
L’hôpital numérique tunisien a raccordé 30 établissements hospitaliers et rendu possible l’interprétation à distance de plus de 120 000 examens d’imagerie médicale en l’espace d’un an, a fait savoir le ministre de la Santé, Mustapha Ferjani. Dans un entretien accordé à HOSPITALS Magazine à l’occasion de Telehealth Connect 2026, conférence internationale que la Tunisie accueille, il a annoncé l’élargissement du système à de nouvelles spécialités et fixé à fin 2026 l’échéance pour doter l’ensemble des citoyens de l’Identifiant national de santé.
L’ossature technique repose sur un réseau de fibre optique à haut débit qui relie tous les hôpitaux du pays, avec un système interopérable entre les différentes structures de soins. Chaque jour, 30 établissements demeurent connectés en permanence pour la lecture des scanners et des IRM, 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7, en plus des demandes émanant des services d’urgence. À Sbeitla, l’installation d’un scanner a été accompagnée d’un accès à l’interprétation par des radiologues à distance, ce qui permet à la structure locale d’assurer la prestation même en l’absence d’un spécialiste sur place. Pour le ministre, un volume de 120 000 examens lus à distance en une année ne relève plus de l’expérimentation, mais d’un véritable service de santé à l’échelle nationale. Il a rappelé que l’Assemblée mondiale de la santé a adopté en mai 2026 une résolution sur l’accès équitable à l’imagerie diagnostique par la téléradiologie, qu’il considère comme une validation internationale de l’approche retenue par la Tunisie.
La prochaine phase consiste à faire de ce réseau, centré à l’origine sur la téléradiologie, une structure nationale d’expertise médicale à distance couvrant plusieurs disciplines. Sont citées la téléconsultation, la télésénologie, qui permet le partage de mammographies et d’autres examens d’imagerie mammaire pour avis spécialisé, la télépathologie, particulièrement précieuse en oncologie, et l’imagerie rétinienne à distance, destinée au dépistage de la rétinopathie diabétique. Des applications dédiées aux urgences cardiovasculaires et neurologiques, dont la prise en charge des accidents vasculaires cérébraux (AVC), sont également en cours de développement. Mustapha Ferjani en attend un suivi médical spécialisé permanent, une réduction des déplacements des patients et des délais d’attente, un diagnostic et une prise en charge plus rapides, une meilleure utilisation des ressources humaines et des équipements disponibles ainsi qu’un recul des disparités régionales d’accès aux soins.
Cette architecture s’appuiera sur l’Identifiant national de santé, qui doit attribuer à chaque citoyen une identité unique tout au long de son parcours de soins et fédérer les dossiers médicaux électroniques, les laboratoires, l’imagerie, les systèmes d’information hospitaliers et la télémédecine. Le portail Sahetna.tn, présenté comme une plateforme nationale sécurisée, permettra progressivement aux citoyens de suivre leur parcours de soins, leurs rendez-vous et leurs informations médicales. Le ministre souhaite ainsi passer d’un système où les données restent cantonnées à chaque établissement à un modèle où l’information accompagne le patient, dans le respect de normes strictes de confidentialité et de sécurité.
Le ministre s’est également adressé aux investisseurs et aux entreprises technologiques internationales, invitées à « venir construire avec nous ». Les partenariats recherchés doivent contribuer à la formation, au transfert de technologie, à la recherche et au développement de l’expertise locale, de manière à créer de la valeur en Tunisie. Selon lui, il revient à l’État de définir la stratégie, le cadre réglementaire et les standards, alors que le secteur privé apporte la technologie, l’investissement et l’agilité.
D’ici 2030, Mustapha Ferjani vise un système doté d’un point d’entrée simple et équitable, d’une identité de santé unique pour chaque citoyen et de centres hospitaliers universitaires qui mettent leur expertise au service de l’ensemble du territoire. Il a averti qu’il fallait éviter l’erreur de « numériser les inégalités existantes », et affirmé que l’innovation technologique doit placer le patient et sa dignité au cœur du système, afin de rapprocher les soins des citoyens, y compris dans les régions où les spécialistes font défaut.











