Matthieu Galais : «Chez Roche Tunisie, nous sommes engagés depuis plus de trente ans aux côtés des autorités de santé, des professionnels et des patients tunisiens»

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Matthieu Galais, Directeur Général de Roche Tunisie, Libye

Interview avec Matthieu Galais, Directeur Général de Roche Tunisie, Libye.

Lors de l’Africa Press Day 2026 à Nairobi, plusieurs intervenants ont insisté sur l’idée que la santé ne doit plus être considérée uniquement comme une dépense publique mais comme un véritable investissement économique pour les États africains. Concrètement, Comment cette vision peut-elle se traduire dans un pays comme la Tunisie, où les budgets de santé restent contraints ?

La discussion qui a eu lieu lors de l’Africa Press Day à Nairobi traduit une évolution importante dans la manière d’aborder les politiques publiques de santé. Pendant longtemps, la santé a été considérée principalement comme un poste de dépense budgétaire. Or les données économiques montrent clairement qu’elle constitue aussi un levier de croissance, de productivité, de stabilité sociale et de souveraineté.

Le cancer du sein en est une illustration très concrète. En Tunisie, plus de 31 000 années de vie en bonne santé ont été perdues entre 2017 et 2023, ce qui représente près de 200 millions de dollars de pertes de productivité pour l’économie nationale, soit plus de 586 millions de Dinars Tunisiens. (Source : étude WifOR, Tunisie)

Les analyses économiques montrent également que chaque dollar investi dans la prévention, le diagnostic précoce et l’accès aux traitements innovants peut générer jusqu’à 12 dollars de retour économique. Ces gains proviennent notamment du maintien des patients dans la vie active et de la réduction des complications liées aux diagnostics tardifs.

Cette approche se traduit concrètement en Tunisie par des initiatives que nous menons en partenariat avec les autorités de santé pour renforcer le dépistage, améliorer le diagnostic précoce et optimiser les parcours de soins, notamment en oncologie.

Dans un contexte budgétaire contraint, la question n’est donc pas uniquement d’augmenter les dépenses de santé. L’enjeu est surtout d’investir de manière plus stratégique, en renforçant la prévention, le dépistage et l’accès à l’innovation. Ce sont ces investissements qui améliorent durablement les résultats de santé tout en soutenant la performance économique des pays.

Ces données montrent que la santé n’est pas seulement une dépense publique : c’est aussi un investissement stratégique pour la croissance et la résilience économique des pays.

Investir dans la santé, c’est investir dans la performance économique des pays.

Une grande partie des discussions à Nairobi a porté sur la souveraineté sanitaire du continent africain. Pour un pays comme la Tunisie, qui dispose déjà d’une base industrielle pharmaceutique et d’une expertise médicale reconnue, quelles seraient selon vous les priorités pour renforcer cette souveraineté dans les années à venir ?

La souveraineté sanitaire, c’est un sujet central auquel nous sommes particulièrement attachés chez Roche. Cela passe par le développement des capacités locales, notamment dans la recherche clinique, la production pharmaceutique et la formation des professionnels de santé.

Les discussions à Nairobi ont également montré à quel point les données de santé sont devenues un actif stratégique. Mieux comprendre les réalités épidémiologiques locales permet de développer des solutions médicales mieux adaptées aux populations.

Enfin, renforcer la souveraineté sanitaire suppose aussi de réduire les délais d’accès à l’innovation médicale, afin que les patients africains puissent bénéficier des avancées thérapeutiques dans des délais comparables à ceux observés dans d’autres régions du monde. L’innovation permet, non seulement de faire bénéficier aux patients des dernières solutions de diagnostic ou thérapeutiques, mais elle permet aussi d’attirer des investissements locaux pour accompagner le développement et le renforcement des capacités des systèmes de santé.

Ces trois dimensions, capacités scientifiques, maîtrise des données et accès plus rapide à l’innovation, sont essentielles pour renforcer la résilience et la souveraineté des systèmes de santé.

En Tunisie, cette dynamique se traduit déjà par des initiatives concrètes, notamment le développement d’études cliniques, les réflexions sur la mise en place de registres nationaux, et des collaborations étroites avec les autorités de santé pour mieux structurer les parcours de soins.

 

À l’Africa Press Day 2026, plusieurs experts ont également souligné l’importance d’une approche continentale pour relever les grands enjeux de santé publique. Voyez-vous émerger aujourd’hui une véritable coopération africaine en matière d’innovation médicale, de recherche clinique ou de financement de la santé ? Et quel rôle la Tunisie pourrait-elle jouer dans cette dynamique régionale ?

Un autre enseignement majeur de l’Africa Press Day est que les grands défis sanitaires du continent ne peuvent plus être abordés uniquement à l’échelle nationale.

On observe aujourd’hui une dynamique croissante de coopération africaine, notamment dans la recherche, la surveillance sanitaire et le partage des données.

Le rôle d’organisations continentales comme Africa CDC est central pour structurer cette collaboration et renforcer la capacité collective du continent à anticiper et répondre aux crises sanitaires.

Des plateformes de données régionales et des réseaux de recherche se développent également pour améliorer la compréhension des maladies et renforcer la coordination entre les systèmes de santé.

Dans cette dynamique, la Tunisie a un rôle naturel à jouer. Grâce à la haute compétence de ses médecins, à ses infrastructures hospitalières et à son expertise scientifique, elle peut contribuer à renforcer les partenariats régionaux, notamment dans la formation médicale, la recherche clinique et la diffusion des bonnes pratiques de prise en charge.

Cette dynamique s’inscrit également dans une vision plus large où la Tunisie peut jouer un rôle de hub régional, notamment en matière de formation, de recherche clinique et de partage d’expertise à l’échelle nord-africaine et africaine.

La santé devient aujourd’hui un enjeu de souveraineté, mais aussi un puissant levier de coopération entre les pays africains.

Le système de santé tunisien est souvent reconnu pour la qualité de ses médecins et de ses infrastructures, mais il fait aussi face à des contraintes budgétaires et à des tensions sur l’accès à certains traitements. Selon vous, quelles réformes structurelles pourraient permettre de mieux concilier innovation médicale, maîtrise des coûts et accès équitable aux soins ?

Le système de santé tunisien jouit d’une reconnaissance légitime, portée par l’excellence de ses infrastructures et la haute technicité de ses praticiens. Depuis mon arrivée en Tunisie le 1er décembre dernier, j’ai l’opportunité de côtoyer chaque semaine des professionnels de santé d’une compétence remarquable. Sous l’impulsion d’autorités engagées, le pays déploie aujourd’hui des réformes courageuses et visionnaires, visant à faire rayonner ce modèle de soins pour les patients nationaux comme internationaux.

En même temps, comme beaucoup de systèmes de santé dans le monde, il fait cependant face à un double défi : maîtriser les coûts tout en garantissant l’accès aux innovations médicales.

L’expérience internationale montre que les systèmes les plus performants reposent sur trois piliers.

Le premier est un financement plus solide et plus équilibré, permettant de mieux répartir les coûts et de limiter les dépenses directes pour les patients.

Le second est l’organisation du parcours de soins. Une meilleure coordination entre la médecine de proximité, les hôpitaux spécialisés et les services de suivi permet d’améliorer à la fois l’efficacité du système et la qualité de la prise en charge.

Enfin, l’innovation dépasse largement le cadre du médicament. Les technologies numériques, la télémédecine et les outils de diagnostic avancés ouvrent de nouvelles perspectives pour améliorer l’efficacité des systèmes de santé tout en optimisant l’utilisation des ressources disponibles et en renforçant la performance globale et la coordination du système de santé.

Cela passe notamment par le développement de solutions concrètes, telles que la digitalisation des parcours de soins, la mise en place d’outils de suivi des patients ou encore le renforcement des capacités des professionnels de santé.

Chez Roche Tunisie, nous sommes engagés depuis plus de trente ans aux côtés des autorités de santé, des professionnels et des patients tunisiens afin de trouver ensemble des solutions pérennes qui permettent l’accès à une santé de qualité.

Avec la progression rapide des maladies chroniques (cancers, diabète, maladies cardiovasculaires) la demande de soins spécialisés ne cesse d’augmenter en Tunisie. Comment les systèmes de santé peuvent-ils anticiper cette évolution démographique et épidémiologique, notamment en matière de prévention, de dépistage et d’organisation du parcours de soins ?

La transition épidémiologique, avec la relative maîtrise des maladies transmissibles mais la progression rapide des maladies chroniques comme les cancers, diabètes, maladies cardiovasculaires, constitue aujourd’hui l’un des principaux défis pour les systèmes de santé dans le monde, et l’Afrique n’y échappe pas. 

L’un des constats partagés lors des discussions à Nairobi est que de nombreux patients arrivent encore trop tard dans le système de soins, souvent en raison d’un diagnostic tardif ou d’un parcours de soins fragmenté.

Pour répondre à cette transition, plusieurs priorités s’imposent. La première est de renforcer les politiques de prévention et de sensibilisation afin de réduire les facteurs de risque et d’encourager les comportements favorables à la santé. 

La deuxième est d’élargir les programmes de dépistage et de diagnostic précoce. Détecter la maladie plus tôt permet non seulement d’améliorer les chances de survie des patients, mais aussi de réduire les coûts pour le système de santé. 

Enfin, il est essentiel de structurer des parcours de soins plus intégrés, qui permettent une meilleure coordination entre la médecine de proximité, les hôpitaux spécialisés et le suivi à long terme des patients. 

C’est en agissant simultanément sur ces différents leviers que les systèmes de santé pourront répondre durablement aux défis démographiques et épidémiologiques des prochaines décennies.

Pour adresser ces priorités complexes, je crois profondément à l’impact des Partenariats Public-Privés. C’est en plaçant le patient au centre, et en co-construisant avec l’ensemble des partenaires et des compétences, que nous construisons des solutions durables.

Cela se traduit concrètement en Tunisie par des initiatives menées aux côtés des autorités et des professionnels de santé, des initiatives de sensibilisation, de dépistage et de renforcement du diagnostic, afin d’intervenir plus tôt dans le parcours de soins.

L’avenir des systèmes de santé dépendra de notre capacité à prévenir plus tôt, diagnostiquer plus vite et organiser des parcours de soins plus efficaces.

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