Jalel Azouz : « la BTE renoue de nouveau avec la croissance et souligne la nécessité de pérenniser cette reprise progressive et sereine »

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Jalel AZOUZ DG de la BTE

Entretien avec Jalel AZOUZ – Directeur Général de la Banque de Tunisie et des Emirats

L’activité de la Banque de Tunisie et des Emirats (BTE) a été marquée au cours des neuf premiers mois de 2019 par une augmentation de 22% du PNB peut-on y voir le signe d’un retour graduel vers une reprise plus durable ?

C’est certain. C’est beaucoup plus une volonté déterminée de transmettre un signal fort que la Banque de Tunisie et des Emirats est capable de s’imposer dans le secteur financier en Tunisie et dispose encore de fortes potentialités à gagner des parts de marché plus importantes dans un environnement, le moins que l’on puisse dire, difficile.

Comme vous le savez, le problème historique de toutes les Banques de développement et plus particulièrement les banques de développement mixtes qui ont été créées au début des années 80, était essentiellement la collecte des dépôts à vue et le coût de leurs ressources. 

La rénovation du cadre juridique de la profession bancaire en 2001 (loi 2001-65 du 10/7/2001) a conduit, sous différentes manières, ces banques à devenir des banques universelles, à tout faire.

La BTE n’était pas à l’abri de cette métamorphose et s’est lancée depuis 2005 dans le processus de collecte de dépôts via la locomotive des agences. 

Nous estimons que cette euphorie de transformation, conjuguée à un bon portefeuille de la Banque, ont donné un élan décennal de réussite relative, mais satisfaisante.

A l’apparition des turbulences que connait le paysage économique post-révolution, au changement de quelques cadres règlementaires et à l’afflux de nouvelles normes de gestion et de prudence, la situation est redevenue difficile, en réalité pour tous les opérateurs. 

La Banque de Tunisie et des Emirats en a, peut-être, senti les resserrements plus que d’autres vues ses capacités financières et la taille limitée de son réseau qui est actuellement en pleine extension. 

Néanmoins, la BTE a déployé des efforts considérables en s’adaptant à chaque nouvel évènement dans le secteur et a su développer avec efficience extrême des écrans de protection lui permettant aujourd’hui d’avancer doucement, mais très sereinement, car notre paysage économico-financier est toujours très instable.

Donc, le public est entrain de constater effectivement un retour graduel vers une reprise qui est le fruit d’un essorage des potentialités de notre banque. La pérennité de cette reprise dépendra sincèrement d’un autre élan de soutien stratégique.

La BTE a obtenu le visa du CMF pour émettre un emprunt obligataire de 30 millions de dinars. A quel besoin répondait cet emprunt ?

Tout simplement, cet emprunt répond à la nécessité de diversification et de dilution des sources de financement de la Banque.

C’est une 5ème sortie de la BTE sur le marché obligataire pour lever des fonds qui visent, comme je l’ai toujours dit, à renforcer davantage nos différents ratios de gestion.

Les dirigeants de la banque ont annoncé la relance du processus de privatisation après avoir été déclaré infructueux. Le point sur le processus ?

Les deux actionnaires de référence de la Banque ; Etat tunisien et l’ADIA (Abu Dhabi Investment Authority) se sont convenus de continuer à charger leurs deux cabinets d’assistance dans cette opération (KPMG et Rothschild) pour une recherche ciblée d’un éventuel partenaire stratégique pour la Banque.

Il s’agit d’une seconde alternative dans le processus de privatisation tel qu’il a été annoncé et qui se poursuit jusqu’à ce jour sans nouveaux évènements majeurs.

La Banque communiquera officiellement avec son public au temps opportun et dès l’avènement d’éléments nouveaux dans ce dossier.

Je saisie votre question pour rassurer les actionnaires de la Banque, sa clientèle, ses partenaires et tout le public sur le bon fonctionnement de leur institution et les efforts fournis par toutes ses équipes, que je remercie ici, pour le bon rayonnement de leur Banque, comme l’une des Banques les plus respectées en Tunisie.

Les banques bilatérales ont pâti plus que les autres du printemps arabe. Quel rôle peuvent-elles jouer dans la dynamisation du développement et dans la réussite du processus économique ?

Tout à fait. Cette question est en réalité la suite logique de votre première question.

Les 5 banques de développement mixtes (BTEI – BTQI – BTKD – BATLDCE – STUSID) ont été promues au début des années 1980s dans le but d’assurer le financement de l’économie par l’octroi de crédits à moyen et long terme à partir de leurs fonds propres et sur des ressources d’emprunts internes et externes longues. Pour boucler quelques schémas de financement, elles étaient parfois emmenées à participer également au capital d’entreprises qu’elles finançaient.

Eu égard à leurs vocations particulières, elles étaient un instrument privilégié de mobilisation de ressources extérieures au profit de la Tunisie sans pour autant avoir la possibilité de recevoir des dépôts des résidents.

Les reliquats de leurs assises financières ont donné un élan de survie à toutes ces néo-banques (BTE – TQB – BTK – BTL – TSB) depuis leurs transformations respectives à la suite de la parution de la loi 2001-65 jusqu’à 2011.

La période post-révolution s’est caractérisée par un contexte économique fragile qui se traduit par une rareté de ressources au moment où ces banques n’ont pas encore atteint des tailles optimales pour pouvoir surmonter des situations très vulnérables.

Si les chemins pour la TQB (privatisée et devenue QNB) et la BTK (privatisée) sont différents, le parcours pour les 3 autres banques mixtes (BTE – BTL et TSB) demeure spécifique au contexte propre de chaque banque.

Pour se limiter au cas de la BTE, et comme je vous ai expliqué tout à l’heure, la Banque est déterminée à poursuivre sereinement son développement et sa progression via l’extension de son réseau, la proximité de sa clientèle et l’optimisation de tous ses moyens.

La Banque continuera à gagner graduellement des parts de marché supplémentaires, en adéquation avec ses moyens actuels et futurs.

Elle recentrera son intervention autour de nouveaux secteurs d’activités ainsi que les nouveaux métiers du banquier.

Cela se traduira par une évolution annuelle moyenne de notre PNB de 17% sur les 5 prochaines années.

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