
La Tunisie pourrait devenir un bassin stratégique de compétences numériques pour l’Europe, confrontée à une pénurie annoncée de dix millions de spécialistes en technologies de l’information d’ici la fin de la décennie, a souligné Fakher Zaïbi, directeur général de l’Observatoire National de l’Emploi et des Qualifications (ONEQ), relevant du ministère de l’Emploi et de la Formation professionnelle.
Commentant, sur les ondes d’Express FM, les résultats d’une étude consacrée au marché de l’emploi, aux métiers et aux compétences dans le secteur des technologies de l’information et de la communication, il a précisé que le continent européen aura besoin de près de 20 millions de professionnels du numérique à l’horizon 2030, alors que ses propres filières d’enseignement et de formation ne pourront en fournir qu’un peu plus de 10 millions. Selon les projections du Centre Européen pour le Développement de la Formation Professionnelle citées dans l’étude, ce manque de dix millions de profils qualifiés devra être compensé par le recrutement de talents extérieurs à l’Union européenne, la Tunisie figurant parmi les viviers identifiés.
Le numérique est l’un des cinq domaines passés au crible dans ce cadre, aux côtés du transport et de la logistique, de l’agroalimentaire, de l’électronique et du bâtiment et travaux publics. Les résultats tunisiens ont par ailleurs fait l’objet d’un comparatif avec cinq pays européens, à savoir la France, l’Allemagne, la Belgique, l’Italie et le Luxembourg.
Ce travail de prospective a été formalisé par la mise en place d’un comité national réunissant l’ensemble des parties prenantes impliquées dans la préparation des ressources humaines. Cette instance a pour mission de déterminer les secteurs jugés prioritaires et de superviser le suivi des études, tandis que des commissions techniques spécialisées veillent à la mise en œuvre opérationnelle des recommandations.
Pilier de plus en plus déterminant de l’économie tunisienne, le secteur des technologies de l’information et de la communication représente aujourd’hui plus de 3 % du produit intérieur brut, une proportion qui grimpe à plus de 11 % lorsque les télécommunications y sont intégrées. Il emploie actuellement 120 000 personnes, dont 104 000 relèvent du secteur privé. Fakher Zaïbi a souligné que la demande en compétences numériques progresse fortement, en Tunisie comme à l’échelle mondiale, en particulier autour de l’intelligence artificielle, de la cybersécurité, de l’analyse des données, du cloud computing et du développement logiciel avancé.
L’étude met en lumière huit spécialités particulièrement recherchées par les employeurs, classées selon un indice composite tenant compte du volume d’emploi actuel, des perspectives de croissance et de la difficulté à recruter les profils correspondants, dont la cybersécurité, avec les analystes de centres d’opérations de sécurité et les ingénieurs en sécurité des systèmes d’information, l’intelligence artificielle, la science et l’analyse des données, l’ingénierie en machine learning, le cloud computing, le développement logiciel avancé, l’architecture cloud ainsi que les métiers liés à l’administration des infrastructures numériques modernes.











