Secteur bancaire : Les cinq enjeux et défis des régulateurs africains

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Marouane El Abassi, Gouverneur de la Banque Centrale de Tunisie (BCT), a pris part à la conférence « Journées annuelles du Club des Dirigeants de Banques et Etablissements des Crédits d’Afrique » qui s’est tenue aujourd’hui, jeudi 9 février 2023, sous le thème « Quelle réglementation bancaire pour les économies africaines ? ».

Dans une allocution au Président du Club des Dirigeants de Banques et Établissements de Crédit d’Afrique et à la Déléguée Générale du Conseil Bancaire et Financier, à l’ouverture des travaux, il a déclaré : « Comme partout dans le monde, nous venons de vivre trois années marquées par une crise sanitaire multifacette d’une rare profondeur et qui a frappé de plein fouet les économies africaines.

Les institutions bancaires n’ont pas été épargnées des retombées de la crise qui leur a imposé non seulement de faire face à de nouveaux besoins et à des sollicitations fortes de soutien à l’économie, mais leur a également dicté une modification profonde et radicale de leurs stratégies et modes de fonctionnement.

S’il est vrai que le renforcement du cadre de régulation du secteur bancaire a permis aux banques du monde, dont les banques africaines, de faire preuve de résilience, de flexibilité et de réactivité face à la crise, les régulateurs africains se retrouvent actuellement appelés à gérer de nouveaux enjeux et défis qui viennent s’ajouter aux répercussions de la crise sanitaire et qui façonnent d’ores et déjà le monde post-covid :

– Le premier défi a trait à la situation géopolitique marquée par une instabilité due notamment au conflit en Ukraine qui a eu pour effet immédiat un renchérissement des denrées alimentaires et des hydrocarbures mettant en péril la sécurité alimentaire et énergétique,

– Le deuxième défi est lié aux perspectives économiques dans un contexte marqué par des tensions inflationnistes qui fragilisent davantage le tissu économique et impactent le pouvoir d’achat des citoyens avec le risque d’exclusion de certaines franges de la population,

– Le troisième défi consiste en la promotion de l’inclusion financière qui doit être l’affaire de tous et qui passe, notamment, par la facilitation de l’accès aux services bancaires de base, le développement de relations de confiance avec la clientèle bancaire et la garantie de leur protection via la prévention du surendettement, une transparence accrue, une tarification responsable, un traitement respectueux et équitable des clients.

– Le quatrième défi scrute l’accélération des mutations liées à la révolution numérique porteuse d’opportunités mais concourant également à l’émergence de nouveaux risques que le secteur bancaire devra correctement appréhender pour réussir cette transformation,

– Le cinquième défi concerne le dérèglement climatique (sécheresse, désertification, tarissement des ressources hydrauliques, érosion des côtes…) auquel notre continent demeure fortement exposé malgré sa faible contribution aux émissions de gaz à effet de serre.

L’ensemble de ces enjeux appelle à un changement de paradigme n’interpellant pas uniquement les institutions financières, mais également les régulateurs bancaires africains, avec une rupture progressive avec l’approche de régulation bancaire « régalienne » en faveur d’une résilience inclusive. Les autorités de régulation sont à ce titre appelées, à s’acquitter du rôle de propulseur et de facilitateur afin d’ancrer la dimension économique et sociale dans la gouvernance des banques assujetties dans leurs modèles d’affaires.

Ils doivent aussi assurer le rôle d’accompagnement que ces autorités sont supposées jouer pour faciliter et réussir la transition escomptée pour disposer, in fine, d’un système solide à même d’assurer un financement sain, durable, responsable et inclusif.

Aussi, le foisonnement de nouveaux acteurs tels que les fintechs pose-t-il un véritable challenge aux régulateurs qui sont amenés à migrer progressivement d’une approche « rule-based » vers une approche « principle-based » plus favorable à l’expérimentation et à l’émergence de l’innovation. »

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