Discours de l’Ambassadrice Anne Guéguen pour le vernissage de l’exposition « Ce que la Palestine apporte au monde » à l’Institut français de Tunisie

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Monsieur l’Ambassadeur de Palestine, Hael Alfahoum, cher ami,

Mesdames les Ambassadrices, Messieurs les Ambassadeurs,

Mesdames et Messieurs les artistes, Madame Rehaf AlBatniji, Monsieur Shady Alassar,

Madame Marie Chominot, chargée de production des expositions de l’Institut du monde arabe,

Mesdames, Messieurs, chers partenaires des administrations, de la société civile, des médias,

Chers amis,

 

Je suis heureuse de pouvoir ouvrir ce vernissage à l’Institut français de Tunis de l’exposition de l’Institut du monde arabe « Ce que la Palestine apporte au monde ». Lorsque je l’avais vue à Paris à l’été 2023, elle m’avait beaucoup touchée par la force et l’émotion que transmettaient les œuvres présentées, et elle m’avait beaucoup intéressée par ce qu’elle disait du regard des artistes palestiniens sur la Palestine aujourd’hui. Véritable hommage intellectuel et culturel, qui a attiré plus de 90 000 personnes à l’IMA entre mai et décembre 2023, j’avais suggéré aux équipes d’en accueillir l’itinérance ici. Neuf mois plus tard, la Tunisie est le premier pays au monde à accueillir cette exposition, ce qui est un symbole fort.

 

La partie dédiée aux photographes contemporains qui est présentée ici me frappe par la puissance et la richesse des œuvres présentées. Elles montrent des Palestiniennes et des Palestiniens dans leur quotidien, avec par exemple ces jeunes qui font du skate-board, qui se saisissent de leurs espaces, de leurs corps et de leurs terres. Elles se distinguent des lithophotographies de la fin du 19ème siècle de la collection d’Elias Sanbar, qui projettent une Terre figée, une terre sainte mythifiée et fantasmée. Cette mise en regard montre à quel point ces habitants de Gaza et de Cisjordanie sont des acteurs qui racontent leur vécu en commun et, qui revendiquent le droit aux loisirs, aux rêves et à l’imaginaire même dans un contexte d’occupation, malgré lui et je dirai même contre lui, pour affirmer positivement leur réalité, leur vie.

On ne peut regarder ces photos, notamment celles prises à Gaza, hors du contexte tragique d’aujourd’hui. Je voudrai donc commencer par une pensée d’empathie pour toutes celles et ceux qui souffrent, aujourd’hui même.

Comme vous le savez, la France n’a cessé de rappeler l’impératif absolu de protection des civils à Gaza, conformément au droit international humanitaire et s’est opposée fermement à une offensive israélienne sur Rafah.  Elle a affirmé son soutien à l’action de la Cour pénale internationale car il ne peut y avoir d’impunité pour ceux qui commettent des crimes de guerre ou des crimes contre l’humanité. La France s’est mobilisée pour apporter une assistance humanitaire de grande ampleur et n’a jamais cessé de soutenir l’UNRWA.

La France s’est prononcée en faveur de l’admission de la Palestine comme État membre de plein droit des Nations Unies et continuera d’exiger un cessez-le-feu immédiat et durable. Nous avons proposé au Conseil de sécurité un projet de résolution, car la solution des deux États est la seule qui puisse permettre de construire une paix juste et durable et d’apporter la sécurité pour tous.

وكما تعلمون، فقد أكدت فرنسا باستمرار على الضرورة المطلقة لحماية المدنيين في غزة، وفقا للقانون الإنساني الدولي، وعارضت بشدة الهجوم الإسرائيلي على رفح. لقد حشدت فرنسا جهودها لتقديم مساعدات إنسانية واسعة النطاق ولم تتوقف أبدا عن دعم منظمة الأونروا.

وقد أيدت فرنسا قبول فلسطين كدولة كاملة العضوية في الأمم المتحدة وستواصل المطالبة بوقف لإطلاق النار فوري ودائم. لقد تقدمنا بمشروع قرار إلى مجلس الأمن، لأن حل الدولتين هو الحل الوحيد القادر على بناء سلام عادل ودائم وتوفير الأمن للجميع.

Evoquer cette actualité dramatique est à la fois indispensable et très difficile. Seul le silence pourrait paraitre adéquat, tant la violence est extrême, les morts nombreux et la situation grave. Nous ne pouvons fermer les yeux, et c’est bien le message de la photographie.  Nous faire voir, nous appeler à voir, à mieux voir. A réfléchir à ce qui est insoutenable et invivable, mais aussi nous rappeler que cela n’est pas une fatalité, qu’une réalité autre, une réalité vivable serait possible.

Pourquoi montrer cette exposition maintenant ?

Parce que mettre en valeur l’art et les artistes palestiniens est un acte d’affirmation. Certains des artistes exposés ont heureusement pu fuir la violence de Gaza et ces photographes sont désormais en exil, au Caire, à Istanbul ou à Paris, où la France en accueille à la Cité internationale des arts comme Rihaf Albatniji, que je remercie de nous honorer de sa présence et de sa force.

C’est aussi parce l’exposition de l’Institut du monde arabe a été enrichie de quelques témoignages vidéo, audio et écrits, envoyés au printemps 2024 par des artistes pour évoquer leur travail, ce qu’ils ressentent et ce que signifie l’art pour eux actuellement.

Enfin parce qu’il est plus important que jamais de montrer ce travail maintenant. Ces photographies donnent à entendre les voix qui les composent, les esprits créatifs qui font vivre la Palestine, sa culture et façonnent son identité. Elles envoient des messages puissants au monde sur ce que vivent les Palestiniens et ce qu’ils sont. L’art devient finalement un moyen pour les Palestiniens de conquérir ou reconquérir une visibilité culturelle, historique et politique, plus que jamais importante à l’heure actuelle : il nous faut écouter les Palestiniens plutôt que parler à leur place.

أخيرًا، لأنه أصبح من المهم الآن أكثر من أي وقت مضى إظهار هذا العمل. تعطي هذه الصور صوتًا للأصوات التي تتألف منها، والعقول المبدعة التي تَبُثُّ الحياة في فلسطين وثقافتها وتشكل هويتها. هي تبعث رسائل قوية إلى العالم حول ما يعيشه الفلسطينيون وحول هويتهم. يصبح الفن في نهاية المطاف وسيلة للفلسطينيين لكسب أو استعادة الرؤية والظهور الثقافي والتاريخي والسياسي، وهو أمر ذا أهمية قصوى في الوقت الحالي : يجب أن نستمع إلى الفلسطينيين بدلاً من التحدث باسمهم.

Avec « Ce que la Palestine apporte au monde », l’IMA a exposé aussi pour la première fois en France une œuvre du collectif Hawaf qui a vu le jour à Gaza et a nourri le projet du Musée Sahab (« nuage » en arabe), un musée virtuel pour protéger le patrimoine archéologique, historique et artistique des Gazaouis. Une autre installation du musée Sahab est d’ailleurs actuellement exposée au palais de Tokyo. L’Institut du monde arabe à Paris abrite par ailleurs depuis 2016 la collection du futur Musée national d’art moderne et contemporain de la Palestine, réunie à l’initiative d’Elias Sanbar, écrivain et ancien ambassadeur de la Palestine auprès de l’Unesco. Privée de musée en Palestine, cette collection solidaire est composée de 400 dons d’artistes palestiniens et des cinq continents.

 

Toutes ces initiatives participent à faire connaître la culture et les artistes palestiniens. Et il nous faut continuer. L’Institut français de Tunisie a d’ailleurs installé au début de l’exposition un QR code pour vous permettre de connaître, et si possible de soutenir, des partenaires culturels qui interviennent actuellement à Gaza en proposant des activités et ateliers artistiques à visée psycho sociale pour des enfants (comme Dar al Kalima) ou tentent de créer un abri pour les artistes à Gaza [Al Kamandjâti, le Conservatoire national de musique Edward Saïd, la Delia Arts Foundation et Jafra Productions sont associés à cette initiative].

 

Je souhaiterais remercier tous ceux qui ont contribué à l’itinérance de cette exposition, d’abord l’Institut du monde arabe, et notamment Marie Chominot la chargée de production ici présente, sans qui rien n’aurait été possible. Monsieur l’Ambassadeur de Palestine en Tunisie M. Hael AlFahoum, qui a soutenu ce projet dès le début et que je souhaite remercier pour son parrainage, ainsi que la conseillère culturelle Mme Rokaya pour la coopération étroite. Et enfin bien sûr les équipes de l’Institut français de Tunisie, qui travaillent depuis des mois sur ce projet

 

Sans doute avons-nous besoin, aujourd’hui plus que jamais, de la poésie. Afin de recouvrer notre sensibilité et notre conscience de notre humanité menacée, comme de notre capacité à poursuivre l’un des plus beaux rêves de l’humanité, celui de la liberté, celui de la prise du réel à bras le corps, de l’ouverture au monde partagé et de la quête de l’essence.

 

Je voudrais finir en citant le poète palestinien Mahmoud Darwich :

هنا ،
عند مُنْحَدَرات التلال ،
أمام الغروب وفُوَّهَة الوقت ،
قُرْبَ بساتينَ مقطوعةِ الظلِ ،
نفعلُ ما يفعلُ السجناءُ ،
وما يفعل العاطلون عن العمل:
نُرَبِّي الأملْ

Ici, sur les pentes des collines, face au couchant
Et à la béance du temps,
Près des vergers à l’ombre coupée,
Tels les prisonniers,
Tels les chômeurs,
Nous cultivons l’espoir.

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