Santé publique : pourquoi l’Afrique doit penser ses propres politiques tabac et nicotine

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Les politiques de santé publique conçues pour l’Europe ou l’Amérique du Nord sont-elles transposables telles quelles au continent africain ? C’est la question centrale d’un panel intitulé « La prise de décision souveraine de l’Afrique en matière de politique de santé », organisé le 24 juin à Rabat dans le cadre de l’événement Technovation Smoke-Free de Philip Morris International (PMI). Réunis sous la modération du journaliste Samid Ghilane, quatre experts ont plaidé pour des approches conçues à partir des réalités africaines plutôt que calquées sur des modèles importés.

Quatre regards, un même constat

Le panel a réuni la professeure Imane Kendili, spécialiste de psychiatrie et d’addictologie au Maroc, le professeur Amen Allah Messaadi, de Tunisie, le professeur Mohamed Benkhayal, de Libye, ainsi que l’expert sénégalais en santé publique Samba Cor Sarr. Malgré la diversité de leurs pays et de leurs disciplines, les quatre intervenants ont convergé vers un même message : les pays africains gagneraient à concevoir leurs politiques de santé à partir de leurs propres données épidémiologiques et de leurs contextes sociaux, plutôt que de reproduire des cadres réglementaires pensés ailleurs.

Les intervenants ont insisté sur le fait qu’une politique de santé efficace ne peut faire abstraction du profil sanitaire et social du pays auquel elle s’applique. Les habitudes de consommation, les ressources des systèmes de santé, le poids de l’informel ou encore les pratiques sociales liées au tabac diffèrent sensiblement d’un marché africain à un marché européen ou nord-américain. Calquer une réglementation conçue pour d’autres réalités risquerait, selon les participants, de produire des effets inadaptés, voire contre-productifs, sur le terrain.

Au cœur des échanges, la notion de souveraineté décisionnelle est revenue à plusieurs reprises. Pour les panelistes, il ne s’agit pas de rejeter les enseignements internationaux, mais de redonner aux experts et institutions africaines la capacité de les adapter, voire de les recomposer, en fonction des priorités sanitaires locales. Cela suppose de renforcer la recherche et l’expertise scientifique sur le continent lui-même, afin que les données utilisées pour bâtir les politiques de santé reflètent réellement les populations concernées.

Si la discussion s’inscrivait dans le cadre d’un événement consacré à la réduction des risques liés au tabac, le raisonnement porté par les intervenants dépasse ce seul sujet. Il rejoint un débat plus large sur la place de l’expertise africaine dans la définition des politiques publiques de santé, à l’heure où le continent cherche à affirmer sa capacité à produire ses propres réponses face à des défis sanitaires souvent spécifiques à son contexte démographique, économique et culturel.