Tunisie : La BAD préconise une refonte du modèle de financement face à des risques structurels persistants

0
106

Présenté lors des Assemblées annuelles du Groupe de la Banque africaine de développement, tenues du 25 au 29 mai 2026 à Brazzaville, en République du Congo, le rapport sur les Perspectives économiques en Afrique (PEA) 2026 dresse un diagnostic sévère de la situation tunisienne.

Face à la raréfaction des financements concessionnels et à l’instabilité de l’environnement international, le document recommande au pays de revoir en profondeur sa stratégie de mobilisation des ressources, en combinant garanties multilatérales, financements mixtes et capitaux de la diaspora.

La Tunisie évolue dans un environnement extérieur qui se complique, selon le rapport PEA 2026 qui souligne que le pays est exposé à une série de risques dont certains relèvent de sa propre trajectoire économique, et d’autres de facteurs exogènes sur lesquels sa marge d’action reste limitée. La lenteur des réformes structurelles, le poids croissant de la dette publique, la volatilité des prix de l’énergie et la multiplication des épisodes climatiques extrêmes figurent parmi les vulnérabilités identifiées. À ces fragilités internes s’ajoutent le recul de la demande en provenance d’Europe, principal débouché commercial du pays, ainsi que les répercussions économiques du conflit au Moyen-Orient.

Pour contenir ces risques, le rapport préconise d’abord d’élargir l’accès aux financements extérieurs par le recours aux garanties partielles, tout en renforçant la gouvernance des entreprises publiques et en améliorant l’efficacité de la dépense publique. Le développement du secteur privé est également présenté comme un levier prioritaire pour la création d’emplois, dans un contexte où les capacités d’absorption du marché du travail demeurent insuffisantes.

Le PEA 2026 considère que la relative stabilisation du cadre macroéconomique ouvre une fenêtre d’opportunité pour élargir les marges de manœuvre des finances publiques. Cela suppose, selon ses auteurs, d’élargir l’assiette fiscale, d’accélérer l’exécution des investissements publics, de restructurer les entreprises publiques et d’intensifier la lutte contre la fuite des capitaux. Sur ce dernier point, le rapport identifie 3 priorités opérationnelles concrètes pour renforcer la mobilisation des ressources fiscales nationales. Il s’agit de l’interconnexion des bases de données fiscales, de l’automatisation des contrôles de la TVA et de la résorption de l’économie informelle.

La capacité du système bancaire à orienter le crédit vers le secteur privé, plutôt qu’à financer massivement le déficit public, conditionne en grande partie le développement de la Bourse de Tunis et du marché obligataire national. Pour y parvenir, les auteurs appellent à réduire les coûts d’intermédiation financière, à renforcer la résilience du secteur bancaire à travers une meilleure gestion des risques et des actifs, à moderniser la gestion de la dette souveraine et à développer un marché secondaire des titres d’État. La mise en place de mécanismes de partage des risques avec les partenaires internationaux est également présentée comme une condition de la construction d’un système financier plus intégré.

Enfin, le rapport consacre une attention particulière à deux instruments jugés sous-exploités. D’une part, la création d’un guichet de financement mixte destiné à structurer les partenariats public-privé et à mobiliser des capitaux privés sur des projets d’investissement. D’autre part, l’élaboration d’une stratégie nationale de mobilisation de la diaspora, visant à canaliser une fraction des transferts de fonds vers des investissements productifs, à des fins de consommation courante.

LAISSER UN COMMENTAIRE

Please enter your comment!
Please enter your name here