
Lors d’une table ronde, des économistes et experts ont chiffré à 2,28 milliards de dollars, soit environ 7,1 milliards de dinars, le potentiel d’exportation que la Tunisie n’a pas encore mobilisé vers 36 marchés africains.
La rencontre, organisée par le projet « Qawafel » en partenariat avec le projet « Savoir Éco », a permis d’esquisser les contours d’une stratégie de diversification commerciale vers le Sud. C’est ce qu’a établi Leïla Baghdadi, économiste principale au Bureau de l’économiste en chef pour la région Moyen-Orient, Afrique du Nord, Afghanistan et Pakistan à la Banque mondiale, en s’appuyant sur les conclusions de l’ouvrage collectif « Increasing intra-African trade : Can the African Continental Free Trade Area be the game changer ? », qu’elle a co-écrit et présenté lors de la table ronde.
Selon les données issues de cet ouvrage, plus de 95% des débouchés identifiés correspondent à des marchés où la présence tunisienne est soit insignifiante, soit totalement inexistante. Les secteurs des machines électriques et de l’habillement concentrent la plus grande part de ce potentiel.
Pour affiner la cartographie de ces opportunités, l’experte Sonia Ben Khedher, auteure de Policy Briefs élaborés dans le cadre du projet « Qawafel », a présenté les résultats obtenus grâce au modèle analytique Trade-DSM, un outil de sélection de marchés mis au point par l’Afrique du Sud. Conçu pour filtrer de vastes bases de données commerciales afin d’identifier des combinaisons produit-pays à fort potentiel inexploité, cet instrument a permis de recenser 2 999 opportunités d’exportation portant sur 590 produits distincts, répartis sur 36 pays africains, pour une valeur totale estimée à 2,28 milliards de dollars.
Plus de 53% des opportunités se situent en Afrique du Nord, principalement en Algérie, en Libye et au Maroc. L’Afrique de l’Ouest représente 1 072 débouchés répartis notamment entre le Nigeria, le Ghana, la Côte d’Ivoire et le Sénégal. Des marchés d’Afrique de l’Est et Australe, Kenya, Maurice et Afrique du Sud, ainsi que l’Angola, en Afrique centrale, complètent ce panorama. Les filières les plus prometteuses couvrent les machines électriques, le textile, l’agroalimentaire ainsi que les pièces et accessoires automobiles.
Pour autant, plusieurs obstacles structurels freinent la capacité d’exportation de la Tunisie vers ce continent. Leïla Baghdadi a énuméré parmi les principaux blocages les coûts logistiques élevés, les barrières tant tarifaires que non tarifaires, le faible niveau d’industrialisation de nombreux pays africains, le manque de complémentarité intra-africaine, la fragmentation régionale, l’absence d’une véritable intégration continentale et la faiblesse persistante du commerce entre pays africains eux-mêmes.
Parmi les recommandations formulées par les deux expertes figurent l’amélioration des infrastructures logistiques, de renforcer l’accès à l’information nécessaire à une planification rigoureuse à l’export, l’accompagnement des entreprises dans leur démarche d’internationalisation, d’adopter une promotion commerciale ciblée par marché et de mobiliser la diplomatie économique au service des exportateurs.











