibilité internationale, innovation et R&D, développement des compétences, logistique et infrastructures, simplification réglementaire, et RSE. Des rapports semestriels publics permettront de mesurer les avancées et d’ajuster le cap.
Le potentiel allemand : bien plus qu’un partenariat
Si la GIZ Tunisie est le principal partenaire et sponsor de cette initiative, ce n’est pas un hasard. Les exportations tunisiennes vers l’Allemagne ont dépassé 3,2 milliards d’euros en 2025, en hausse de 13% sur un an. L’Allemagne est aujourd’hui le deuxième investisseur étranger en Tunisie, avec plus de 320 entreprises actives dans l’automobile, l’électronique et les technologies, représentant plus de 93 000 emplois.
Dans le secteur électronique spécifiquement, la relation est ancienne et en accélération. Zöllner, premier sous-traitant électronique en cours d’installation à Enfidha, illustre l’appétit des industriels allemands pour un territoire tunisien qui cumule trois atouts rares : proximité géographique de l’Europe, main-d’œuvre technique qualifiée, et compétitivité des coûts. Les entreprises visitées pendant l’Edutour comptent toutes l’Allemagne parmi leurs débouchés, directs ou indirects. Visteon fournit BMW et Stellantis. Altrics, groupe français dont la filiale tunisienne Atems a investi plus de 350 000 euros dans une ligne de production, exporte vers des équipementiers européens qui eux-mêmes livrent les constructeurs allemands.
Lors de la signature du Pacte, Jacqueline Groth, représentante de l’ambassade d’Allemagne pour les programmes de coopération et les affaires économiques, avait annoncé une quinzaine de nouveaux projets d’investissement en faveur d’entreprises allemandes déjà implantées dans le pays, dans le cadre du projet « Partenariats pour l’emploi et le soutien aux micros et petites entreprises » mis en œuvre par la GIZ et auquel le Cluster Elentica a directement participé, aux côtés de l’UTICA et du MIME — signataires du Pacte.
Le rôle d’Elentica : fédérer pour peser
Fondé en 2017 à partir d’un constat simple — 134 acteurs éparpillés sans passerelle entre eux —, le Cluster Elentica fédère aujourd’hui plus de 60 entreprises membres, auxquelles s’ajoutent écoles d’ingénieurs et laboratoires de recherche. Interlocuteur naturel des pouvoirs publics, industriels et partenaires internationaux, il a structuré le contenu pédagogique de l’Edutour et mobilisé ses membres pour un panel consacré aux profils recherchés par le secteur.
L’enjeu est clair : pour que la Tunisie passe de sous-traitante à partenaire technologique de premier plan, elle doit se doter d’une voix collective et d’une stratégie lisible à l’international. Le Pacte Électronique Tunisien est cette stratégie. Et l’Edutour 2026, dont la clôture a célébré officiellement sa signature, marque le début de sa mise en œuvre.
🤝 Cette initiative est soutenue par Invest for Jobs, à travers le projet « Partenariats pour l’emploi et l’appui aux PME en Tunisie II », mandaté par le BMZ et mis en œuvre par la GIZ Tunisie, sous la tutelle du Ministère tunisien de l’Industrie, des Mines et de l’Énergie.












