Hana Aissaoui : « Nous sommes une école qui travaille beaucoup mais qui ne le fait pas savoir »

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Entretien avec Hana Aissaoui, Directrice Fondation Bouebdelli Tunis

Entretien avec Hana Aissaoui, Directrice Fondation Bouebdelli, Tunis.

Comment faites-vous pour faire face à la montée de nombreux concurrents ? Comment, dans ce contexte, garder les mêmes standards de qualité qui font votre réputation ?

La comparaison entre la Fondation Bouebdelli et l’actuelle concurrence implique plusieurs facteurs tels que l’ancienneté, le taux de réussite, les résultats des concours de 6ème et de 9ème, la consistance de l’équipe pédagogique, la qualité du recrutement du corps enseignant et du personnel administratif, etc. Or, à mon humble connaissance, peu d’écoles exercent depuis 1936 !

Nous sommes pionnier dans ce secteur et avons toujours veillé à maintenir le même niveau d’exigence en plaçant l’apprenant au cœur de nos préoccupations sur le plan humain avant le scolaire. Tout ce que nous avons mis en place jusque-là est très souvent copié par les nouvelles écoles qui pullulent de part et d’autres dans notre pays, du règlement intérieur, aux notes administratives en passant par le choix de l’uniforme.

Cette nouvelle concurrence est, somme toute, étrange faute d’être réellement structurée ou encore d’appliquer avec conscience ce qui fait la noblesse de ce métier.   

Le système éducatif tunisien étant confronté à des chocs internes et externes, est entré dans l’ère turbulente des réformes mal étudiées et peu réfléchies. La fuite en avant des parents du secteur public a rendu alléchant le projet d’ouverture d’une école à tout profil d’investisseur. La concurrence est une bonne chose à condition qu’elle soit dans les normes. Attendons que les concours nationaux de 6ème et de 9ème soient obligatoires et beaucoup d’écoles seront mises à nus !

Le fondement essentiel d’une école c’est d’abord son capital humain et c’est bien là notre point fort, la pyramide d’âge du corps enseignant est très variée à la Fondation Bouebdelli. Nombreuses sont nos maîtresses d’application qui ont plus de 20 ans d’ancienneté et surtout d’expérience et qui transmettent leur savoir aux nouvelles recrues. Notre procédure de recrutement est saine, un stage d’observation une année durant nous permettant de former les jeunes diplômés au métier d’enseignant, nous jouons en partie le rôle assuré jadis par l’Ecole Normale qui fait défaut à la qualité de formation de toute personne se destinant à l’enseignement en Tunisie aujourd’hui.

Le suivi que nous assurons aux élèves est d’une extrême rigueur même quand il s’agit de cas spécifiques. Ici, c’est l’école pour tous, dyslexiques, hyperactifs, enfants surdoués, non voyant, nous sommes là pour travailler avec tous les profils ; seule exigence, leur sérieux. Les cursus sont les mêmes pour tous avec en prime un suivi personnalisé qui impose à nos enseignants de s’adapter aux élèves aussi différents soient-ils avec le soutien et l’expérimentation de notre psychologue présente à l’école 5 jours sur sept.

Dans tout cela, les parents sont nos fidèles partenaires, une communication permanente et rationnelle nous lie, nous les soutenons dans l’accomplissement de leur rôle de parents et ils nous complètent dans notre rôle de dispensateur de savoirs à travers le suivi de leurs enfants. Depuis maintenant 4 ans, un Forum d’échange sur facebook a été mis en place pour établir un canal de communication privilégié avec eux et afin d’essayer d’être au plus près de leurs attentes.

Est-ce qu’on peut considérer que vos tarifs agissent un peu comme une barrière à l’entrée ?

Nul ne peut nier que le pouvoir d’achat puisse être un frein. Mais les parents qui choisissent notre établissement ne roulent pas sur l’or, encore moins dans la conjoncture économique actuelle. Bien au contraire ! Nous avons beaucoup de fonctionnaires de l’Etat mais qui ont décidé de s’investir pleinement dans l’éducation de leurs enfants. Leur investissement ultime c’est la scolarité et l’avenir de leurs enfants. C’est pour cette raison que nous offrons une facilité de caisse à nos parents et que nous les soutenons fermement dans leur volonté d’offrir un enseignement de qualité à leurs enfants.

La recherche de concurrents plus accessibles sur le plan tarifaire entraîne bien souvent le recours à des cours particuliers massifs, des résultats scolaires en deçà des attentes des parents ou qui ne reflètent pas les véritables capacités de l’enfant, un staff pédagogique vacataire. Peut-on imaginer un enseignement second degré ou « bon marché ? » A mon sens, c’est inconcevable !

Vos trois établissements scolaires sont étroitement liés par une chaîne de valeurs communes ?

Oui, la rigueur, le sérieux, la discipline restent encore des valeurs refuges et la base de notre identité. Il y a bien un lien entre performance scolaire et respect du règlement intérieur fixé.

Mieux que ça encore, agir sur l’ordre de manière générale peut fortement atténuer les inégalités de performance scolaire, peut corriger le comportement d’un enfant et faire en sorte à ce que ses repères soient plus sains et son énergie convenablement canalisée à l’école comme à la maison.

Nous avons aussi fait notre transition vers plus de modernité et davantage d’ouverture. Les enfants ne sont plus les mêmes et les méthodes d’enseignement ont considérablement évoluées. Nous avons intégré les nouvelles technologies dans notre enseignement mais à bon escient. Les fondamentaux de l’éducation restent intouchables.

Ailleurs que chez nous, le tout numérique est parfois un piège tendu aux parents car souvent utilisé comme un outil de séduction et de propagande servant à masquer les défaillances académiques. Je vous donne un exemple saisissant : les employés de la Silicone Valley inscrivent leurs enfants dans des écoles où il n’y a pas d’ordinateurs ! Où la craie et le tableau noir sont essentiels en classe, où les activités extrascolaires sont : jardinage, bricolage, couture, etc. A méditer !

La Fondation a aussi opté pour le rajeunissement de son management ?

Ça c’est bien vrai. Cela émane d’un choix fait par Madame Bouebdelli et ce, après un vaste processus de réflexion. C’est une personne qui a toujours été avant-gardiste et à l’écoute de ses partenaires et c’est ce qui a fait la force de son management jusque-là.

La Tunisie accueille de plus en plus d’écoles internationales. Est-ce que cela peut devenir un motif d’inquiétude pour la Fondation ?

Je suis franchement sceptique quant au produit vendu en Tunisie par les écoles internationales ! Je trouve surprenant que le parent tunisien achète une formation étrangère dispensée par des cadres locaux de nationalité tunisienne et formés sur les bancs des universités tunisiennes. C’est le cas des nouvelles écoles françaises qui ne sont plus nécessairement homologuées mais se contentent de faire partie de l’alliance française.

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