L’économie informelle coûte cher à la Tunisie

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PNUD

Le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD) et l’Organisation Internationale du Travail (OIT), ont publié une étude consacrée à l’économie informelle en Tunisie, analysant les causes et les conséquences.

Cette étude a été élaborée par Nidhal Bencheikh, économiste et directeur de Dala’il for Development, et coordonnée par Asma Bouraoui Khouja, Team Leader du Cluster Croissance Inclusive et Développement Humain au PNUD Tunisie et M. David Andrevon, Point Focal du Bureau des projets de l’OIT pour la Tunisie et la Libye.

La Tunisie a été parmi les rares pays dans le monde à disposer dès le début des années 1970 d’un système statistique qui permet de produire des estimations nationales de l’emploi au sein de l’économie informelle, moyennant une multitude de sources statistiques.

Les statistiques produites et présentées dans ce rapport ont été élaborées et estimées en faisant recours à une multitude de sources statistiques, dont essentiellement les publications de l’INS et les données administratives de la CNSS.

Et selon ces données, la part du secteur informel non agricole dans le PIB non agricole est passée de 30.7% en 2017 à 28.5% en 2020. Les taux se situent à des niveaux plus élevés lorsqu’il s’agit de toutes les activités informelles incluant le secteur agricole ; la part du secteur informel dans le PIB s’est établie aux alentours de 35.2% en 2020 contre 36.4% en 2017.

Le rapport note une baisse manifeste de la part du secteur informel dans le PIB non agricole, qui est passée de 28.3% en 1997, à 25.2% en 2002 pour s’établir à 20.3% en 2007. Une tendance à la hausse a été amorcée à partir de 2012, pendant laquelle la part a été portée de 23.8% à 30.7% en 2017 et puis 28.5% en 2020.

« Ces chiffres traduisent d’une certaine manière les difficultés profondes rencontrées par l’économie tunisienne au cours de la période 2011-2020. », estiment les experts.

La dynamique de l’emploi informel sur la période 2005-2020

Dans ce rapport, l’approche du solde résiduel a été adoptée pour parvenir à des estimations nationales de l’emploi informel sur la période 2005-2020, qui consiste à rapprocher les données annuelles des enquêtes sur le marché du travail aux données des affiliations de la CNSS en tant qu’estimations de l’emploi déclaré formel.

En effet, la situation de travail informel est abordée à l’aune de la condition de paiement effectif des cotisations au moins une fois par an, ce qui permet de produire des estimations plutôt minimalistes de l’étendue de l’emploi informel sur le marché du travail en Tunisie.

L’emploi informel au sein de l’économie a représenté 26.8 % de la population active occupée en 2020, soit 917.7 milliers d’emplois contournant le paiement des contributions légales aux caisses de sécurité sociale.

De même, le taux d’informalité des travailleurs indépendants a atteint 57.6% % contre seulement 16.1 % pour les salariés.

Ce résultat se recoupe avec les faits stylisés sur l’économie informelle pour les pays en développement, en particulier dans la région MENA, qui révèlent que l’emploi informel est le plus fortement associé au travail indépendant.

Il convient de noter que le taux d’emploi informel a suivi une tendance à la baisse sur la période 2005-2011 avant d’amorcer une tendance à la hausse sur la période 2012-2015 et de s’inscrire à la baisse au cours de la période 2016-2018.

Le taux d’emploi informel, qui a culminé à 34,4 % en 2005, est tombé à 27,5 % en 2010, a augmenté à 29,4 % en 2015 avant de retomber à 26,9 % en 2018.

Toutefois, une nouvelle tendance à la hausse, perceptible à partir de 2019, s’est poursuivie en 2020.

Les difficultés économiques sans précédent que les acteurs économiques ont dû affronter au cours de l’année 2020 occasionnées par les mesures de restrictions de mouvements prises les autorités pour enrayer la propagation de la pandémie de la Covid-19, auraient présagé une grande percée de l’informalité. Or, les estimations actuelles pour 2020 suggèrent une légère augmentation ; le taux d’emploi informel a atteint 26.8% contre 26.1% une année auparavant.

A vrai dire, les mesures de protection sociale, prises comme réponse du gouvernement à la crise sanitaire, notamment celles ayant ciblé le secteur informel, au même titre que les travailleurs informels, auraient atténué et épongé dans une certaine mesure les impacts négatifs de la crise économique aigue sur ces différentes populations.

L’analyse des taux d’informalité en fonction de la structure d’âge de la population révèle que le phénomène de l’informalité serait clairement exacerbé parmi les jeunes populations qui viennent d’entrer sur le marché du travail.

Les taux culminent à des niveaux élevés pour les groupes d’âge 15-19 et 20-24 ans, respectivement 81.4% et 46.5%. Cela peut indiquer que les jeunes populations sont plus susceptibles d’accepter des emplois précaires, de faible qualité, qui n’offrent pas de sécurité sociale. L’acceptation d’emplois informels serait un moyen pour les jeunes de participer au marché du travail, d’acquérir de l’expérience et, éventuellement, de trouver un emploi formel, car l’informalité diminue rapidement avec l’âge.

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