Khaled Kaddour : «Le renouveau du modèle économique tunisien se fera dans le cadre d’une vision stratégique»

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Entretien avec Khaled Kaddour, ministre de l’Energie, des Mines et des Energies renouvelables. 

Monsieur le ministre, votre plan d’action comporte trois piliers, pourriez-vous nous en dire un peu plus ?

Oui, tout à fait. Une de nos priorités, c’est d’assurer la sécurité de l’approvisionnement  mais aussi  le dossier des subventions. Il est clair que l’Etat n’est plus en mesure de supporter le poids  des subventions, surtout dans le contexte d’un baril de pétrole à 70 dollars, tout en assurant une politique d’accompagnement des populations vulnérables. Le troisième sujet auquel nous accordons une attention primordiale est celui de l’équité ou de l’acceptabilité sociale. Il est impératif dans  ce cadre de fournir une énergie de qualité à tous les citoyens et dans toutes les régions. Mais l’ensemble de ces priorités ne peut être envisagé que dans le cadre le plus large de notre politique industrielle dans le domaine des énergies, dans la mesure où nous devons notamment fermer la parenthèse des projets industriels énergivores et socialement impactant comme, par exemple, les cimenteries. Et puis, quand on aborde le volet de la sécurité énergétique, il est fondamental d’évaluer avec précision nos ressources et nos atouts nationaux englobant aussi bien les ressources  conventionnelles que les énergies renouvelables. À cela, il faut ajouter la composante efficacité énergétiques et, bien entendu, l’état des lieux des infrastructures énergétiques. Il faut savoir, à ce titre, que la majorité de nos infrastructures et installations datent de plus cinquante ans, que ce soit dans le transport, le raffinage, le stockage, etc.

Mais il y a aussi le dossier sensible de la maîtrise des coûts ?

Tout à fait. La maîtrise des coûts joue désormais un rôle central dans notre vision stratégique, notamment dans l’augmentation de la masse salariale et le retard accusé dans la réalisation d’importants nouveaux projets. Cela complique un tant soit peu à mettre en œuvre une vision stratégique basée sur plusieurs temporalités et donc, sur le  court et le long terme et avec des objectifs très précis.

Peut-on lister certains de ces projets ?

Nous devons, à l’horizon 2020, finaliser le projet ‘Nawara’ qui fournira près de 12% des besoins de la Tunisie en Gaz naturel. Nous devons, en  outre,  améliorer nos capacités de stockage et accélérer le développement des énergies renouvelables et ce, toujours à l’horizon 2020, avec au final un seuil de 1000mégawatts additionnels. Un appel sortira en mars. Il sera renforcé et consolidé par un appel d’offre prévu pour avril et ciblant des concessions avec des capacités qui pourront atteindre 600mégawatts et mobiliseront, par voie de conséquence, de très gros investissements. A ce titre et pour lever toute ambigüité, je souhaite souligner que c’est l’Etat tunisien qui doit accroître ses concessions et doit se porter garant à tous les niveaux. Cette mission régalienne n’est pas du ressort de la STEG, comme certains l’auraient mal compris. La STEG est un opérateur commercial qui achètera cette nouvelle production en vertu des contrats qu’elle signera avec ses nouveaux opérateurs. C’est une forme de PPP.

Qu’est-ce qu’on attend de ce type de projets ?

D’abord, une baisse des prix de l’électricité et c’est dans ce sens que nous avons mis en place une  logique de compétition. Cela est faisable quand on voit la baisse importante des coûts des infrastructures technologiques. C’est une aubaine pour nous.

Et, qu’en est-il des grands projets, annoncés depuis des années, comme Desertec ?

Dans les faits réels, il n’y a rien de concret. Le concept Desertec a vu le jour en 2005 et à grand renfort de communication et de publicité avec comme finalité d’exporter à partir du désert de l’énergie vers l’Europe. Mais ce projet n’existe que sur le papier ! À l’époque, les coûts d’exploitation étaient énormes et le projet a fini par être abandonné faute de financement. Idem pour le projet TuNur qui est surtout un effet d’annonce d’un projet nullement soutenu par des Etats et dont la rentabilité économique n’a jamais été clairement présentée. La question qui se pose alors est : Pourquoi ces deux projets n’ont-ils pas été soumissionnés dans la cadre des projets de concessions proposées par l’Etat tunisien ?

Quel modèle énergétique pour la Tunisie de demain ?

Le renouveau du modèle économique tunisien se fera dans le cadre d’une vision stratégique basée sur plusieurs temporalités avec au moins deux grandes échéances : 2020 et 2030. Nous devons aussi commencer par des préalables, notamment le parachèvement de nos infrastructures, le stockage en  particulier et l’acheminement de l’électricité et du gaz vers toutes les régions et dans le cadre de l’équité énergétique.  Pour y arriver, il faut mettre en place l’infrastructure adéquate. Idem pour les énergies renouvelables qui se doivent d’être dotées de moyens de transports et de stockage fiables, modernes et à tarifs compétitifs.

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