Ramzi Sandi : « se substituer aux BIG pharma pour subvenir aux besoins des pays sub-sahariens en médicaments.»

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Interview Mr Ramzi Sandi Dg de la société arabe des industries pharmaceutiques SAIPH. 

Meilleure évolution du marché ces cinq dernières années, premier fabricant de médicaments cardiovasculaires en Tunisie, Il est  aussi le premier fabricant d’antibiotiques génériques. Saiph n’hésite pas à se donner les moyens de ses ambitions en procédant fin 2021 à une augmentation du capital de 30 millions de dinars…Interview 

L’industrie pharmaceutique tunisienne a aujourd’hui une expérience de plus de 30 ans.Quel rôle peut-elle jouer en Afrique ?

Selon les statistiques de l’ONU, la population africaine compte aujourd’hui 1,3 Milliards  d’individus, soit plus de 17 % de la population mondiale. Les patients africains, toutes pathologies confondues, représentent, eux, 25 % des patients de la planète.

Parallèlement les médicaments fabriqués en Afrique, ne représentent que 3  à 4 % de la production pharmaceutique mondiale. Ce déséquilibre est appelé à s’aggraver dans les années à venir, si le rythme d’évolution de la fabrication de médicaments reste à son niveau actuel.

Aujourd’hui l’Afrique importe 90 % de ses besoins en médicaments, pour un montant estimé en 2022 à 25 Milliards de $. Les principaux pourvoyeurs de l’Afrique en médicaments sont les multinationales du médicament, essentiellement européennes, qui font de leur mieux pour que la situation perdure afin qu’elles continuent de s’assurer le maximum de gains avec le minimum d’investissements.

Si elle veut briser ce cercle vicieux, « l’Afrique n’a pas d’autres choix que de fabriquer ses propres médicaments ». L’urgence de cet impératif se confirme, après les difficultés que rencontrent aujourd’hui les pays de l’Afrique sub-saharienne à importer les médicaments qui leur sont nécessaires, dus aux problèmes rencontrés par les fabricants à s’approvisionner en matières premières.  

Certains pays africains, notamment du nord et du sud du continent, disposent à la fois de l’infrastructure industrielle et des compétences requises pour se substituer aux « Big Pharma », pour subvenir aux besoins des pays sub-sahariens en médicaments de qualité, au moindre coût.

Cette industrie, a cependant besoin de soutien et d’incitations, de toutes les parties prenantes, surtout étatiques, pour subvenir aux besoins en produits pharmaceutiques des pays africains et jouer un rôle stratégique, celui d’améliorer leur taux de couverture en médicaments, en implantant des unités industrielles nationales ou régionales et en assurant le transfert de technologie nécessaire à   leur bon fonctionnement.

C’est dans cette logique, que le Groupe tunisien SAIPH a entrepris l’implantation à Abidjan, en Côte d’Ivoire, d’une usine de fabrication de médicaments et d’une plateforme de distribution, pour les besoins ivoiriens et de toute l’Afrique subsaharienne. Ce complexe entrera en exploitation en 2023, avec un personnel ivoirien et un encadrement tunisien.

Quels étaient les atouts de la Côte d’Ivoire pour qu’elle s’impose comme un choix évident pour cette internationalisation ?

Par ce que la Côte d’Ivoire est la superpuissance économique de la sous-région UEMOA (L’Union économique et monétaire ouest-africaine), qui comprend 8 pays : Benin, Burkina-Faso, Côte d’Ivoire, Guinée Bissau, Mali, Niger, Sénégal et Togo.

La Côte d’Ivoire a réalisé des performances importantes en doublant son PIB par habitant et en affichant une croissance de 8 % en moyenne sur la période 2012 -2019.

Malgré la pandémie du COVID 19, la croissance s’est maintenue en 2021 à un taux élevé : + 6,5 %. 

Un rapport de la BAD, publié en 2020, confirme les performances économiques de la Côte d’Ivoire depuis 2012 « inédites dans le monde ».

« La Côte d’Ivoire est de manière constante, depuis plus de cinq ans, dans le peloton de tête des cinq économies du monde les plus performantes, en termes de taux de croissance », précise ce rapport. 

La Côte d’Ivoire représente 40% de la masse monétaire, 40% des exportations et 40% du PIB de l’UEMOA.

Toutes ces données ont plaidé pour la Côte d’Ivoire, pour tenter et nous l’espérons réussir, notre 1ère expérience industrielle africaine.

Beaucoup de puissances mondiales lorgnent sur l’Afrique et font du Lobbying pour défendre leurs intérêts .En matière de lobbying sommes-nous, justement,  bien armés ? 

Le lobbying, nous en faisons, seuls ou à travers des organismes nationaux privés, comme l’UTICA,(Union Tunisienne de l’Industrie, du Commerce et de l’Artisanat)  la CONECT (Confédération des Entreprises Citoyennes de Tunisie) ou le TABC (Tunisia-Africa Business Council) Ce qui nous manque cruellement c’est un lobbying officiel, étatique et diplomatique, tel que pratiqué par les pays développés.

Européens, Américains, chinois ou même Marocains… pratiquent systématiquement ce genre de lobbying pour booster leurs industries et leurs entreprises à l’export. 

La Tunisie ne sait plus défendre ses intérêts à l’étranger en général et en Afrique en particulier.

Pour les 54 pays africains, nous n’avons plus aujourd’hui que 10 ambassades et nous entendons peu ou pas parler d’une quelconque initiative pour valoriser la Tunisie, ses compétences et ses potentialités, auprès de ces pays.

Banques, fonds d’investissements, bailleurs de fonds :encore et toujours  le talon d’Achille de la Tunisie? 

Les banques tunisiennessont pratiquement absentes des pays d’Afrique subsaharienne.

Le gouverneur de la Banque centrale de Tunisie (BCT) a pourtant évoqué, il y a deux ans, au cours de la 3ème édition du “FITA” (Financing Investment & Trade in Africa), l’internationalisation des banques tunisiennes, “devenue nécessaire voire vitale pour accompagner les acteurs économiques et les entreprises tunisiennes, notamment exportatrices, sur les marchés extérieurs…”. 

Cette internationalisation tarde à venir. Il en va autrement chez nos voisins marocains dont plusieurs banques se sont solidement implantées en Afrique subsaharienne, pour accompagner les opérateurs économiques marocains et les aider à profiter de l’évolution que connaissent ces dernières années, les pays africains.

Fin 2021 SAIPH a opéré une augmentation de capital de 30 Millions de dinars. Le pourquoi et le comment de cette augmentation ? 

L’Assemblée Générale Extraordinaire de la Société Arabe des Industries Pharmaceutiques «SAIPH », réunie le 20 décembre 2021 à Tunis, a en effet décidé une 2ème augmentation de capital de 30 millions de dinars. Cette augmentation s’ajoute à celle décidée par l’Assemblée Générale Extraordinaire du 15 juin 2021, d’un montant de 4,5 millions de dinars, pour atteindre un total d’augmentation du capital de la société, de 34,5 millions de dinars pour l’année 2021.

L’augmentation de capital à laquelle ont participé et pour la 1ère  fois des banques tunisiennes : le Groupe Amen Bank et la Banque de Tunisie, vise à financer le plan de développement déjà engagé par SAIPH, en Tunisie et en Afrique et lui de permettre de saisir des opportunités de croissance, aussi bien localement qu’à l’international.

Il est à noter à ce propos, que le Groupe SAIPH a engagé pendant les 05 dernières années, un plan d’investissement de plus de 100 Millions de dinars, pour implanter de nouvelles unités de fabrication de médicaments innovants, comme les soft gelatin et les DPI et créer une usine pharmaceutique en Côte d’Ivoire. Ces investissements viennent de recevoir le prix du TABC (Tunisia-Africa-Business-Council), qui lui a été remis le 29 janvier dernier par le Ministre de l’Economie et de la Planification, Monsieur Samir Saïed, et le Président du TABC Monsieur Anis Jaziri.

Cette distinction vient s’ajouter à celle du meilleur investisseur, déjà décernée à SAIPH par L’Agence de Promotion de l’Investissement Extérieur «FIPA-Tunisia».

Propos recueillis par Hatem Toulgui

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