Tunisie – Tourisme : 164 hôtels fermés, 1 milliard de dinars d’investissements bloqués

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Mohamed Yahyaoui, président de la Commission du tourisme à l’Assemblée des Représentants du Peuple (ARP), a dressé un état des lieux préoccupant d’un secteur qui rapporte quelque 8 milliards de dinars de recettes en devises à l’économie nationale, mais qui pâtit d’un soutien budgétaire en recul et d’une gouvernance fragmentée, à quelques mois du lancement de la saison estivale.

S’exprimant sur les ondes d’Express FM, il a précisé que l’enveloppe budgétaire consacrée au secteur touristique a reculé de 4 % cette année, une contraction que le parlementaire juge incompatible avec les ambitions affichées et les défis structurels auxquels l’industrie fait face.

C’est dans ce cadre que la Commission du tourisme a décidé d’engager une série d’auditions, d’abord auprès des agences de voyages, puis auprès du ministère du Tourisme. Ces consultations visent à préparer la prochaine saison estivale tout en assurant le suivi des préparatifs liés à la désignation de Tunis comme capitale du tourisme arabe pour l’année 2027, une distinction accordée à la Tunisie lors de la 28e session du Conseil ministériel arabe du tourisme, réunie à Bagdad le 9 décembre 2025.

Mohamed Yahyaoui souligne également que la multiplicité des administrations impliquées, à savoir les ministères de l’Intérieur, du Commerce, du Transport et de l’Environnement intervenant en parallèle du ministère de tutelle, engendre des chevauchements de compétences qui nuisent à la cohérence de l’action publique.

L’absence du Conseil supérieur du tourisme aggrave encore cette situation estime le parlementaire notant que cet organe, dont la création avait été annoncée pour assurer une coordination entre les différentes parties prenantes, n’a jamais été activé. Yahyaoui estime que sa mise en fonctionnement effective, assortie de réunions régulières, aurait permis de débloquer nombre de dossiers en souffrance. Il préconise, en attendant, la constitution d’une commission interministérielle regroupant les représentants de toutes les structures concernées, placée sous la présidence du ministre du Tourisme.

Sur le terrain, 164 hôtels demeurent fermés, symptôme d’une dégradation avancée des infrastructures dans les anciennes zones touristiques, qui appellent des programmes de réhabilitation dont le financement reste à définir. Les problèmes d’aménagement du territoire constituent un autre frein majeur avec les documents d’urbanisme n’ayant pas été actualisés depuis plusieurs années bloquant des projets d’investissement privé estimés à 1 000 millions de dinars, notamment dans la région de Tabarka.

Le secteur de l’hébergement alternatif est également pénalisé par l’inexistence d’un cahier des charges réglementaire, ce qui maintient plusieurs projets dans une situation de blocage administrative, en dépit de leur potentiel pour élargir et diversifier l’offre touristique nationale. La restauration touristique, quant à elle, n’a pas survécu sans dommages à la pandémie de Covid-19, de nombreux établissements ont déposé le bilan, faute d’un accompagnement public suffisant, et la pression fiscale combinée à la complexité des procédures d’autorisation continue de peser sur les opérateurs encore en activité.

Environ 130 propositions de loi ont été soumises par les députés, dont plusieurs se heurtent, selon Yahyaoui, à des résistances du pouvoir exécutif. Le Code de l’investissement et la lourdeur des procédures administratives qu’il génère font partie des sujets de friction, au détriment d’une attractivité que le pays peine à reconquérir aussi bien auprès des investisseurs étrangers que nationaux.

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