Rompons avec l’ancienne matrice de pensée !

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Mondher Khanfir et Mohamed Balghouthi

La Tunisie s’est trouvée, sans avoir été préparée à cela, dans un processus de transition vers la Démocratie, Ce qui explique cette impression de glisser dans un tunnel de plus en plus obscur et qui n’en finit pas ! La recomposition des lignes de démarcation entre les différents pouvoirs s’est avérée plus ardue que prévu, et le débat public et serein, sur les préoccupations fondamentales des citoyens et le devenir du pays, n’est pas en train de se faire, il fait même l’objet de surenchères populistes et des manipulations politiciennes. Ce qui accentue le flou sur l’issue du processus, et génère des réactions de défiance, qui aiguisent le sentiment d’insécurité. Dans ce contexte, comment pourrions-nous aligner les intérêts et focaliser sur l’objectif d’une Démocratie fondée sur l’intelligence et l’éthique ?

Toute production permettant de construire une vision pour le modèle socio-économique du pays est bonne à discuter. Et l’arbitrage ne peut être fait qu’après un large débat scientifique et éthique. Ainsi, nous profitons de la publication du dernier rapport du Conseil d’Analyses Economiques, intitulé « Plan de relance économique 2019-2020 », pour discuter les mesures proposées, à travers les réseaux sociaux, en publiant nos commentaires sur une version consultable en ligne, et partager en toute transparence nos critiques de ce rapport, sans remettre en cause ni l’effort ni l’intention de ses auteurs, à qui nous rendons hommage en leur donnant un feed back sur leurs travaux.

Nous regrettons toutefois l’absence d’une vision prospective que devrait présider toute démarche de réforme en Tunisie, et qui s’inscrirait dans une appréhension des enjeux économiques, sociaux et politiques du futur, et non pas du passé.

Pour se projeter du « bon côté » la Tunisie a besoin d’une rupture. Pas celle qu’on présente péjorativement comme une cassure ou séparation douloureuse voire traumatisante. Rappelons que le monde change de plus en plus vite, justement par « ruptures » successives, grâce notamment aux grandes inventions qui ont produit des discontinuités salutaires pour l’humanité. A l’instar de la médecine préventive, à travers l’invention de la vaccination, et qui a été une rupture dans la pratique thérapeutique dès la fin du XIX° siècle. Aujourd’hui, cette pratique médicale est elle-même en train d’être « disrupted » par une médecine prédictive, grâce notamment à la thérapie génique, dans laquelle le patient est soigné avant même l’apparition de la maladie, avec une approche centrée sur sa propre capacité à trouver les ressources intrinsèques pour se soigner, et non sur la sophistication des remèdes extrinsèques.

Nous prenons cet exemple de rupture car il s’applique bien au cas de la Tunisie, dont l’économie connaît plusieurs traumatismes graves. D’aucun ne niera qu’au vu de la situation économique et sociale en Tunisie, tout redressement passe par une politique de valorisation des ressources internes du pays, tout en s’inscrivant dans une logique mondiale pour profiter des effets de levier externes.

A titre d’illustration, rien que pour compenser la disparition ou la cessation d’activité d’entreprises, majoritairement des PMEs sous capitalisées, il faudrait créer une nouvelle génération d’entreprises innovantes, capables de mobiliser assez de fonds pour générer de la croissance exponentielle et de l’emploi. Ce qui n’est pas une sinécure, dans un pays où la matrice de pensée économique et industrielle est dépassée et déphasée dans ses rapports à l’économie mondiale de 2018.

Il y a une énorme différence entre le monde de 1970 à 1990, celui de 1990 à 2010, et celui de 2010 à 2030. Les modèles économiques, sociétaux, les rapports Nord/Sud, les modes de production et de consommation, l’accès à l’information et à la société de la connaissance, la dématérialisation du business, le basculement du centre de gravité du pouvoir mondial vers de nouveaux acteurs avec de nouveaux rapports de forces, jamais le Monde n’aura été aussi changeant et dynamique en ces dernières 20 années.

Et les 20 années qui nous attendent seront vraiment stupéfiantes, tant dans les modes de production, que dans les modes de consommation. Avec un transfert manifeste de la valeur non pas dans les coûts de main d’œuvre, mais dans l’ingénierie de production et dans l’intelligence de la conception, fut-elle artificielle…

Le modèle économique de la sous-traitance industrielle à bas coûts a vécu depuis 1980 jusqu’aux années 2000, en jouant les prolongations jusqu’à 2008, ère des réseaux sociaux et des entreprises de type exponentiel (Uber, AirbNb, Facebook, Amazon, Baidu, Tencent, IBM,…).

L’idée de bâtir un modèle économique sur de la sous-traitance au moins disant, pour une population active de 2 Millions d’individus, contre une main d’œuvre de 2 Milliards de personnes (Chine, Inde, Afrique Sub-Saharienne), soit un ratio de 1/1000, était en elle-même porteuse de sa propre fin.

Aujourd’hui, la jeunesse est connectée. Elle a accès au savoir universel, dans une société de la connaissance où l’information et la communication sont quasi gratuites. Notre pays, avec sa population dont la majorité a moins de 30 ans, est trop éduqué pour continuer à être dans un régime de quasi dépendance face un donneur d’ordre moins-disant. Elle a d’autres attentes et n’adhérera pas aux politiques de la « Old Tunisia » !

Dans un monde où les enjeux futurs du business se focaliseront sur la compétence et le haut savoir-faire technique, fut-il artisanal, il faut donc proposer un contrat social ambitieux à cette jeunesse, s’intégrant dans une vision du futur.

D’ici une génération, le travail salarié des humains sera remis en cause, et des centaines de millions de personnes auront leur emploi remplacé par des robots, des drones, de l’Intelligence Artificielle. Les métiers répétitifs, ou bien nécessitant des bases de données de connaissance, seront sous-traités par les technologies autonomes de la 4ème Révolution Industrielle.

Et la Tunisie ne sera pas épargnée par ce tsunami, bien au contraire. La seule chance que nous reste, est de rompre avec l’ancienne matrice de pensée, pour acter un nouveau mode de Gouvernance adapté à l’accélération du monde.

https://drive.google.com/file/d/1kdoLgVe-bTv6WVLlYYssonZ0O2kerSZ6/view?ts=5c046515

Par Mondher Khanfir et Mohamed Balghouthi

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