Sonia Barka : « ATIC, une capital-investissement en Tunisie: une industrie résiliente en dépit de la conjoncture»

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Interview avec Sonia Barka, Déléguée Générale de l’ATIC.

« Nous sommes dans une perspective de relance et de restructuration et le rôle du capital-investissement dans ce contexte est incontournable »

Pouvez-vous nous présenter l’ATIC et ses missions ?

L’Association Tunisienne des Investisseurs en Capital est une association professionnelle créée en 2004 dans le cadre de la Loi de Finances de 2003 afin de fédérer les acteurs du capital-investissement actifs en Tunisie et d’être l’unique vis-à-vis des pouvoirs publics et du régulateur (le Conseil du Marché Financier).

L’ATIC compte actuellement 56 membres dont 45  Sociétés de gestion de fonds d’investissement (SDG)et SICAR ainsi que les professions qui les accompagnent qui ont la qualité de membres associés.

Au-delà de ses missions de développement des bonnes pratiques du métier et de respect des règles de déontologie par les membres, l’ATIC veille à diffuser sesvaleurs qui sont basées sur l’intégrité et l’engagement dans l’accompagnement des entreprises financées, tout au long de leur processus de croissance. D’autre part, notre association assure la promotion de l’industrie du capital-investissement auprès des investisseurs institutionnels et privés, des bailleurs de fonds, des entrepreneurs, des associations similaires à l’étranger et des leaders d’opinion aussi bien au niveau local qu’international.

Elle contribue à l’élaboration du cadre juridique et de la réglementation qui régissent le métier. Enfin, elle anime l’écosystème du private-equity à travers l’organisation d’évènements qui favorisent la génération d’opportunités d’affaires, l’échange d’expertise et le renforcement des compétences.

Sur ce plan, notre Centre de Formation des Investisseurs en Capital (CFIC) très actif depuis 2011, joue un rôle primordial pour le développement des compétences des cadres du métier et la mise à jour continue de leurs connaissances car c’est un métier d’excellence où la règlementation est en perpétuelle évolution.

D’ailleurs dans cette logique d’évolution du métier, l’ATIC s’est engagée ces dernières années dans une démarche de sensibilisation de ses membres pour l’intégration des critères extra- financiers dans leurs objectifs et leurs stratégies d’investissement ainsi que la nécessité d’encourager les entreprises financées à adopter des modèles économiques basés sur une croissance durable et responsable.

 le dernier RA est éloquent. Comment s’est comporté le marché du capital-

investissement en 2021 ?  Mais de nombreux chantiers sont encore en instance ?

Le marché a été résilient. Malgré une conjoncture des plus difficiles, les investisseurs en capital continuent d’investir, d’accompagner et remettre sur pieds des entreprises en difficulté. Ils contribuent à créer et à sauver des emplois. Ils lèvent des capitaux et lancent de nouveaux fonds.

L’impact de la pandémie de la Covid-19 sur l’industrie du capital-investissement en Tunisie ne s’est réellement fait ressentir qu’au second semestre de 2021.Les confinements successifs et les restrictions sanitaires vécues à l’été 2021ainsi que les incertitudes liées à la situation politique et économique avaient alors considérablement réduit le rythme des activités des investisseurs en capital amenant les professionnels à annuler ou mettre en stand-by des transactions en cours pour certain ou à réexaminer leurs priorités pour d’autres.

Au niveau des résultats cela s’est traduit par une baisse de 13% au niveau des investissements en 2021, même si la courbe de tendance montre une baisse de 1% seulement sur les cinq dernières années. On notera que335 MDT ont toutefois été investis dans 154 entreprises. Ces investissements ont contribué à créer plus de 3800 emplois directs et indirects et surtout à en sauver d’autres.

Les objectifs de soutien aux PME et de maintien des emplois ont été prioritaires. Plus de 70 MDT ont été mobilisés pour la restructuration d’entreprises en difficulté. Historiquement, l’industrie n’avait pas autant investi en capital-retournement.

Nous avons vu le lancement de l’initiative« Aspire »,un fonds de 100 MDT financé par l’USAID auquel la CDC a contribué à hauteur de 40% Ainsi que les fonds « Inkadh » et « Mourafek » gérés respectivement par Mac Private Management et Zitouna Capital.

Les levées de fonds ont également enregistré leur meilleure performance sur les 10 dernières années avec 522 MDT de capitaux levés et un doublement des levées auprès des investisseurs privés, portant l’encours des capitaux à près de 4 Milliards de DT qui viendront renforcer la relance dans les prochaines années.

Les sorties ont également progressé de 73% par rapport à 2020 avec 179 opérations d’exit d’une valeur de 194MDT.

Question 3 : Quelles sont les bonnes nouvelles dans le ciel du capital-investissement ?

Il y a plusieurs raisons d’espérer de bonnes nouvelles. Nous allons assister à l’émergence de plusieurs nouveaux fonds spécialisés qui vont permettre de financer les différents stades de développement des entreprises (seed, early ou growth stages). Les childfunds, du fonds de fonds « Anava », libellés en devises, vont insuffler une nouvelle dynamique de croissance à l’écosystème de l’entrepreneuriat innovant en Tunisie mais également offrir la possibilité aux startups tunisiennes de s’internationaliser.

Des nouveaux fonds dédiés à la restructuration vont être annoncés prochainement.

La promulgation prochainement du nouveau code des changes annoncée récemment par Mr Marouane El Abassi, Gouverneur de la BCT, va permettre aux entreprises et aux startups tunisiennes qui souhaitent s’internationaliser de ne plus se voir dans l’obligation de s’expatrier pour lever des fonds en devises. Nous espérons que la nouvelle réglementation permettra aux Fonds d’Investissement Spécialisés de souscrire à des Obligations Convertibles en Actions ou en Compte Courant Associés, en monnaies étrangères pour leurs sociétés en portefeuille.

De bonnes nouvelles vont surement accompagner les mesures d’urgence économique pour améliorer le climat des affaires qui seront annoncées d’ici la fin de l’année par le gouvernement. On s’attend notamment à la suppression de plusieurs autorisations et procédures administratives contraignantes.

Autant de raisons de donner de l’espoir quant à une nouvelle impulsion en perspective pour notre métier.

Les Sicars classiques voient déferler une nouvelle vague de fonds d’investissement pour quelle cohabitation et quelle complémentarité ?

C’est un déferlement que nous considérons positivement car il s’agit d’un renforcement du continuum de financement des segments ou des secteurs pas ou peu couverts par les Sicars. Les nouveaux fonds d’investissement ont des objectifs diversifiés en terme de stratégies d’investissement, d’approche sectorielle, de taille des tickets d’investissement de telle manière qu’ils contribuent à couvrir un plus large spectre d’entreprises à la recherche de financement et de secteurs offrant un potentiel de croissance.

Je citerai le Fonds « Empower » qui cible les entreprises de taille intermédiaire avec des tickets d’investissement allant de 5 à 15 MDT en vue de les aider à améliorer leur productivité, mieux se positionner dans les chaines de valeur ou développer leurs capacités d’exportation.

Alors que les  Fonds de restructuration « Inkadh » et « Mourafek » lancés en réponse à la crise du covid-19 financent des PME en difficulté à travers des investissements compris entre 1 MDT et 5 MDT en fonds propres.

Ou encore le Fonds « Innovatech » qui finance les PME innovantes en phase de développement et qui ont deux ans d’âge au minimum, dans les technologies de l’éducation et de la healthtech, la fintech, les green-techs, l’agri-tech, les TIC et le big data pour ne citer que ceux-là.

Les childfunds du Fonds de Fonds « Anava » financent les startups et les entreprises innovantes en leur offrant des tickets adaptés à chaque stade de leur développement.

In fine, la dynamique enclenchée par les nouveaux fonds va renforcer le financement des entreprises en fonds propres et quasi-fonds propres, dans leur phase en early stage ce qui va donner plus de profondeur au marché et préparer le relais aux Sicars qui restent malgré tout un véhicule d’investissement fondamental dans l’industrie du capital-investissement tunisien, pour le financement de la phase de post-démarrage.

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