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Mansur Zhakupov : « Nous ne vendons pas seulement du carburant mais et surtout des solutions de mobilité »

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Rencontre avec Mansur Zhakupov, président Groupement professionnel des pétroliers (GPP), Chambre syndicale des sociétés de distribution des produits pétroliers relevant de la Centrale patronale.

 

 

Quelles sont les principales missions de votre groupement professionnel ?

 

En fait les Groupement Professionnel des Pétroliers est une chambre syndicale qui fédère les professionnels  de distribution des produits pétrolier. Ses missions sont à la fois des missions classiques comme la défense de nos intérêts, être l’interlocuteur unique de l’Administration et des partenaires sociaux. Mais au-delà de cet aspect, le GPP est un cercle où l’on réfléchit  sur l’avenir du secteur d’autant plus que nous visons dans une époque marquée par la transition énergétique et l’avènement d’une mobilité nouvelle qui ne sera plus à base d’essence mais plutôt électrique et hydrogène et qui donc est bien préparée. Notre mission est aussi de réfléchir sur l’avenir lointain mais aussi l’avenir proche, s’agissant notamment de la sécurité énergétique du pays et son approvisionnement. Nous représentons donc une force de proposition en nous employant à exercer un rôle constructif avec le ministère de l’Energie, compte tenu de la qualité du dialogue que les parties entretiennent. En outre, une des forces de ce groupement et de comprendre des sociétés internationales capables d’apporter des idées neuves et de partager des expériences vécues  et réussies dans d’autres pays.

 

Alors justement est-ce que le caractère international de vos membres est totalement compatible avec les soucis de la Tunisie en matière de sécurité énergétique ?

 

La Tunisie est un pays très structuré et qui s’est doté depuis longtemps d’un cadre réglementaire qui oblige les opérateurs du secteur de disposer de stocks de sécurité.  Ces stocks doivent représenter 60 jours de vente de carburant. Les règles de jeu qui régissent notre secteur sont très claires. Et l’administration tunisienne joue pleinement son  rôle de régulateur et de gendarme, ce qui réduit à zéro le risque de pénurie en carburant. L’à où il ya effectivement problème, c’est au niveau du GPL dans la mesure où les normes de sécurité au niveau du stockage ne sont pas respectées sauf par la Société Nationale, la SNDP. Il faut savoir aussi que la sécurité du stockage du GPL requiert des investissements très lourds alors que les marges sont, elles, très faibles ce qui fait que les stocks sont limités. Mais nous y arrivons quand nous mobilisons le sérieux et la bonne logistique et assurons ainsi un approvisionnement très régulier.

 

Pour revenir à votre question, il est vrai que nous appartenons à des groupes internationaux mais nous sommes aussi des sociétés tunisiennes avec des équipes majoritairement locales et qui assurent le management quotidien. Pour certains de nos collègues multinationales, c’est une source de fierté.

 

La Tunisie veut accélèrer sa transition énergétique en misant notamment sur des sources plus propres comme le photovoltaïque et l’éolien. Est-ce compatible avec la stratégie des membres du GPP ? 

 

Je pense qu’il y a deux débats. Celui de la génération électrique ; aujourd’hui, le mix électrique tunisien est à base de gaz naturel et à hauteur de 95%. Et à l’horizon de 2030 et en tenant compte de l’accroissement de la consommation de l’électricité et le déclin de la production de Gaz domestique, la Tunisie sera confrontée à deux alternatives. Soit trouver de nouveaux gisements de gaz de production locale ou l’importation, soit trouver des sources électriques nouvelles comme les énergies renouvelables ou encore augmenter l’électricité que nous importons d’Italie.  C’est le sens du débat qui a été récemment animé par le cercle Kheiredine. Et puis, il y a un second volet à savoir, celui de la mobilité. Comme dans de nombreux pays, la mobilité terrestre en Tunisie et principalement à base d’essence et de gasoil.  Mais un jour, on basculera dans la mobilité électrique ou hydrogène. Mais ce n’est pas pour demain, c’est dans vingt à trente ans. En Tunisie, la consommation en carburant est appelée à croître, compte tenu de la croissance économique et la hausse constante du taux de motorisation. Et le nombre de voitures aussi ne va cesser d’augmenter.

 

Et la voiture électrique ?

 

Le driver principal qui pousse vers l’électrique, c’est aujourd’hui la baisse des émissions du CO2. En Tunisie, il est vrai que la mobilité électrique et sous certaines conditions, pourrait atténuer le déficit de la balance commerciale en  matière de gaz et de pétrole.  Mais pour bien comprendre, il faut se placer du côté des consommateurs. La voiture électrique est plus chère qu’un véhicule à combustion interne. Pour le moment, le prix d’achat est encore un frein. Il faudra attendre l’horizon 2025 et la baisse du prix des batteries pour que la voiture électrique représente un  coût abordable. Mais d’ici là, on n’aura pas beaucoup d’acheteurs en Tunisie, si on se base sur des critères économiques. L’envol de la voiture électrique suppose aussi le déploiement d’équipements spécifiques et les complexes sont coûteux. Nous aurons alors un important rôle à jouer dans la chaîne des valeurs de la voiture électrique. Nous ne vendons pas seulement du carburant mais et surtout, des solutions de mobilité. Et nous serons des acteurs majeurs de la transition énergétique.

 

Et les énergies renouvelables ?

 

Encore une fois, nous devons nous fonder sur le fait que 95% du  mix électrique tunisien est généré à partir de gaz naturel.  D’ici 2030, les besoins en gaz et pour générer du mix électrique,  produiront forcement un gaz qu’il faut combler. On peut effectivement combler ce gaz à partir des énergies renouvelables. Mais cela dépendra de la vitesse de ces nouveaux projets électriques ainsi que des défis technologiques et financiers que cela représentent pour le pays.

 

 

Interview conduite par Nabil ALLANI


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