Habib Ben Hassine : « Nous sommes le leader du marché hors automobile et nous maintenons le cap »

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Habib Ben Hassine DG Assurances MAGHREBIA et Président de la FTUSA

Entretien avec Habib Ben Hassine, DG – Assurances MAGHREBIA et Président de la Fédération Tunisienne des sociétés d’assurances

Quel est l’impact du digital dans le secteur des assurances ?

Le digital est un sujet majeur pour le secteur des assurances, il impacte l’ensemble de la chaîne de valeur et représente sans aucun doute un levier de croissance à travers l’émergence de nouvelles solutions technologiques permettant une communication fluide avec le client ainsi que l’accès à de nouvelles cibles.

Les évolutions comportementales du consommateur ouvrent des opportunités que les compagnies d’assurances doivent saisir et transformer en offres de produits personnalisés.

Aujourd’hui, les compagnies d’assurances doivent réussir leur transformation digitale. Ce passage implique la transformation de l’organisation de travail, de la relation client, de la distribution et l’adoption de canaux de communication plus efficaces.

Certains assureurs tunisiens ont déjà mis en place des applications permettant aux assurés d’accéder à leurs contrats et de bénéficier de divers services personnalisés.

Au niveau de la Fédération Tunisienne des Sociétés d’Assurances « FTUSA », plusieurs chantiers sont en cours visant la modernisation du secteur et son développement. La centrale des risques est opérationnelle depuis une année et nous venons de démarrer le projet de mise en place d’une plateforme d’échange inter-compagnies visant l’accélération du règlement des sinistres automobile et l’amélioration des services offerts aux clients. 

Est ce que la faible croissance de l’économie Tunisienne ces dernières années a impacté le secteur des assurances ?

Le marché Tunisien des assurances a progressé en termes de chiffre d’affaires et d’une manière continue en moyenne de 9,8 % durant les cinq dernières années. D’un autre côté, nous avons enregistré une détérioration des résultats du secteur due entre autres :

  • À la dévaluation du dinar qui a engendré une augmentation exponentielle du prix des pièces détachées et des voitures d’où une aggravation du coût moyen des sinistres matériels qui augmente en moyenne de 15 % par année.
  • Au manque de nouveaux investissements, ce qui a réduit sensiblement la matière assurable.
  • À l’augmentation de la fraude à l’assurance
  • À l’augmentation de la sinistralité au niveau des entreprises industrielles en raison d’un manque de maintenance et de report d’investissements programmés faute de budget.

Les caisses de sécurité sociale enregistrent un grand déficit, quel rôle pourrait jouer le secteur des assurances dans le cadre de la réforme des régimes de retraite en Tunisie ?

Plusieurs études sur la pérennité des régimes de retraite en Tunisie ont été lancées depuis les années 80. Ces études ont démontré que compte tenu du vieillissement de la population et de la baisse de la natalité, ces régimes par répartition, ne sont pas viables et qu’il est nécessaire de prendre plusieurs mesures dans le cadre de leur refonte, notamment par la mise en place d’une dose de capitalisation pour éviter un éventuel déficit de ces régimes.

Le secteur des assurances contribue déjà, par le biais de l’assurance-vie, à l’effort de prévoyance en matière de retraite et nous sommes prêts à jouer un rôle plus important dans le cadre d’une réforme structurelle des régimes de retraite actuels.

Il faut rappeler que les assureurs contribuent d’une manière substantielle au financement de l’économie. Les placements du secteur des assurances dépassent les 5,6 milliards de dinars dont une bonne partie en bons de trésor. Notre contribution à l’effort national de mobilisation de l’épargne longue durée pourrait augmenter d’une manière plus significative dès lors que le secteur des assurances serait associé à la réforme des régimes de retraite.

Maghrebia est l’une des compagnies pionnières du marché. En quoi vous différenciez vous de la concurrence ?

Notre objectif tel que fixé par notre plan stratégique et de hisser la société aux standards internationaux en termes de rentabilité, de solvabilité et de bonne gouvernance.

Nous visons le développement d’un portefeuille équilibré. En effet, nous sommes le leader du marché hors automobile et nous maintenons le cap par le développement des services et produits innovants répondant aux besoins de protection de nos clients.

Je rappelle que nous avons été les pionniers de l’assurance-vie dans les années 70. Nous avons également lancé sur le marché Tunisien le premier produit vie en unités de compte « Prospérité » et le premier produit santé internationale « Chamel ».

MAGHREBIA a également ouvert en 1996 le 1er centre de services assurantiels en Tunisie permettant une indemnisation rapide et immédiate des clients pour les dommages matériels automobile.

Cette politique d’innovation s’accélèrera durant les prochaines années grâce notamment à la digitalisation et la modernisation du système d’information.

Quel est l’apport du projet de loi de finance 2020 pour le secteur des assurances ? 

Comme tous les secteurs nous avons communiqué au ministère des Finances nos propositions de réformes fiscales, mais malheureusement le projet n’en a pas été tenu compte. Le secteur n’est concerné que par une mesure visant l’harmonisation du régime fiscal des assurances takaful au même titre que l’ensemble du secteur. 

En plus des dispositions énoncées au niveau du projet de la loi des finances pour l’année 2020, les compagnies d’assurance ont hérité des dispositions fiscales de la loi de finances pour l’année 2019, plus précisément l’article 87, et dont l’entrée en vigueur est à partir du 1er janvier 2020. Cette disposition stipule que les transactions des compagnies d’assurance seront soumises à une contribution exceptionnelle de 1% au profit des caisses sociales, et ce à partir du 1er janvier 2020 et des années ultérieures.

Notre position en tant que secteur des assurances depuis l’année dernière est le refus de cette contribution pour plusieurs raisons :

  • Il ne s’agit pas d’une contribution exceptionnelle puisque son application n’est pas limitée dans le temps.
  • Le secteur des assurances ne peut supporter la charge de financement du déficit des caisses d’autant plus qu’il n’a cessé de jouer un rôle important en matière d’assurance complémentaire aux régimes légaux de retraite et qu’il est plus adéquat de procéder aux ajustements structurels nécessaires afin d’assurer la pérennité de ces régimes. Il faut rappeler que par ailleurs que nous sommes déjà soumis à une contribution sociale de solidarité au profit des caisses sociales de 1% du bénéfice imposable, ramenant ainsi le taux d’imposition du secteur à 36 %.
  • Certaines catégories d’assurances, telle que l’assurance vie ne peut supporter cette contribution compte tenu des marges réduites pour ce type d’assurances.
  • Cette mesure sera appliquée dans un contexte très difficile pour le secteur des assurances vu la détérioration des résultats des assureurs suite à l’augmentation exponentielle des coûts des sinistres automobile et l’inflation médicale dues entre autres à la dévaluation du dinar.

En outre et contrairement à ce que certains croient, le secteur des assurances est sinistré. Certaines compagnies sont déficitaires et le prélèvement prévu sur le chiffre d’affaires ne peut qu’aggraver leur situation.

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