
Artistes: Baker Ben Fredj
Exhibition: Le Reste
Dates: 24.01.2026 to 24.02.2026
Opening: 24.01 à 16H30
Contact : archivart2020@gmail.com
Location : 11 rue nelson mandela, Jinene Eddonia La Marsa, 2046,
Tunisie
Le Reste
Chez Baker Ben Fradj, l’œuvre naît de ce qui demeure après le passage du geste, du temps et de la matière. Le Reste n’est ni un résidu ni un manque, mais ce qui persiste : trace, empreinte, fragment chargé de mémoire. La gravure devient alors un espace où l’image ne se fixe jamais définitivement, mais se recompose à partir de ce qui a été usé, répété, déplacé. Ce qui apparaît n’est pas l’aboutissement d’un processus, mais l’état provisoire d’une transformation continue.
La pratique de Ben Fradj repose sur une logique du faire et refaire, non comme reproduction fidèle, mais comme acte de déplacement. Chaque reprise introduit un écart, une altération, une tension nouvelle. L’artiste travaille la plaque, la surface et la matière dans une relation physique intense, laissant agir l’acide, la pression, le frottement et l’usure. Le temps s’inscrit ainsi dans l’œuvre comme une substance active, visible dans les strates, les cicatrices et les zones de silence qui structurent l’image.
Les œuvres se construisent par accumulations successives, par superpositions et effacements. Gravure, peinture, collage, impression et marouflage se rencontrent dans un langage plastique hybride, affranchi des frontières disciplinaires. Cette pluralité de techniques ne relève pas d’une juxtaposition formelle, mais d’un mode de pensée : celui d’une image ouverte, instable, qui accepte l’intervention du hasard et l’imprévisible de la matière. Chaque surface devient un champ d’expériences où le visible se forme lentement, au rythme des gestes répétés.
L’univers visuel de Baker Ben Fradj est traversé par des formes organiques, végétales et animalières, issues autant de la mémoire intime que de la mémoire collective. Ces figures ne sont jamais données comme des représentations directes. Elles se transforment en signes, en rythmes, en structures graphiques. Le motif se fragmente, se multiplie, se dilue, jusqu’à devenir une trace plus qu’une image. La nature n’est pas citée, elle est reformulée comme un système vivant, en perpétuel devenir.
La répétition occupe une place centrale dans ce travail. Elle ne produit pas l’identique, mais génère de la différence. Chaque retour du motif modifie l’ensemble, introduit un déséquilibre, ouvre un nouvel espace de lecture. L’image avance ainsi par variations, oscillant entre stabilité apparente et mouvement interne. Ce qui se répète n’est jamais exactement le même, mais ce qui insiste, ce qui résiste à la disparition.
La couleur, souvent dense et stratifiée, agit comme une force de tension. Elle n’habille pas la surface, elle l’envahit, la travaille de l’intérieur. Tantôt diffuse, tantôt concentrée, elle participe à la sensation de profondeur et de vibration, empêchant toute fixation définitive du regard. L’œuvre semble toujours en suspens, comme si elle pouvait encore se transformer.
Dans Le Reste, Baker Ben Fradj interroge ce qui subsiste après l’effacement. Chaque œuvre apparaît comme un fragment de mémoire, un seuil entre apparition et disparition. La gravure s’y affirme comme un acte vivant, où la matière conserve, dans ses plis et ses empreintes, les traces d’un monde traversé par le temps, la répétition et la transformation.
– Sofia Guerfal Bouteraa
Biographie : Baker Ben Fredj
Baker Ben Fredj plasticien Baker ben Fredj compte parmi les très peu nombreux plasticiens tunisiens qui ont choisi dès le départ, depuis le début de leur carrière, de vivre de leur art. Il a d’emblée choisi la contrainte pour mettre à l’épreuve sa liberté d’être artiste. Il a choisi aussi la gravure comme technique matricielle dans son cheminement plastique ; technique que ni le collage ni la peinture ne réussissent à effacer bien que tout dans son travail sur la toile soit fait pour gommer la gravure, pour lui échapper, pour la cacher, l’escamoter… Elle est là, bien là, et clame haut et fort qu’elle est à l’origine de tout, qu’elle est l’origine. Quelle technique, en effet, illustre mieux que la gravure cette dialectique du plein et du vide, le vide devenant plein et le plein vide, qui est l’essence-même des arts plastiques, et des arts tout court : bruit et silence, présence et absence… ? Elle illustre le mieux ce rapport fusionnel que Baker entretien avec la matière de son art et traduit ce rapport métaphysique qu’il a avec la nature et tel un paléontologue, il exhume du fond de la terre, et de la mémoire, ces traces originelles de la vie et de son évolution du minéral à l’humain en passant par le végétal et l’animal se mimant et se confondant dans des compositions dynamiques qui animent la toile et créent l’illusion et le régal des yeux.











