Guerre au Moyen-Orient : La facture risque d’être très salée pour la Tunisie

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La guerre au Moyen-Orient n’est pas sans conséquences pour la Tunisie, a alerté l’économiste Ridha Chkoundali. S’exprimant sur les ondes de Jawhara FM, il a précisé que chaque dollar supplémentaire dépassant le seuil de 63,3 dollars prévu dans le budget de l’État pour 2026 génère un surcoût de 160 millions de dinars pour les caisses publiques. Une hausse de 10 dollars au-dessus de ce niveau de référence suffit à faire grimper l’inflation de 0,3 à 0,5%.

Par ailleurs, les soubresauts économiques dans les pays du Golfe pèsent sur les transferts de fonds des Tunisiens résidents à l’étranger, notamment en Europe, avec une montée de l’inflation et une baisse du pouvoir d’achat, impactant mécaniquement leur capacité à rapatrier de l’argent. Enfin, le resserrement des politiques monétaires en Europe et aux États-Unis, consécutif à la hausse des prix, renchérit le coût du service de la dette extérieure tunisienne.

Ridha Chkoundali a détaillé quatre scénarios possibles selon l’évolution de la guerre.

Le premier table sur un baril de pétrole avoisinant les 84,5 dollars. Dans ce cas de figure, le déficit budgétaire de l’État se creuserait de 1,6 milliard de dinars pour atteindre potentiellement 3 milliards de dinars, tandis que l’inflation progresserait de 0,3 à 0,6%. L’économiste estime que la Tunisie est en mesure d’absorber ce choc et que des revalorisations salariales restent envisageables, sous réserve qu’elles soient compensées par des recrutements dans le secteur public.

Le deuxième scénario, rendu plausible par les récentes perturbations des approvisionnements et une fermeture partielle du détroit d’Ormuz, verrait le prix du baril franchir la barre des 100 dollars. Les répercussions budgétaires atteindraient alors entre 4 et 6 milliards de dinars de charges supplémentaires, et l’inflation bondirait de 0,75 à 1%. Face à cette pression, l’économiste préconise soit un gel de certaines dépenses, notamment les augmentations salariales et les embauches dans la fonction publique, voire une réduction des dépenses d’investissement, soit une réforme profonde du système de subventions, en particulier la suppression des aides aux carburants via l’adoption d’une loi de finances rectificative.

Le troisième scénario, reposerait sur une fermeture totale du détroit d’Ormuz ou des frappes contre les grandes infrastructures pétrolières du Golfe. Un tel événement provoquerait un choc pétrolier comparable à ceux de 1973 et de 2008, entraînant une inflation généralisée à l’échelle mondiale, un net ralentissement de l’activité économique internationale et un durcissement sans précédent des politiques monétaires des banques centrales européennes. Pour la Tunisie, cela se traduirait par un déficit budgétaire pouvant atteindre 9 milliards de dinars, une forte pression sur le dinar et une poussée inflationniste de 1,7%. Des mesures d’austérité sévères et une loi de finances rectificative deviendraient alors inévitables.

Le quatrième scénario supposerait une extension du conflit à l’échelle internationale, avec l’entrée en guerre de la Chine et de la Russie d’un côté, et de l’Europe de l’autre, aboutissant à une polarisation profonde du système international. Les retombées pour la Tunisie seraient d’une gravité extrême, avec une facture budgétaire supplémentaire pouvant atteindre 14 milliards de dinars, une inflation en hausse de 2,6% et le recours obligatoire à une loi d’urgence financière.

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