Slim Ben Ammar : «SODEXO Désormais, le repas est à la Carte.»

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Slim Ben Ammar CEO Sodexo Tunisie

Interview avec Slim Ben Ammar, CEO – Sodexo Tunisie.

Sodexo Tunisie lance une nouvelle carte de service, en quoi est-elle différente de la première ?

Depuis 2010, Sodexo Tunisie a été avant-­gardiste en lançant une carte restaurant au profit des sala­riés d’un grand établissement public. A la demande des clients, cette solution a inclus plus tard les commerces d’alimentation et supermarchés afin de permettre l’achat de produits alimentaires et subventionner ainsi le budget alimentation des ména­ges. Sodexo Tunisie compte aujourd’hui plus de 25 000 bénéficiaires porteurs de cartes repas.  

Cette solution digitale privative de première génération a été conçue pour être exclusivement acceptée sur des terminaux de paiement électronique (TPE) propriété de Sodexo. Or, cette exclusivité a freiné son développement notamment auprès de certains commerces et supermarchés dont les caisses sont équipées d’un système de monétique intégré, relié à un seul et unique terminal bancaire sur lequel la carte Sodexo n’était pas acceptée.

La nouvelle carte Sodexo, dont le lancement est prévu au cours de novembre 2020, a été conçue pour être acceptée par défaut par les terminaux de paiement bancaire, tout en demeurant priva­tive. Elle fera donc l’objet d’un réseau de plus en plus large à travers une affiliation filtrée auprès de nouveaux commer­ces, en plus de ceux acceptant initialement la solution papier et disposant de TPE.

La finalité du service reste contrôlable à 100% à travers le filtrage des activités commercia­les, acceptées dans le réseau de la carte selon sa vocation (Repas, Cadeau, Habillement, etc.) La carte repas sera par exemple acceptée auprès de la chaîne Magasin Général ou Baguette & Baguette ou encore Gourmandise, etc. En revanche, si elle n’est pas acceptée dans des commerces de prêt-à-porter ou autre commerce non alimentaire, une autre carte habillement sera exclusivement acceptée dans des magasins de vêtements et chaussures, etc. C’est en cela que notre solution digitale de paiement, adossée à un réseau dédié et restrictif, permet à nos clients de réaliser des économies en charges sociales tout en étant pleinement conformes aux dispositions d’exonération prévues par la CNSS. 

Enfin, il faut savoir que cette carte à puces répondant aux standards de la sécurité bancaire et normes technologiques de pointe, est une carte sans contact, facile et rapide d’utilisation et particulièrement adaptée aux enjeux sanitaires de l’instant.

Il est à souligner que ce projet de dématérialisation des titres sociaux a pu voir le jour grâce au soutien actif de la Société Monétique Tunisie qui y a cru et a permis sa mise en œuvre avec le concours et l’ingénierie de la Société MS solutions. 

Cette initiative constituant une première en Tunisie, marque l’évolution des solutions digitales de paiement vers une ouverture du réseau de TPE bancaires à des cartes de paiement dédiées non bancai­res, tels que les titres sociaux.  

Une véritable syner­gie collaborative pour le bien de toutes les parties prenantes est en marche.

Qu’apporte cette nouvelle carte comme avantages pour vos clients, bénéficiaires et commerçants ?

Par rapport au titre papier, cette solution digitale permettra à l’entreprise une très grande facilité lors de la passation de commande. Les droits mensuels des collaborateurs sont en effet chargés en ligne, en un simple clic. Elle évite en outre à l’entreprise la lourde, fastidieuse et coûteuse distribution mensuelle de titres repas ou autres types de titres, ce qui revient à une grande économie au niveau de la logistique et une sécurité à toute épreuve, contre la perte ou le vol. 

Pour les bénéficiaires, cette solution offre un réseau attractif couvrant tout le territoire, c’est aussi un réseau personnalisable à la demande. Il sera sans cesse étoffé au fil des semaines par de nouveaux commerces affi­liés, identifiables et géolocalisables grâce à l’application mobile «MySodexo» (disponible sur Android et IOS). Cette application permet également au bénéficiaire de sui­vre sa con­sommation en temps réel et en tou­te sécuri­té en bloquant/débloquant en ligne sa carte en cas de perte. 

Une carte secondaire peut également être fournie au bénéficiaire à sa demande. 

Par ailleurs, grâce à cette digitali­sation, nous créons indubitablement une relation directe avec le commerce et possédons l’assurance qu’aucun intrus ne puisse intégrer notre réseau d’acceptation. A ce titre, nous avons bâti notre proposition de valeur digitale en garantissant au bénéficiaire qu’aucune dépréciation possible de ses droits de consommation ne puisse être effectuée par les commerces affiliés. Ce qui hélas reste toujours le cas pour le format papier, conséquence de l’absence de cadre règlementaire au sein de l’activité.

Pour les commerçants, la digitalisation est une solution qui contrôle la validité des soldes en ligne et qui supprime tous les tracas et risques liés à la gestion des titres sous format papier, ainsi que toute la logistique de déplacement et dépôt des titres pour leur remboursement. Désormais la gestion de caisse est facilitée et sécurisée : le commerçant recevra périodiquement, par virement, le montant des transactions qu’il a réalisées par cartes Sodexo. 

Vous avez dit qu’il n’y avait pas de cadre réglementaire dans votre acti­vité, comment se fait-il alors que l’activité a plus de 25 ans d’existence ?

Oui, il n’y a pas encore de cadre réglementaire qui régit les titres sociaux, repas, cadeau, habillement, vacances, etc. et pourtant ce n’est pas faute d’avoir essayé. La chambre patronale des émetteurs relevant de l’UTICA a, à plusieurs reprises, invité les autorités à accélérer la cadence pour réguler le secteur. Ce projet a d’ailleurs rencontré, depuis longtemps, tout l’intérêt qu’il mérite de la part du ministère du Commerce qui, en 2019, a réactivé le projet de texte de loi régissant les titres et cartes de services. En fait, ce n’est pas le bien-fondé de ce cadre qui est remis en question mais davantage les enjeux prioritaires de régulation dans le pays et les changements fréquents de gouvernants qui sont plutôt à l’origine du retard d’avancement dans l’approbation d’un tel projet. 

Pourtant, ce secteur touche en Tunisie plus de 500.000 salariés et concerne plus de 10 000 commerçants. Aujourd’hui, en cette période de crise, le soutien des politiques publiques aux titres sociaux est une opportunité qui prend tout son sens. C’est dire si c’est important pour notre pays !

En effet, de par le monde, ces titres ont un impact socio-économique important et constituent par le biais de la défiscalisation ciblée, un puissant outil de relance économique et d’appui à l’emploi. En France, par exemple, à l’occasion de la crise du COVID-19, le montant des droits de restauration a été doublé ce qui a eu un impact positif important auprès des restaurants. Au Maroc, le législateur vient d’instituer, en juillet 2020, une exonération d’IRPP pour les titres vacances afin de soutenir le tourisme local hautement touché, à l’instar de la Tunisie, par la crise actuelle. Ces quelques exemples, montrent que nous gagnerons en Tunisie à conférer à ce secteur l’intérêt qu’il mérite. Un secteur autant pourvoyeur d’emplois que créateur de paix et de bien-être social.  

L’impact direct des titres repas sur la restauration en Tunisie est actuellement estimé à 20.000 emplois. Une meilleure incitation fiscale et sociale de cet avantage pourra permettre, dans ce secteur, la création d’environ 4000 emplois additionnels par an (sur la base d’1 emploi créé pour environ 15 nouveaux bénéficiaires récurrents de titres restaurant). Cette cadence de création d’emplois pourra se maintenir sur les 10 prochaines années eu égard au volume de la population active susceptible encore de bénéficier de cet avantage social. 

La même opportunité est à extra­po­ler pour l’hôtellerie à travers la défiscalisation d’un titre vacances, une mesure qui, ne coûte rien à l’Etat et qui rapporte beaucoup au secteur tout en contribuant à la qualité de vie du salarié tunisien. D’ailleurs, le titre vacances, qui existe dans plusieurs pays, a été recommandé par la Fédération Internationale du Tourisme comme moyen de soutien au tourisme local des pays, dès le début de la crise du COVID-19.  

Bien entendu, le format digital, carte ou paiement mobile des titres sociaux est un dispositif supplémentaire très puis­sant à même de faciliter la concré­tisation de ces politiques sociales de soutien, qui seront pleinement valorisées, tracées et mesurées. 

Quelle est selon vous la place de la transformation digitale dans votre secteur d’activité ? 

Sous l’influence de la technologie, la Tunisie, à l’instar du reste du monde, est impactée par les ten­dances lourdes que connaissent les métiers. 

La digitalisation dans le secteur des titres sociaux, comme dans la grande majorité des activités, va connaître inévitablement une accélération. 

Le futur du papier dans notre secteur pourrait se compter en mois si les conditions propices à la dématéria­lisation étaient toutes réunies : cadre réglementaire régissant notamment les délais de paiement et encourageant la dématérialisation, synergie des initiatives des acteurs du secteur, adhésion plus franche et souple des banques et des commerçants. 

Ce qui est sûr c’est que le marché est dans l’attente ! Une attente exa­cerbée par la crise récente du COVID-19 où la digitalisation y a trouvé une place de choix.

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