Imed ELABED : «L’économie numérique avance en Tunisie à deux vitesses.»

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Tribune de Imed ELABED, Président d’Infotica

L’économie numérique avance en Tunisie à deux vitesses. Le secteur privé multiplie initiatives et efforts, innove, s’organise, s’internationalise, collabore pragmatiquement avec la société civile et tend la main aux acteurs publics. Mais, les gouvernements successifs tiennent à une Tunisie qui marque le pas par leur inaction et absence de vision.

Depuis trois décennies, les premiers dirigeants de notre chère Tunisie cantonnent le numérique dans l’utilisation des réseaux sociaux et téléphones, l’achat de matériel et logiciels importés tels que les outils bureautiques. Annoncer ‘le numérique est une priorité‘puis le relayer dans l’application à la queue du peloton de leurs soucis, fut et, est encore un sport favori des premiers ministres et chefs de gouvernement se succédant. Ce n’est point étonnant d’observer avec douleur l’administration et des entreprises publiques rater le train de la transformation digitale, après avoir été, il y a quelques trente ans, une locomotive arabo-africaine de l’informatisation et de l’expertise technologique.

Une étude menée par INFOTICA avant la pandémie a illustré le départ de 80 mille compétences numériques en moins de dix ans vers l’Europe, les Amériques et le Moyen-Orient, occasionnant des drames en Tunisie. Les alertes avaient pourtant été sonnées très tôt par les PME touchées de plein fouet dès les premières vagues.

Les membres du gouvernement ne voulaient point nous écouter, ni même croire leurs homologues qui se succédaient à la tête du département ministériel chargé du numérique et changeant perpétuellement de nom. Les conséquences de cette fuite de compétences pèseront longtemps sur les secteurs privé et public.

La règlementation freine le développement du numérique. Le code de change bloque l’investissement et incite à s’installer ailleurs. Exceptée la loi Startup-Act concrétisée sous pression conjuguée public-privé et société civile, les rares lois votées sont bloquées faute de publication des décrets par le gouvernement.

‘La Tunisie a réalisé en 2 mois une avancée de 5 ans’ fut le dernier des gros mensonges répété, probablement pour l’auto-conviction, par d’aucuns responsables à la fin du confinement du printemps 2020. Il n’en est rien. La quasi-totalité des projets étaient gratuits offerts par le privé puis jetés et oubliés.

Mais, notre ADN nous amène à persévérer, étudier et proposer. Le sursaut du numérique en Tunisie passe par trois axes de travail.

D’abord, ayons une vision ‘Digital First’ déclinée en actions concrètes rapides généralisant les services publics à distance, incitant la consommation du numérique made in Tunisia, levant les barrières des investissements numériques, priorisant la création de la valeur en Tunisie, attirant et maintenant les compétences africaines en Tunisie.

Le second axe est à consacrer à l’export mais il est temps de viser grand dans les programmes d’appui à l’export en priorisant les niches à fort potentiel et les actions à retour sur investissement rapide. Le numérique évolue trop rapidement pour les programmes à très long terme.

Cela requiert l’unification et la convergence des différents programmes d’incitation à l’export et l’instauration d’un partenariat d’export public-privé. Osons et mettons en place un fonds de financement des projets de services numériques en Afrique. Les budgets de tels projets sont à notre portée. Le retour sur investissement sera 200%.

Le troisième axe vise l’émergence de champions nationaux pour asseoir une dynamique locale durable à dimension internationale. Vaincre les difficultés nombreuses du clientélisme, d’égo et autres, exige des actions à même de favoriser les rapprochements entre sociétés, l’émergence de clusters métiers et technologiques, la collaboration entre sociétés-universités, la spécialisation régionale propulsée par les parcs technologiques.

Le prérequis majeur de réussite consiste à changer de logiciel et d’admettre que la création de l’emploi est une conséquence du maintien de la valeur en Tunisie et non le contraire.

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