Noureddine Hajji : « Nous envisageons de donner un coup d’accélérateur à notre croissance sur les 3 prochaines années »

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Entretien avec Noureddine Hajji Associé Directeur Général de EY Tunisie

Entretien avec M. Noureddine Hajji, Associé Directeur Général de EY Tunisie.

A partir de 2012, EY Tunisie a connu un changement radical dans sa stratégie de développement, pourriez-vous nous en parler ? 

L’année 2012 constitue en effet un point d’inflexion pour EY Tunisie. Nous étions à cette époque au terme d’une année 2011, année de la révolution,plutôt morose, avec 3 de nos métiers sur 4 en stagnation ou en déclin (parce que liés soit au flux d’investissements étrangers en Tunisie soit à la dynamique de transformation des entreprises) et une année 2012 qui ne s’annonçait pas bonne non plus. C’était le moment où, aux incertitudes politiques et économiques existantes, s’est ajouté un début d’enlisement de notre modèle sociétal vers l’inconnu, comme résultante des premières élections du 23 octobre 2011. 

C’est précisément à ce moment que nous avons décidé, contre toute attente d’ailleurs, d’investir fortement dans nos activités professionnelles en construisant des capacités dans des domaines pointus et en misant sur l’intelligence des jeunes tunisiens qu’ils soient localisés en Tunisie ou à l’étranger. Nous nous sommes embarqués alors dans une stratégie de forte croissance et de différenciation en termes de qualité de service et de capacités à fournir des prestations dans des domaines de forte expertise. C’était pour nous notre façon de résister au risque d’enlisement de notre pays. Notre façon aussi d’embarquer nos clients et le secteur privé tunisien en général dans la même voie avec pour leitmotiv « Opportunities in Adversity » (Il y’a toujours des opportunités même dans les moments d’adversité).

Comment va EY Tunisie aujourd’hui ? C’est quoi vos perspectives ?

Elle va mieux de ce que nous avions projeté voire même de ce que nous pouvions espérer. Notre objectif était que EY Tunisie soit clairement reconnu comme étant le cabinet de services professionnels préféré sur le marché. La dernière mesure faite par un cabinet de sondage indépendant le confirme très nettement et sur l’ensemble de nos métiers d’ailleurs. Au passage, nous avons accédé à un nouveau palier en termes de taille, vraisemblablement la plus grande sur le marché. Nous étions 140 personnes en 2012. Nous sommes aujourd’hui 350 incluant 11 associés et directeurs associés, avec des compétences dans plusieurs domaines pointus et des « track records » qui nous permettent de nous imposer sur des projets d’envergure à l’étranger face à des compétiteurs de diverses nationalités

On savoure sans doute fièrement le moment présent, mais on se tourne d’ores et déjà vers le futur. Nous envisageons de donner un coup d’accélérateur à notre croissance sur les 3 prochaines années avec deux leviers essentiels : l’innovation en tant que service pour accompagner nos clients dans ce domaine mais aussi l’innovation dans notre façon d’opérer, et le renforcement de notre empreinte sur les marchés extérieurs qui nous sont proches notamment l’Europe, l’Afrique et le Moyen Orient.

D’un baromètre à l’autre vous ne cessez de tirer la sonnette d’alarme concernant la résilience des entreprises tunisiennes, qu’en est-t-il au juste ? 

On verra bien ce qui ressortira du baromètre 2020 attendu pour le mois de mars prochain, mais la dernière édition 2019 a révélé en effet 2 mauvaises nouvelles.D’abord, un fléchissement net de la croissance des entreprises. 1/3 seulement des entreprises ont déclaré avoir eu une augmentation de leurs chiffres d’affaires en 2018 alors qu’elles étaient 2/3 à l’avoir affirmé une année auparavant. De même, 43% des entreprises tablaient sur une croissance pour l’année en cours contre 66% une année auparavant.Ce sont essentiellement les entreprises à vocation fortement exportatrice, les entreprises des TIC et les équipementiers automobiles qui s’en sortent plutôt bien.

Ensuite, la capacité de résilience des entreprises ont pris un sacré coup en l’espace d’une seule année. En 2018, 11% des entreprises déclaraient que leur activité est non menacée quelle que soit l’évolution de la conjoncture. En 2019, elles ne sont que 6% et presque 3 entreprises sur 5 avaient estimé que la continuité de leur activité est menacée en moins de 2 ans si la conjoncture se dégrade encore (contre 38% en 2018 et 25% en 2015). C’est dire que le risque qu’une partie significative de notre tissu des PME risque de lâcher à défaut d’actions conséquentes à la mesure de l’enjeu.

Quelles sont les 3 priorités de l’Etat/ Gouvernement pour donner une impulsion à l’investissement et à l’amélioration de l’environnement des affaires ?

Je citerais en premier lieu la numérisation de l’administration. C’est la première requête qu’expriment les chefs d’entreprises depuis plusieurs années. Des annonces et promesses sont faites par différents gouvernements mais les résultats dans ce domaine restent très en deçà des attentes. Je pense qu’un coup d’accélérateur doit être donné avec pour priorité les administrations liées aux entreprises avec probablement une approche privilégiant la création de structures nouvelles avec des ressources qualifiées et des processus totalement digitalisées.

La deuxième priorité serait l’accession à un nouveau palier dans la lutte contre la corruption. Malgré tout ce qui a été fait en termes de réglementation et de structures indépendantes dans ce domaine, force est de constater que les progrès sur le terrain sont négligeables. Ni les pratiques de corruption et encore moins la perception par les citoyens n’ont changé et ce n’est pas un hasard que nous stagnons dans le classement de l’indice de corruption.

Troisième priorité c’est l’amélioration de l’équité et l’efficacité de la justice. Je ne sais pas si ça doit passer par plus d’indépendance au corps de la justice ou par la revue du système de reddition, mais il est fondamental de trancher avec les situations arbitraires auxquelles on assiste de temps en temps et de veiller à ce que les dossiers sont traités de façon neutre sans aucune influence de quelque nature que ce soit et dans des délais raisonnables. 

La bonne nouvelle est que ces 3 priorités sont souvent évoquées par les hautes instances de l’Etat, fraîchement élues. Nous pouvons légitimement nous attendre à des avancées réelles au cours des mois à venir.

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