OXFAM : « La charge de travail de soin non rémunéré des femmes entrave leurs accès aux opportunités économiques »

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A l’occasion du lancement de la campagne de sensibilisation sur le travail de soin non rémunéré des femmes tunisiennes, OXFAM Tunisie a publié les résultats de son étude intitulée : « Et s’il y avait une grève dans les foyers ? : étude sur l’impact du travail de soin non rémunéré », élaborée en partenariat avec AFTURD.

Le travail de soin non rémunéré concerne toutes les activités qualifiées de travaux reproductifs ou domestiques au sein des foyers sur une base non marchande. Bien que ce travail soit essentiel pour l’équilibre de la société et l’épanouissement de la famille, les normes sociales patriarcales d’un côté et les politiques sexistes de l’État d’un autre coté rendent ce travail sous-estimé, invisible et non reconnu. Malgré les avancées en matière d’égalité de Genre en Tunisie, les inégalités entre les femmes et les hommes persistent encore, notamment en relation avec la répartition des rôles et des responsabilités assumées au sein de la famille.

Des inégalités marquantes

En effet, ces responsabilités sont majoritairement assumées par les femmes qui passent entre 8 et 12 heures par jour dans le travail de soin non rémunéré (indépendamment de leur âge, leur situation familiale et économique, et leur lieu de résidence), contre 45 minutes en moyenne pour les hommes (indépendamment de leur situation familiale et économique). 

Cela signifie qu’elles passent entre 33% et 50% de leur budget-temps quotidien, contre 3% pour les hommes, pour une valeur du travail domestique des femmes évaluée à 47,4% du PIB du pays. 

En ce qui concerne les femmes qui ont un travail rémunéré, elles font une « double journée » : elles assument l’intégralité des activités de soins, en plus de leur travail à l’extérieur du foyer. 

Malgré la participation croissante des femmes à l’emploi salarié, il s’avère selon les résultats de l’étude que le temps que les hommes dédient aux tâches domestiques et familiales n’a pas augmenté de manière significative. 

Ainsi, la participation des femmes dans le domaine professionnel ne les dispense pas des responsabilités – morales et physiques – liées au travail de soins non rémunéré.

Des conséquences sur l’économie 

L’étude dénonce cette charge de travail de soin non rémunéré des femmes qui entrave l’accès des femmes aux opportunités économiques et contribue, ainsi, directement à la féminisation de la pauvreté. En effet, le temps passé dans le travail de soin non rémunéré prive les femmes de l’accès aux opportunités de développement de capacités, la participation à la vie publique et l’accès aux espaces de décision. 

Des conséquences sur la santé mentale des femmes 

Le travail de soin non rémunéré a évidemment un énorme impact sur la santé et le bien-être des femmes. Selon cette étude, la charge mentale, invisible, incalculable, est considérable pour les femmes qui prennent en charge la gestion du quotidien, de la famille, des repas, etc.

Par ailleurs, l’absence des services publics de soin ou la difficulté d’y accéder (Exemple : accès à l’eau, services de garderie d’enfants, centres pour personnes à mobilité réduite ou à besoins spécifiques …) alourdit encore plus la pression sur les femmes pour la réalisation de ce travail. Les femmes des couches sociales défavorisées et-ou des régions rurales sont ainsi davantage impactées par les responsabilités soins non rémunérés.

Les recommandations d’Oxfam :

Les causes et conséquences de la répartition inégale du travail de soins non-rémunéré sont nombreuses et interreliées. En tenant compte des résultats de la présente analyse, les recommandations proposées pour autonomiser les femmes et améliorer leur bien-être sont articulées selon les quatre axes de travail qu’Oxfam priorise.

En effet, Oxfam recommande : 

  • D’accroître la reconnaissance du travail de soins ; 
  • De réduire le fardeau qu’il constitue; 
  • De redistribuer plus équitablement les responsabilités associées entre les hommes et les femmes, et entre les ménages, l’État et le secteur privé ; 
  • De garantir la représentation des personnes prenant en charge les activités de soins dans les prises de décision et les postes de leadership.

Les recommandations présentées ci-dessous visent quatre acteurs principaux : l’État, la société civile, le secteur privé et les bailleurs de fonds. 

Oxfam en Tunisie appelle donc tous les acteurs mentionnés à façonner l’avenir des soins en Tunisie. Mais principalement le gouvernement dont le rôle est de catalyser et promouvoir le changement, adopter et mettre en œuvre des politiques de soins, et investir dans l’économie de soins, en tant que moyen d’accomplir la justice de genre.

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