
Dans un contexte économique marqué par la nécessité de relancer l’investissement productif et de soutenir l’initiative privée, la question du financement des jeunes porteurs de projets demeure centrale. C’est autour de cette problématique stratégique qu’ESMOD Tunisie a accueilli une conférence dédiée au rôle structurant de la Banque Tunisienne de Solidarité (BTS Bank) en tant que levier financier de l’État et moteur d’un investissement socialement responsable.
L’événement, organisé à Tunis, a réuni étudiants, enseignants, professionnels de la création et acteurs institutionnels autour d’une réflexion de fond : comment transformer le potentiel créatif des jeunes en projets économiquement viables et durables ?
Un instrument public au cœur de la dynamique entrepreneuriale
Créée pour favoriser l’inclusion économique et l’accès au financement des catégories exclues du circuit bancaire classique, la BTS occupe une position singulière dans l’écosystème financier tunisien. Son modèle repose sur un principe clair : concilier mission sociale et rigueur financière.
À travers ses mécanismes de crédit adaptés aux primo-entrepreneurs, aux diplômés et aux porteurs de micro-projets, la banque agit comme un amortisseur social mais aussi comme un catalyseur d’initiative économique. Elle intervient notamment dans des secteurs à forte intensité de main-d’œuvre et à potentiel de valeur ajoutée, dont les industries créatives.
Industries créatives : du talent au modèle économique
Dans des domaines comme la mode, le design ou l’artisanat contemporain, le principal défi ne réside pas dans la créativité, mais dans la structuration du projet : business model, gestion de trésorerie, capacité de production, stratégie commerciale.
C’est précisément à cette jonction entre talent et viabilité économique que l’intervention d’une institution comme la BTS prend tout son sens. En facilitant l’accès au financement, elle permet aux jeunes créateurs de franchir le cap critique entre l’idée et l’entreprise formelle.
La conférence a ainsi mis en évidence un enjeu fondamental : la formation académique doit désormais s’articuler avec des dispositifs financiers opérationnels. Former sans offrir de perspectives concrètes de financement reviendrait à produire des compétences sans débouchés.
Investissement socialement responsable et développement territorial
Au-delà de la logique de crédit, la BTS s’inscrit dans une vision plus large d’investissement socialement responsable. En soutenant les micro et petites entreprises, elle contribue à :
- la création d’emplois locaux
- la réduction des disparités régionales
- l’intégration économique des jeunes diplômés
- la formalisation d’activités informelles
Dans un pays où le chômage des jeunes reste un défi majeur, la mobilisation d’outils financiers publics efficaces constitue un impératif stratégique. Le financement n’est pas seulement un acte bancaire ; il devient un instrument de politique économique.
Vers un écosystème intégré formation–financement–accompagnement
L’un des enseignements majeurs de cette rencontre est la nécessité de dépasser les approches fragmentées. L’écosystème entrepreneurial tunisien ne peut fonctionner efficacement que si trois piliers agissent de manière coordonnée :
1. La formation et la professionnalisation
2. Le financement adapté au cycle de vie des projets
3. L’accompagnement technique et managérial
Dans cette perspective, le rapprochement entre établissements d’enseignement supérieur spécialisés et institutions financières publiques ouvre des perspectives structurantes pour l’avenir.
Une vision stratégique pour la jeunesse
Plus qu’une conférence, cette initiative a permis de poser une question de fond : quelle place accorde-t-on réellement aux jeunes créateurs dans la stratégie nationale de développement ?
Si l’innovation et l’économie créative doivent devenir des moteurs de croissance, alors leur financement ne peut rester périphérique. Il doit être pensé comme un investissement productif à long terme.
La Banque Tunisienne de Solidarité apparaît ainsi comme un acteur clé de cette transition, à condition que son action s’inscrive dans une logique de performance, de transparence et d’impact mesurable.
Car au-delà des dispositifs, c’est une conviction qui s’impose :
investir dans un jeune créateur, c’est investir dans la capacité du pays à produire, à exporter et à se projeter dans l’avenir.











