
Premier assistant IA d’orientation médicale en derja tunisienne, Sina Connect vient de publier une cartographie de l’accès aux soins spécialisés en Tunisie, croisant plus de 19 900 médecins et 2 300 pharmacies avec les 264 délégations du pays. Cette étude révèle que si l’accès aux généralistes et aux pharmacies reste garanti sur tout le territoire, l’accès aux spécialistes révèle de profondes fractures géographiques. À Dhiba (Tataouine), aucune des treize spécialités étudiées n’est disponible à moins de 100 km. Six gouvernorats, totalisant 1,41 million d’habitants, ne comptent aucun neurologue référencé. À Hazoua (Tozeur), il faut parcourir plus de 209 km pour consulter un rhumatologue.
L’équipe fondatrice de Sina Connect, revient pour nous sur la genèse de la plateforme, les enseignements de cette étude, et le rôle que peut jouer l’intelligence artificielle, sans jamais se substituer au médecin, pour réduire ces inégalités d’accès aux soins.

Pouvez-vous nous présenter Sina Connect, le déclencheur qui vous a amené à créer cette plateforme et le problème qu’elle cherche à résoudre ?
Sina Connect est le premier copilote d’orientation médicale en Derja tunisienne : un assistant conversationnel IA qui aide un patient à trouver le bon médecin ou la bonne pharmacie de garde, dans sa langue et en quelques secondes. Nous insistons sur le mot copilote : Sina n’est ni un outil de diagnostic médical, ni un médecin virtuel, et
encore moins un chatbot générique sujet aux hallucinations. Son unique rôle est d’assurer la sécurité du parcours patient : arriver au bon endroit, avec la bonne information, au bon moment.
Le problème de départ est très concret. Quand les Tunisiens cherchent un praticien, ils ont souvent recours aux réseaux sociaux. On recense aujourd’hui près de 10 000 publications par jour sur des groupes informels de recherche de médecins, avec des recommandations douteuses, des publicités déguisées et des informations obsolètes, malgré l’existence de plateformes de prise de rendez-vous. Pourtant, les Tunisiens sont ultra-connectés et utilisent Messenger au quotidien. Le problème n’est pas l’adoption technologique, mais le fait qu’aucune solution n’avait été pensée nativement pour eux. Ils ont simplement besoin d’une conversation naturelle en tunisien.
C’est pour cela que nous avons créé Sina Connect : être là où sont déjà les Tunisiens, sans leur imposer de télécharger une application de plus. Les récentes avancées sur les modèles de langage ont ouvert une fenêtre technologique qui rend enfin possible le traitement nativement fluide de la Derja. Pour porter Sina Connect, nous avons réuni une équipe solide.
D’un côté, des experts en architecture IA et sécurité, forts d’une solide expérience auprès de grandes entreprises européennes et mondiales. De l’autre, des conseillers commerciaux, des experts en marketing digital, et un comité de médecins conseillers directement ancrés sur le terrain.
Quelles ont été les grandes étapes de développement depuis le lancement et quelles prochaines évolutions prévoyez-vous ?

Nous avons lancé l’assistant conversationnel sur Messenger en avril 2026. La traction a été immédiate avec plus de 2 000 interactions dès le premier mois.

Nous avons ensuite déployé notre plateforme web enrichie de fonctionnalités avancées : cartographie dynamique, géolocalisation des cabinets et recherche vocale. Ces ajouts ont porté l’engagement à plus de 20 000 interactions.
Par ailleurs, une étude Medianet révèle que 71 % des Tunisiens utilisent l’IA de manière régulière. Mais face à une information médicale locale très volatile (déménagement d’un cabinet, rotation des pharmacies de garde), les IA génériques classiques répondent souvent avec assurance… mais avec des données fausses ou périmées.
Cela génère des déplacements inutiles et de la frustration. Pour apporter une réponse fiable directement dans l’écosystème IA, Sina Connect est devenu le 28 août le premier plug-in tunisien validé dans le répertoire officiel de ChatGPT pour la recherche médicale en français, arabe et Derja.
Pour la suite, la feuille de route est déjà chargée. Nous poursuivons l’amélioration continue du produit patient, avec de nouvelles fonctionnalités comme un callbot accessible par téléphone et de nouveaux canaux comme WhatsApp. Nous travaillons également sur la téléconsultation : elle est quasiment prête côté produit, mais on attend que le cadre
légal tunisien se clarifie et que la pratique soit pleinement autorisée avant de la déployer. En parallèle, nous commençons à travailler avec les médecins eux-mêmes, avec Sina360, un outil pensé pour simplifier la gestion quotidienne du cabinet. L’idée est simple : mieux accompagner le patient en amont, tout en donnant aux professionnels les outils pour gagner du temps au quotidien. Je tiens à rappeler un principe non négociable : le référencement des médecins chez Sina Connect reste accessible et entièrement gratuit pour tous les médecins, dans le respect total de la déontologie médicale.

Vous présentez la téléexpertise et l’IA comme des relais, « sans remplacer le
spécialiste ». Quel rôle Sina Connect peut-il jouer pour un patient de Hazoua qui n’a pas de rhumatologue à moins de 200 km ?
Il faut être lucide : Sina Connect ne va pas faire apparaître un rhumatologue là où il n’y en a pas. Ce qu’on change, c’est l’accessibilité et la fiabilité de l’information.
Aujourd’hui, le patient perd des journées à passer des coups de fil ou à se déplacer à l’aveugle pour découvrir sur place que le spécialiste le plus proche n’est pas disponible. Sina Connect lui donne en 10 secondes une vision exacte de l’offre disponible la plus proche et des disponibilités réelles. Par ailleurs, nous exploitons la donnée de nos requêtes pour agir sur l’offre elle-même : nous accompagnons gratuitement les jeunes médecins qui s’installent en leur fournissant des données anonymisées sur les déserts
médicaux, pour les inciter à s’implanter là où les besoins non couverts sont les plus criants. À mesure que la téléexpertise se développe en Tunisie, on pourra orienter vers ces relais quand ils existent.
L’étude relie ces distances à des conséquences concrètes, notamment
pour un suivi prénatal très inégal entre régions, avec environ 10 % de la population qui renonce à se soigner. Comment un outil comme le vôtre peut-il agir sur ce renoncement aux soins ?
Le renoncement aux soins s’explique par deux facteurs cumulatifs :
1. Le coût logistique réel (transport, perte de journées de travail).
2. Le coût informationnel (l’incertitude sur où aller, qui consulter et si le trajet en vaut la peine).
Sina Connect s’attaque directement au coût informationnel. En levant cette incertitude instantanément, nous pouvons réduire une partie du renoncement lié au découragement ou au manque d’orientation.
Concernant la barrière géographique, le levier principal sera la téléconsultation, dès son autorisation légale. En attendant, notre rôle d’expert data est d’objectiver précisément les zones où ce renoncement est le plus fort afin
d’alimenter un plaidoyer constructif auprès des décideurs publics.
Vous citez le programme Nejda du ministère de la Santé comme modèle inspirant
en cardiologie d’urgence. Envisagez-vous une collaboration formelle avec l’État
plutôt qu’une initiative privée parallèle ?
Absolument, et sans aucune ambiguïté. Le programme Nejda prouve qu’une bonne transmission d’information au bon moment sauve des vies sans engorger le système.
Sina Connect n’a jamais eu vocation à créer un système parallèle. Notre objectif est de construire un partenariat de confiance avec les institutions. Notre participation prochaine au salon Healthtech du ministère de la Santé sera une étape concrète pour échanger directement sur les synergies possibles entre notre infrastructure technologique et le
parcours de soin public.
Quelles suites concrètes comptez-vous donner à cette étude ?
Notre priorité reste d’améliorer continuellement notre produit et d’en étendre la portée pour qu’aucun Tunisien ne soit laissé au bord du chemin d’accès à l’information de santé.
Nous tenons à saluer le travail remarquable des femmes et des hommes du corps médical tunisien qui œuvrent chaque jour sur le terrain, souvent avec des moyens restreints. Notre ambition est de leur apporter l’appui de la data et de la technologie pour alléger leur charge administrative et garantir un accès équitable aux soins sur tout le territoire.











