Le Chargé de Mission…Un Métier méconnu

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Selma Benkraiem

Mon entretien a été mené avec Monsieur Driss Sayah, Chargé de mission auprès du Ministre de l’enseignement supérieur.

On vous connait maintenant sous votre casquette de chargé de mission et je voudrais revenir à vos premiers amours…A la base, vous êtes un enseignant, pourriez–vous nous présenter la principale mission d’un enseignant ?

De diffuseur de savoir à révélateur de talents… c’est selon! Elle varie beaucoup selon la nature de la discipline et le contexte de l’enseignement : pratique / théorique – Amphi, cours magistral  / Cours intégré, TD, petits groupes…

Mais globalement l’évolution de l’environnement technologique et social est en train de transformer la mission de l’enseignant: de vecteur du savoir vers un facilitateur d’apprentissage, de source de connaissances à stimulateur de compétences… Le savoir est partout aujourd’hui, il est à portée de clics, l’enseignant n’en a plus le monopole. Il est amené à animer un cours plutôt qu’à l’administrer. D’ailleurs on parle moins de « cours » mais d’activités pédagogiques. Car les nouvelles méthodes pédagogiques s’imposent de plus en plus : classes inversées, serious games, jeux de rôles, ateliers, projets, exposés, simulations, etc… Des méthodes centrées sur l’étudiant en sommes et qui l’amènent à être plus actif et davantage impliqué dans le processus d’apprentissage par la mise en situation et une plus forte dose de réflexion et de questionnement. L’enseignant doit devenir une sorte de « coach » et l’étudiant un véritable « acteur » conscient et responsable de son propre apprentissage.

Quelles seraient selon vous,  les valeurs intrinsèques d’un enseignant ?

Le dévouement, l’intégrité, l’excellence. Rien de plus. Rien de moins. Inutile de disserter sur ces valeurs. Leur importance est évidente au vu de la mission de l’enseignant.

Devient-on enseignant où est-ce une vocation ?

Les deux. Comme pour toute activité ayant une forte composante humaine, basée sur l’interaction, la communication, les relations interpersonnelles, la part de vocation ou de « prédispositions » personnelles est nécessaire pour réussir. Mais loin d’être suffisante. La préparation est capitale, la remise en question essentielle. La plupart des disciplines évoluent et de plus en plus vite. Les compétences exigées par le monde du travail également. On ne forme pas les étudiants de la même manière aujourd’hui qu’il y a 20 ans, quand j’ai commencé à enseigner. Travailler et évoluer sont les maîtres mots. Notre responsabilité est immense. Avant on se concentrait surtout sur le savoir et le savoir- faire. Aujourd’hui, l’étudiant doit également acquérir un savoir être et si possible, idéalement, un savoir devenir, tant les métiers évoluent, autant que les notions de carrière et de reconversion.

Selon vous, quelles sont les compétences clefs pour réussir sa mission d’enseignant ?

Les 10 compétences pédagogiques sont connues: de la capacité à concevoir et planifier l’enseignement jusqu’à la production de mécanismes d’évaluation pertinents en passant par l’aptitude à susciter l’apprentissage dans l’interaction. On oublie souvent deux compétences clés malheureusement : innover et expérimenter d’un côté et évaluer son propre enseignement de l’autre. J’ajouterai surtout les qualités clés qui sont à mon avis l’enthousiasme, l’humilité, la curiosité et la générosité.

Toutes les études démontrent ce que les enseignants passionnés savent déjà : la passion est contagieuse. Un enseignement laconique ne déclenche rien chez les apprenants.

Un bon enseignant doit aussi continuer à apprendre, et pour cela, il doit être humble et curieux. Apprendre ce qui se passe dans sa discipline, mais également ce qui se fait de mieux en matière de pédagogie.

Aujourd’hui, l’enseignant doit plus que jamais consacrer un temps extra académique à ses étudiants, les écouter, les conseillers, les orienter, se rendre disponible pour répondre à leurs courriers, leur créer des espaces d’échange. Pour cela, il ne faut pas « compter » son temps.

Pourquoi avoir accepté la mission de chargé de mission ?

C’est une aventure professionnelle, si on veut utiliser un terme plus prosaïque. Une aventure qui a bousculé mon parcours professionnel et ma vie personnelle, car c’est une immersion à plein temps. Quand on passe sa vie à vouloir changer les choses, dans son cercle professionnel et à sa petite échelle, à rêver d’une « autre » université, plus ouverte, plus vivante, plus juste, plus moderne, on ne peut pas refuser l’opportunité de contribuer, un tant soit peu, à créer un changement à l’échelle du pays. Quand M. le Ministre m’a exposé sa vision, ses priorités, ses objectifs, sa méthode, j’ai accepté sans hésiter.

Pouvez-vous nous présenter les missions principales d’un chargé de mission ?

Un chef de projet. Ou de plusieurs projets plus exactement. C’est celui qui va assurer une fonction non administrative mais essentielle à la réussite de la stratégie de l’équipe ministérielle. Sa mission est généralement transversale aux directions : le chargé de la communication, celui du travail gouvernemental, des syndicats, de la gouvernance ou de l’ouverture sur l’environnement devra coordonner son action, se concerter et échanger avec toutes les directions parce qu’il s’agit de dossiers qui touchent tous les départements.

Contrairement aux hauts cadres de l’administration, ils sont amenés à jouer un rôle transverse, à gérer et coordonner les dossiers les plus importants qui impliquent toutes les directions.

C’est à la fois complexe, difficile et passionnant parce qu’il n’y a aucune routine ou presque dans le travail d’un chargé de mission. Très peu de tâches répétitives et la satisfaction de voir un dossier, une action, un événement ou un projet aboutir avant de passer au suivant. C’est en ça que c’est gratifiant. Les chargés de mission travaillent au rythme du Ministre. Plus ils sont proches, plus ils sont utiles. Parce que leurs critiques, objections ou réserves doivent être franches et sans détours, notamment en gestion de crises. La confiance du Ministre leur permet également d’être plus opérationnels et de prendre des initiatives quand cela est nécessaire sans avoir à en référer, systématiquement, à la hiérarchie.

Quelles sont les compétences requises d’un chargé de mission ?

Le chargé de mission est d’abord un « intrus » dans son Ministère ! Sa première qualité réside dans sa capacité d’intégration car son efficacité dépendra en grande partie de la qualité des relations qu’il établira avec les cadres du Ministère.

Pour le reste ce sont toutes les compétences d’un chef de projet: travail en équipe, autonomie, organisation, anticipations, etc.

D’autres compétences sont nécessaires. Mais elles sont spécifiques à la nature de la « mission ».

Pourquoi le Ministre s’entoure d’un pool de chargés de mission ?

Les chargés de mission constituent l’équipe du Ministre, son premier cercle de collaborateurs. Il y a d’abord la confiance, bien-sûr, mais aussi et surtout la communauté de vision. Difficile pour un Ministre de mettre en œuvre ses projets pour son secteur sans cette équipe de collaborateurs proches. Ils sont un prolongement du « Ministre » en quelque sorte, dans l’espace et dans le temps, chacun dans son domaine, ils font avancer les projets, prennent des initiatives, suivent les dossiers importants, s’assurent que les décisions sont suivies d’effets, que les idées sont mises en œuvre.

Contrairement aux cadres occupant des postes « fonctionnels », les chargés de mission ne sont pas des décideurs, mais plutôt des conseillers, des facilitateurs et des coordinateurs. Ils apportent leur expertise dans un domaine particulier pour l’exécution des projets du Ministre.

Conclusion :

Dans toute organisation, des soldats de l’ombre existent, ce sont des responsables qui sont engagés dans leur mission avec des valeurs intrinsèques assez développées.

Je me qualifie comme étant une fille du secteur privé qui a beaucoup travaillé et continue à collaborer avec le secteur public et je peux vous confirmer que nous avons des compétences dans ce secteur qui manquent de rayonnement et dont l’objectif final est de voir notre pays reprendre sa place dans l’écosystème mondial.

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