Tunisie – France : composition du groupe d’impulsion pour le partenariat économique France-Tunisie

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partenariat économique France-Tunisie

Intervention de M. Olivier POIVRE D’ARVOR, Ambassadeur de France en Tunisie

La France est fière d’être le premier partenaire de la Tunisie sur le plan économique et elle entend, plus que jamais, le rester.

  • La Tunisie a pour premier partenaire commercial la France : les exportations et les importations de biens entre les deux pays représentent 20% des échanges commerciaux de la Tunisie (chiffres 2018).
  • La Tunisie a également pour premier client la France : la France est le pays destinataire de près de 30% des exportations commerciales tunisiennes en 2018 (4,5 milliards d’euros sur l’année, un record). « Sans travail et export, on ne peut pas ramener de la devise et avoir un dinar en bonne santé », a d’ailleurs rappelé, il y a quelques jours, Marouen Abassi, le Gouverneur de la Banque centrale.
  • En termes d’investissements, la France est enfin le principal pourvoyeur d’investissements directs étrangers (IDE) en Tunisie avec 34% des flux d’IDE (hors énergie) orientés vers la Tunisie en 2018. Néanmoins, 1/5ème seulement de ces IDE correspondent à des créations d’entreprises ex nihilo, les 4/5ème restants représentant des extensions de projets déjà existants. Je pense à l’aéronautique, à l’automobile, aux câblages électriques, au textile, etc…

Au-delà de ces chiffres, la France a une place économique singulière aux côtés de la Tunisie :

  • Nos relations commerciales, en forte hausse depuis 2017 (+ 4,5%), sont structurellement, et de plus en plus, favorables à la Tunisie.
  • Les échanges commerciaux entre les deux pays génèrent un excédent commercial bilatéral record pour la Tunisie (1,2 milliard d’euros sur l’année 2018, soit de loin le principal excédent commercial bilatéral de la Tunisie).
  • Il s’agit d’un excédent bilatéral structurel pour la Tunisie, et qui progresse chaque année (+25% par rapport à 2017), surtout depuis 2013.
  • Enfin, dans le cadre d’une diplomatie économique partagée, la France peut proposer à la Tunisie un accès commun à des marchés africains, y compris dans leur dimension maghrébine. Nous y réfléchissons avec nos amis du Tunisia-Africa Business Council mais aussi avec des entreprises venues s’installer récemment en Tunisie aux fins de développer leurs actions en Afrique. A ce titre, l’organisation par la Tunisie à l’automne 2020 du Sommet de la Francophonie sera un rendez-vous déterminant… Loin d’être une inféodation à quelque ordre ancien, la langue française constitue une richesse tunisienne et un atout déterminant pour consolider la position économique de la Tunisie aux portes de l’Afrique sub-saharienne.

Faut-il encore rappeler et marteler que notre relation économique et commerciale avec la Tunisie, contrairement à une légende tenace, que d’aucuns voudraient entretenir par de fausses informations, n’est pas basée sur la domination et l’exploitation des richesses de la Tunisie ? La Tunisie n’a évidemment à recevoir de leçons et d’aides de personne. Mais il ne faut pas confondre indépendance avec isolement, souveraineté territoriale et patriotisme économique avec repli économique. La relation franco-tunisienne est gagnante-gagnante, celle d’un partenariat étroit. La réussite économique de la Tunisie est autant la réussite économique de la France, de ses 1400 entreprises employant 140.000 personnes, de ses 30 000 ressortissants, que des très nombreux partenaires tunisiens de cette présence dynamique.

De la même manière, les quelques 800.000 Tunisiens vivant en France représentent une source de richesses, à tous les sens du terme ; y compris en termes de liquidités et de possibles investissements que la diaspora ne manquera pas de réaliser, dans les années à venir, si l’amnistie de change voit le jour. Nous devons désormais mobiliser ces forces vives des Tunisiens de France qui peuvent mettre un stock très important de devises à la disposition de l’économie tunisienne. Démographie aidant, cette « famille franco-tunisienne » comptera en 2050 deux millions de membres qui constitueront une véritable communauté d’intérêt, faite d’investissements de part et d’autre, de revenus familiaux et de flux financiers.

Depuis 2011, la situation économique de la Tunisie est difficile. Ebranlée par le changement politique, l’effondrement libyen comme par la menace sécuritaire, cette situation est aujourd’hui critique. Le modèle économique, celui d’une économie administrée, n’a guère évolué depuis les années 60. L’essoufflement date certes d’il y a plus de dix ans mais le secteur productif est désormais frappé de plein fouet, amorçant une désindustrialisation inquiétante. Malgré les efforts de ses gouvernements successifs, malgré la bienveillance de ses amis, malgré le soutien dont la Tunisie démocratique bénéficie depuis la Révolution, cette nouvelle donne politique n’a pas permis, douloureux constat, aux Tunisiens de mieux vivre économiquement. La Tunisie connaît aujourd’hui une situation « d’urgence économique » qui pèse sur la qualité de vie et les opportunités des citoyens tunisiens.

Cette urgence est d’abord celle du quotidien et du pouvoir d’achat. L’urgence insupportable de la cherté de la vie. C’est l’urgence des ménages et des familles les plus modestes pour qui le coût du panier de la ménagère est une violence quotidienne. C’est l’urgence absolue de la jeunesse, notamment diplômée, qui ne parvient pas à sortir d’un chômage de masse et durable. C’est aussi l’urgence des territoires, du développement de ce que l’on appelle les régions de l’intérieur, mais aussi des périphéries des grandes villes. C’est l’urgence d’un Etat affaibli et qui gère désormais dans la douleur, c’est l’urgence d’institutions fragiles, de secteurs sociaux comme l’éducation et la santé où la qualité de service baisse. C’est l’urgence des entreprises publiques, aujourd’hui déficitaires et qui peinent à fournir les services qui permettent aux entreprises comme aux individus de se développer.  C’est l’urgence des entreprises privées, d’une pression fiscale très importante et d’un climat d’affaires peu dynamique.

C’est bien entendu une urgence que l’économie parallèle, estimée à 50% du PNB, entretient, une urgence sur lesquels la situation régionale actuelle et le populisme en vigueur partout dans le monde pèsent négativement. C’est, pour résumer, l’urgence d’un mal être social des citoyens, d’un sentiment de déclassement économique, d’une performance très amoindrie et d’investissements en panne

Personne ne conteste la réelle fragilité de la situation économique tunisienne, à commencer par sa faible croissance. Bien au-delà des débats politiques propres à chaque démocratie, 2020, c’est à dire demain, 2020 sera difficile. Qu’il s’agisse de la masse salariale ou du remboursement de la dette, les charges risquent de croître. Une dette publique tunisienne à 80% du PIB, voire plus, est à prévoir dès 2019. Le secteur bancaire est, on le sait, fragile. Le secrétaire général de l’UGTT, Nouredinne Taboubi vient de le rappeler lors du congrès de la Fédération des banques et des établissements financiers en affirmant qu’il faut faire en sorte que l’économie informelle intègre l’économie formelle, pour pallier le manque de liquidité financière et lutter efficacement contre la contrebande. Des réformes « tunisiennes », profondes, s’imposent dès lors que la Tunisie souhaite, à juste titre, ne pas avoir à appliquer durablement celles recommandées par l’extérieur, je pense notamment au FMI.

Ces urgences, j’ai pu également en prendre conscience par le travail réalisé par la société civile tunisienne, je pense au FTDES, à l’IACE mais aussi grâce à des organismes publics comme le Conseil d’analyses économiques, la Caisse des dépôts et consignations, booster de l’investissement. J’ai également pu mesurer ces urgences sur le terrain, lors de ces nombreux déplacements que je tiens à effectuer à la rencontre de la diversité tunisienne (élus, responsables économiques, syndicalistes, universitaires, artistes…) pour comprendre, écouter, et me permettre d’orienter au mieux l’action de l’Ambassade.

A ces urgences, il ne s’agit pas de trouver des responsables, mais des réponses. Mais si les réformes en cours, si les projets portés par les uns et par les autres ne parviennent pas à apporter des solutions assez rapides, ou assez radicales pour briser le cercle vicieux, il nous appartient en tant que premier ami de la Tunisie, d’être plus ambitieux, et de réfléchir autrement. Car l’ambition de la Tunisie et des Tunisiens n’est évidemment pas la simple survie économique mais un développement inclusif, source de mieux-être pour toutes les catégories et toutes les régions de Tunisie. Ce nouveau contrat social, dès lors que le pays le formule, nous pouvons l’accompagner.

Les membres du groupe d’impulsion :

ABDELKEFI Fadhel, Président du Conseil d’Administration, Tunisie Valeurs ; ancien Ministre du Développement, de l’Investissement et de la Coopération internationale et ancien Ministre des Finances

AOUDI Houssem, Cofondateur, Cogite                      

AYED Jaloul, Président Fondateur, Vega ; ancien Ministre des Finances

BENZINA Neila, CEO, Wimbee

BERNARD-MANUSSET ALLANT Ombeline, Directrice pays, Vovalcom    

BOULKOUT Mounir, Directeur Général, Selt Marine

BOUREGHDA Maya, Avocate aux barreaux de Paris et de Tunis, Cofondatrice de JurisMed

ELLOUMI Hichem, Président Directeur Général, Coficab (Groupe Elloumi)          

FRIKHA Mohamed, Directeur Général, Telnet

GARGOURI Chéma, Président de la Tunisian Association for Management and Social Stability (TAMSS)

HABIB Karaouli, Président Directeur Général, Cap Bank

HAMDI Najla Cherif, Présidente, Sanofi Tunisie

HIRSCH Martin, Directeur, Assistance Publique-Hôpitaux de Paris (APHP)

INZERILLO Jino, Directeur du développement commercial, Bansard

KILANI Lassaad, Directeur Général et propriétaire, Groupe Kilani

LAOUITI Khaled, Directrice Générale, Pierre Fabre Tunisie

MEBAREK Aziz, Cofondateur, AfricInvest

MEDDEB Raddhi, Président Directeur Général, Comète

MIGUET Claude, Président Directeur Général, CMR Tunisia Ship Repairs

OUALI Baddredine, Président, Vermeg

OUERFELLI Nidhal, Directeur, Commissariat à l’énergie atomique et aux énergies alternatives (CEA)

RATLE Alexandre, Directeur Général, El Moussem Agricole

ZEGHAL Slim, Directeur Général, Altea Packaging

ZHAKUPOV Mansur, Directeur Général, Total Tunisie

ZOUARI Abderrazak, Professeur des Universités ; ancien Ministre du Développement Régional et Local          

ZRIBI Khaled, ALPHAMENA

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