Khaled Haddad : « Leader du transport longues distances pour la puissance, la robustesse et la sécurité »

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Khaled Haddad PDG de Nordic Machinery

Entretien avec Khaled Haddad, PDG de Nordic Machinery, importateur officiel de Volvo Trucks et Volvo Construction Equipment en Tunisie

Tout d’abord félicitations ! Le camion Volvo a été élu meilleur camion en 2019 au concours « Les Volants d’Or ». Que représente pour vous ce prix ?

Nous avons évidemment été honorés de voir les lecteurs de tunisieauto.tn voter massivement pour désigner le camion Volvo comme le meilleur camion de l’année 2019. Nous y voyons la preuve que la clientèle tunisienne sait reconnaître l’excellence.

En effet, au-delà d’être leaders du secteur longues distances et d’être reconnus pour leur puissance et leur robustesse, les camions Volvo, le Volvo FH et le Volvo FMX, sont équipés de systèmes et de technologies qui renforcent la sécurité appuyant ainsi la volonté de Volvo à maintenir son rôle de numéro 1 en termes de sécurité routière.  Outre la sécurité, chaque véhicule Volvo est doté de nombreuses solutions innovantes et une multitude de fonctionnalités permettant au client de booster sa productivité et d’améliorer sa rentabilité.

C’est aussi un clin d’œil de la clientèle au leadership technologique qui a marqué le passé de Volvo et continue d’ailleurs avec les camions électriques autonomes « sans chauffeur »! De tels produits ne seront pas commercialisés à grande échelle dans le proche avenir, mais ils montrent clairement que Volvo est en train de façonner l’avenir.

Nous y voyons enfin une preuve de la satisfaction de notre clientèle quant au service après-vente que nous mettons à leur disposition. La priorité donnée au service après-vente fait partie de l’ADN de notre société, tant nous sommes convaincus que la rentabilisation des investissements de notre clientèle passe par la maximisation du temps d’utilisation du camion. Un camion coûte extrêmement cher quand il est en panne car, dans certains cas, c’est tout un chantier qui se trouvera à l’arrêt. C’est pour cela que nous continuerons à investir dans le service après-vente. Nous avons même obtenu des prix en termes de qualité de service après-vente et ce, suite à des enquêtes de satisfaction commandées par Volvo et réalisées par des organismes internationaux indépendants. Nous en sommes très fiers.

Les secteurs dans lesquels vous exercez sont très concurrentiels. Comment évolue Nordic Machinery avec cette donne ? 

La Tunisie est un pays ouvert et pratiquement toutes les marques du monde entier y sont représentées. Certains clients sont évidemment tentés par des matériels à bas prix, mais ils découvrent rapidement ‘’qu’il faut être riche pour acheter moins cher’’, tant il est vrai que le prix d’achat ne représente qu’une partie du coût. L’investissement que nous faisons en matière d’après-vente et de support à la clientèle est un gage de rentabilisation de leurs investissements sur Volvo.

Parlez-nous de la priorité donnée par Volvo à la préservation de l’environnement ?

La protection de l’environnement fait partie de l’ADN de Volvo et ce, aussi bien au niveau de ses moteurs qui se caractérisent par des économies de carburants et des niveaux d’émission des plus bas, mais aussi au niveau des règles régissant l’activité des concessionnaires Volvo qui permettent de protéger l’environnement contre des atteintes sérieuses, notamment liées aux huiles usées.

Je voudrais cependant souligner un paradoxe tunisien : la création de notre ministère de l’Environnement remonte à 1991 et, pourtant, il est aujourd’hui possible d’importer en Tunisie des machines, des camions et des voitures équipés de moteurs les plus polluants au monde ! Des pays qui ont commencé après nous -comme le Maroc- exigent aujourd’hui que les moteurs soient de la cinquième génération antipollution (Euro 5 et Tier 5). Il est inadmissible que nous acceptions d’être un marché pour les industriels pollueurs. Cela aurait été compréhensible si cela permettait de protéger des industries tunisiennes, mais cela n’est pas le cas. La Tunisie doit adopter la norme 5 et cela dans les plus brefs délais.

Quel bilan tirez-vous de l’année 2019 ?

Nous constatons une baisse continue des investissements alloués aux travaux publics. Cela se comprend évidemment quand on voit la situation des finances publiques avec un Budget de l’Etat dont l’essentiel des ressources est orienté vers les salaires, les subventions et le remboursement des dettes.

La crise des finances publiques se traduit aussi par des retards de paiement de plus en plus importants. Beaucoup d’entreprises de travaux publics s’en trouvent asphyxiées car toutes n’ont pas la possibilité d’attendre les paiements qui ne viennent pas. Si cela continue, le nombre d’entreprises qui sont obligées de cesser leurs activités augmentera rapidement. Le principe est simple, l’Etat n’a pas le droit de lancer des travaux s’il n’a pas le financement nécessaire à leur réalisation. L’Etat ne devrait pas avoir le droit de donner des chèques sans provision et une réforme du paiement des marchés de l’Etat est fondamentale : dans certains pays, le paiement d’un marché est confié à une banque. Quand telle entreprise remet à ladite banque un décompte dument signé, le paiement se fait instantanément. La banque se tournera ensuite vers le Trésor Public, soit pour être payée à son tour, soit pour souscrire des Bons du Trésor. Si un acteur doit s’endetter, c’est bien l’Etat et non l’entreprise !

A votre avis, quels sont les projets que l’Etat doit réaliser en toute urgence et comment les financer ? 

Le volume des travaux d’infrastructure programmés par l’Etat est sans commune mesure avec les besoins : 60 ans après l’indépendance, notre réseau autoroutier ne dépasse pas les 500 kilomètres ! Nous avons besoin –et vite– de construire des autoroutes reliant Tunis à Tozeur et Kebili via Gafsa, Bizerte à Tabarka et l’Algérie, Sfax à Sidi Bouzid, Kasserine et l’Algérie, Gafsa à Gabès! Il s’agit là de pré́-requis à tout développement des régions de l’intérieur. Le manque de moyens financiers pour de tels investissements n’est pas une raison pour laisser les régions de l’intérieur dans cet état déprimant. Tous les moyens sont bons pour changer cette situation et le recours aux concessions peut nous doter d’un réseau autoroutier complet en moins de dix ans. Donnons la priorité à nos partenaires classiques, sinon le monde est vaste et beaucoup de ressources sont disponibles au Koweït, au Qatar, en Scandinavie et en Chine, pour ne citer que ceux-là !

Le même raisonnement devrait être appliqué aux chemins de fer. Il est inacceptable que 60 ans après l’indépendance, nous soyons toujours prisonniers de la voie métrique alors que le Maroc lance le TGV ! Signalons aussi que l’aménagement du territoire laisse à désirer alors qu’il peut être créateur de richesse ! Nous avons une capitale «bizarre» car elle est enclavée au point que la banlieue est plus chère! L’extension de Tunis vers le Lac lui a donné une bouffée d’oxygène ; il faut continuer: l’aéroport devrait être déplacé vers Utique –par le recours à la concession– et tous les terrains entre la route de la Marsa et la route de La Soukra, y compris la Charguia, offriraient une excellente opportunité de transformer Tunis et d’en faire une belle capitale.

Nous devrions même construire de nouvelles villes. La région située entre Zarzis et Ben Guerdane est idéale. Elle devrait être configurée autour de cinq axes : le tourisme avec une corniche de vingt kilomètres, l’éducation et la santé (en direction de la Libye et de l’Afrique), l’énergie renouvelable en profitant des possibilités solaires du Sud et la logistique avec la disponibilité de l’aéroport de Djerba et du port de Zarzis qui a la capacité de devenir un véritable poumon pour l’Ouest libyen et le Sud algérien. Nous pourrions d’ailleurs l’appeler Al-Bibane pour souligner son ambition d’ouverture sur toute la région et elle pourrait, en une vingtaine d’années, devenir un véritable pôle de développement permettant enfin au Sud de faire autre chose que le commerce transfrontalier !

Votre mot de la fin ?

D’abord, vous remercier de l’opportunité que vous m’offrez de parler de mon entreprise et de notre joie d’avoir gagné le Volant d’Or, mais aussi de sujets qui me passionnent. Nous traversons une crise économique profonde qui nécessite des réformes profondes dans des délais très courts, mais nous n’avons aucun choix et nous devons y faire face.

La pression du court terme ne devrait pas nous empêcher de voir grand et de lancer de grands projets structurants : notre économie est à peine suffisante pour une population de 5 ou 6 millions et nous survivons en « répartissant la misère », il est temps que cela change.

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