Hager ALMI : « Sofrecom, la Tunisie un levier majeur pour ses projets de recherche et d’innovation dans le secteur numérique »

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Interview Hager ALMI, directrice Communication et RSE, Sofrecom Tunisie.

La communication et la marque employeur dans le secteur IT sont devenues un enjeu important avec l’apparition du phénomène du départ massif des ingénieurs tunisiens. La concurrence sur le marché de l’emploi a créé une vraie dynamique chez les ESN qui souhaitent attirer et fidéliser les talents. En même temps, les sujets technologiques, tendance comme l’IA, peuvent être un élément différenciateur pour l’attractivité des entreprises qui adoptent ces tendances mais aussi de l’attractivité de la Tunisie en tant que destination d’investissement si elle décide d’aller vers cette stratégie.

La pandémie a été l’occasion de prendre conscience des enjeux du numérique. Est-ce que vous voyez une prise de conscience en Tunisie de l’importance du numérique ? 

Le sujet de la transformation digitale s’est imposé comme un phénomène mondial accéléré par la pandémie qui a joué le rôle de catalyseur de la mutation vers le digital.  

Ces changements ont été des facteurs d’accélération vers de nouvelles organisations et de nouveaux services digitaux qui sont devenus de plus en plus usuels.  

La Tunisie a bien pris conscience des enjeux de la digitalisation avant le déclenchement de la pandémie. Dès 2014, les autorités tunisiennes ont élaboré un plan national « Tunisie numérique 2020 » pour la période 2014-2020. L’objectif de cette stratégie est de faire de la Tunisie un pôle numérique international et de promouvoir les TIC comme un levier essentiel pour le développement socio-économique du pays. Ensuite, la Tunisie a présenté un deuxième plan de la «Tunisie numérique 2025» qui vise à réduire la fracture numérique, favoriser la numérisation de l’éducation, la transition vers l’administration électronique, le soutien de l’entrepreneuriat et l’innovation et enfin, la mise en œuvre de la stratégie nationale de cyber-sécurité et le renforcement de la souveraineté numérique. Tout cela démontre qu’il y a un réel engagement sur le plan national pour opérer cette transformation digitale. 

De belles initiatives ont été lancées pour enrichir le débat autour du numérique et ses opportunités, nous avons participé à plusieurs initiatives visant à repositionner l’image de la Tunisie dans la carte des compétences IT, notamment avec la FIPA et la TIA. Il est important de continuer à mener ces réflexions dans un cadre de partenariat public privé et à faire un «up lift» de ces initiatives pour garder la Tunisie dans la course des pays prédisposés à offrir des compétences et des infrastructures adaptées aux évolutions du numérique. Le secteur privé a pris conscience de l’urgence de diversifier l’offre de service et de travailler davantage à former les ingénieurs sur les nouvelles technologies. 

Nous constatons la montée en puissance de tendances comme la DATA/IA, le BI et la cyber-sécurité dans les demandes de nos clients et, nous avons inscrit cela dans notre roadmap.

L’entreprise du secteur IT aujourd’hui doit-elle opérer une transformation pour réussir à attirer les talents et garder ses équipes ? Que prévoyez-vous pour cela ?

Il a été clair avec cette crise mondiale du Covid-19 que toute entreprise doit dépasser son rôle classique de simple employeur et repenser son rapport avec l’humain. L’entreprise du secteur IT doit doubler d’effort pour faire face aux risques de départ de ses ingénieurs qui sont devenus des ressources rares et volatiles. Nous avons conscience de ce rôle et nous œuvrons pour le jouer pleinement à tous les niveaux. 

Sur le volet formation et développement des compétences, nous voulons faire monter nos ingénieurs dans la chaîne de valeur et les positionner sur des projets en relation avec la DATA/IA. Tout le monde sait que cette technologie est très demandée au niveau mondial et les projets futurs auront de plus en plus besoin de compétences qualifiées en DATA/IA. Chez Sofrecom Tunisie, nous avons créé une task force destinée à tracker les projets DATA/IA de l’entreprise, les promouvoir et animer une communauté d’experts autour du sujet. La Tunisie peut se doter d’une nouvelle image en tant que Hub régional sur les nouvelles technologies, elle a le tissu académique et la force vive des jeunes. 

Sur le volet capital humain, nous avons recentré encore plus notre stratégie sur l’humain. L’idée est d’offrir la meilleure «expérience salarié» pour fidéliser nos équipes et rendre leur vie professionnelle plus agréable. Pour cela, nous avons mis en place le programme Better, destiné à améliorer le parcours et la vie du salarié et son bien-être au sein de Sofrecom Tunisie dès l’instant de son intégration jusqu’à son départ. Nous ne pouvons pas fidéliser nos équipes sans une écoute active de leurs attentes et une revue permanente de nos process et de nos habitudes. Le programme s’inscrit dans une démarche d’amélioration continue et peut détecter les failles à améliorer ou bien les leviers d’actions sur lesquels nous pouvons nous appuyer pour booster notre marque employeur. 

Face à l’exode des compétences tunisiennes dans le secteur IT, la marque employeur est importante pour attirer les talents et rester concurrents sur le marché de l’emploi IT, vous avez adopté une stratégie de marque employeur ?

Sofrecom Tunisie s’appuie fortement sur sa marque Employeur pour attirer et ensuite fidéliser ses équipes. Elle se base sur une stratégie d’entreprise axée sur la diversité, l’égalité et l’inclusion et le bien-être des salarié.es. D’abord, notre politique des Ressources humaines se base sur les compétences comme unique différenciant pour recruter, développer, accompagner et évaluer nos salarié.es. Le bien-être et la qualité de vie au travail sont notre deuxième enjeu pour nous différencier sur le marché de l’emploi.

La culture d’entreprise a été fortement lésée par le télétravail. Le challenge pour toute entreprise qui a opté pour le télétravail durant la crise, est de reconstruire des liens et engager les équipes isolées par la distance. Cela est possible grâce à des rdv internes et aux événements de partage. 

Bien évidemment pour exposer notre culture et créer l’enthousiasme autour de notre marque, nous avons opté pour les plateformes des réseaux sociaux plus spécifiquement Linkedin où nous entretenons notre notoriété et notre image. La course vers le recrutement fait de la force de la marque employeur une question centrale qu’on ne peut pas négliger. D’ailleurs, on voit une vraie dynamique dans ce sens sur les réseaux sociaux avec une communication digitale des ESN de plus en plus axée sur la vie de l’entreprise et l’ambiance au bureau.

Concernant votre entreprise, l’an dernier vous avez atteint l’objectif de créer plus de 1000 emplois et vous avez communiqué sur cette réalisation. Quel est votre challenge suivant ? 

Après l’atteinte des 1000 emplois, l’étape suivante porte sur le développement régional et la mise en place de l’alternance. La Tunisie est un pays riche en capital humain, nos jeunes sont très bien formés et peuvent offrir une ressource à valeur ajoutée si on sait les détecter et les former. Dans une perspective d’ouverture sur le territoire tunisien et pour accompagner notre croissance d’une manière plus équitable, nous avons choisi d’ouvrir un site à Sfax. Nous avons de bonnes relations avec l’écosystème académique de Sfax, notre installation n’est qu’une continuité des partenariats historiques.

Le deuxième challenge est de renforcer notre engagement RSE. Les trois piliers : inclusion numérique, l’égalité professionnelle et l’engagement écologique seront nos priorités pour les années à venir. La diversité de nos équipes est un atout que nous souhaitons conserver et nous veillons chaque jour à maintenir notre parité parfaite de 50% des femmes ingénieurs, une moyenne difficile à réaliser dans le secteur technologique. Notre plan d’action pour encourager les femmes à s’illustrer dans la Tech continue à être déployé, nous sommes également en cours de labélisation pour l’égalité des genres et la diversité.

  1. En plus de contribuer à l’employabilité, vous êtes lié au monde académiqueAvez-vous d’autres projets ou collaborations ?

Le projet phare est notre partenariat avec Esprit pour développer l’alternance. Cette année, nous avons commencé avec une vingtaine d’alternants, l’année prochaine nous visons une cohorte composée d’une classe entière. 

Notre proximité avec le monde académique, au-delà de nos objectifs de recrutement, répond à notre stratégie RSE qui met l’inclusion numérique et la diversité au centre. 

Nous sommes partenaires de Wecode, une école des métiers du numérique qui nous accompagne sur nos projets d’inclusion numérique. Nous avons fait bénéficié des étudiants tunisiens et subsahariens en cours de reconversion professionnelle de formations et de matériel informatique. Via des concours ou des quizz, nous offrons à des étudiants ou jeunes diplômés des formations dans des technologies très demandées sur le marché comme l’Angular, Symfony ou le Node React pour aider à l’employabilité. Pour 2022, nous renouvelons notre partenariat et nous allons intervenir sur le volet formation et inclusion. 

Le deuxième axe de notre engagement porte sur la diversité et l’égalité homme/femme. Notre stratégie se base sur l’ouverture du recrutement aux jeunes diplômés sortis d’écoles en leur offrant une chance d’évoluer dans l’entreprise, via un parcours de formation adéquat. 

Sofrecom Tunisie mise sur le capital humain qui occupe une place centrale dans sa stratégie. Nous nous engageons à améliorer l’employabilité des jeunes qui intègrent nos équipes en stage ou en CDI, via des formations de très bonne qualité. 

L’évolution rapide de notre secteur a démontré qu’il faut être très proche de son écosystème (universités, confrères, administration…) afin de pouvoir s’adapter au contexte et répondre au mieux aux attentes des parties prenantes. 

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