Anis Sahbani : «La force de l’intelligence artificielle réside dans sa capacité à traiter de grands volumes de données dépassant de loin les capacités humaines.»

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Anis Sahbani CEO & Founder Enova Robotics

Entretien avec Anis Sahbani, CEO & Founder – Enova Robotics

Présentez-nous Enova Robotics et sa gamme de robots ? 

Enova Robotics est une entreprise totalement exportatrice. Elle est spécialisée dans la conception et la fabrication de robots mobiles ainsi que l’intelligence artificielle. Elle a été créée en Mai 2014 à Novation City, à Sousse. Elle est la première entreprise en Afrique et dans le monde arabe fabriquant sa propre marque de robot. Aujourd’hui, Enova Robotics est également basée à Paris. Elle opère dans deux secteurs principaux, à savoir : la sécurité et la santé.

Dans le domaine de la sécurité, Enova Robotics était pionnière à l’échelle mondiale à mettre sur le marché en 2015 un robot de sécurité à usage civile (par opposition à usage militaire). Le PGuard est un robot mobile assurant de façon complètement autonome des missions de sécurité (patrouille autonome) et de levée de doute. Il est déployé essentiellement dans des grands sites industriels, des aéroports ou encore pour surveiller des frontières. PGuard a été récemment déployé par le ministère de l’Intérieur tunisien pour assurer le maintien de l’ordre et pour respecter les consignes de confinement.

Le robot Veasense a été développé pour le marché de la santé. Il assure des fonctions de télé-présence permettant à une personne de se téléporter virtuellement. En terme plus simple, le robot assure une fonction de visioconférence mobile. Il permet de maintenir le lien social entre une personne et ses proches. Veasense a été déployé depuis 2016 dans les maisons de retraite en Europe permettant aux familles de rendre visite à leur parent ou proche sans se déplacer (via le robot). Ce robot a été déployé récemment dans l’hôpital Abderrahmen Mami en Tunisie. 

Enova Robotics dispose également d’autres produits dans son portefeuille, tel que le robot MiniLab. Il s’agit d’un robot destiné aux universitaires et au laboratoires de recherche permettant l’apprentissage de la robotique par les universitaires. 

Très prochainement, deux autres robots seront mis sur le marché. Le premier est nommé Jasmin permettant d’effectuer le tri des patients à l’entrée des hôpitaux. Il est équipé de caméra thermique mesurant la température et du Chatbot Aziza de la Start-up tunisienne iCompass. Suite aux réponses aux questions posées et à la mesure de température, un score Covid-19 est déterminé. Le robot indiquera ainsi le circuit à adopter par le patient au sein de l’hôpital.

Le deuxième permettra d’effectuer la désinfection des grandes surfaces par pulvérisation de produits en toute autonomie.

Le robot de surveillance PGuard a fait fureur dans les rues de Tunis pendant la période du confinement suite au coronavirus. Pourquoi le ministère de l’Intérieur a-t-il fait appel à votre start-up ? 

Au moment de la décision du confinement et de la fermeture des frontières à l’échelle mondiale, Enova Robotics s’est retrouvé avec un stock de robots sans visibilité sur une date potentielle d’ouverture de frontière et de reprise économique. Le conseil stratégique a décidé, à l’unanimité, de mettre à disposition des autorités l’ensemble des robots pour servir à combattre le Covid-19.

Il fallait tout un autre contexte d’utilisation de nos robots. C’est dans ce cadre que les robots PGuard ont été mis à disposition du ministère de l’Intérieur tunisien. L’objectif principal de ce robot était de protéger les forces de l’ordre en appliquant les consignes de distanciation et de diffuser des messages incitant au confinement. Il a également participé au maintien de l’ordre et à la vérification des autorisations de circulation à distance. La solution a été vite adoptée et utilisée dans les rues de la capitale. Il s’agissait d’une première mondiale consistant à utiliser une telle technologie dans ce contexte particulier. Ce qui lui a valu une couverture médiatique mondiale lors de son déploiement.

Peut-on confier notre sécurité à l’Intelligence Artificielle ? 

La force de l’intelligence artificielle réside dans sa capacité à traiter de grands volumes de données dépassant de loin les capacités humaines. Elle est déjà utilisée, à titre d’exemple, par des banques pour détecter des transactions suspectes. Elle est aussi utilisée dans le domaine de la santé pour effectuer des diagnostics. Dans le domaine de la sécurité, l’intelligence artificielle permet de détecter des comportements suspects ou encore de prédire des intrusions.

Comme la plupart des technologies, le but de son existence est de faciliter ou d’automatiser les tâches humaines. A ce jour, il y a tout le temps un opérateur humain en bout de chaîne pour valider les conclusions des algorithmes d’IA. 

Cependant, son déploiement soulève des questions éthiques telles que la protection des données personnelles, ou encore à quel moment l’opérateur humain est positionné dans la chaîne pour valider les décisions prises par l’IA.

Au mois d’août 2018, le PDG d’Enova Robotics avec 116 chefs d’entreprises de tous les continents (dont Elon Musk et Stephen Hawking) ont signé une lettre ouverte prévenant l’ONU des dangers des robots-tueur et de l’IA. Les robots ne doivent pas prendre la décision (suite à l’utilisation de l’IA) de tuer un humain. En septembre 2018, le parlement européen a adopté une résolution visant à interdire les systèmes d’armes létales autonomes ou robots-tueurs.

Pour résumer, comme nouvelle technologie, l’IA peut apporter des grands progrès pour l’humanité mais aussi peut la détruire en cas de mauvais usage. On a toujours à l’esprit le nucléaire qui a été développé initialement pour des fins médicales et utilisé ultérieurement pour d’autres besognes.

Quel avenir pour la robotique en Tunisie ?

En Tunisie et dans d’autres pays, il y a un choix stratégique à faire : sommes-nous des consommateurs ou des producteurs de technologies ? La robotique et l’IA ont démontré leur utilité en temps de crise. La Tunisie base aujourd’hui son développement sur l’industrie traditionnelle. Ce secteur a besoin de se moderniser et de passer à l’industrie 4.0. La robotique s’avère ainsi un passage obligé. Par ailleurs, dans le secteur sécuritaire, la Tunisie importe des robots qu’elle pourrait produire localement. Pour finir, les industriels ont répondu lors de la crise du Covid-19 à la question «peut-on produire ?», il reste aux décideurs de répondre aujourd’hui à la question «veut-on produire ?»

Quelles sont les solutions innovantes d’Enova Robotics ? 

Chaque robot développé par Enova Robotics comporte une innovation et une rupture technologique. Elle possède dans son portefeuille un certain nombre de brevet protégeant ses innovations. A titre d’exemple, PGuard, le robot de sécurité, a une précision de localisation de quelques centimètres ce qui lui confère une autonomie exceptionnelle. Il est doté d’une intelligence artificielle capable de reconnaître et classé plus de 1000 objets. Il sera bientôt capable de détecter des comportements suspects et de prédire des intrusions.

Vos futurs projets ?

Plusieurs projets sont en cours. Pour le robot de sécurité, nous travaillons pour le doter de moyens de défense non-létaux (flash aveuglant, bruit assourdissant, …). De point de vue plus général, nous visons à être le leader mondial en robotique mobile. Ceci ne peut pas se réaliser dans des délais réduits sans l’aide et l’appui des décideurs.

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