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EXCLUSIF GHASSEN BELHADJ : «l’affaire Fadhel Abdelkefi risque de peser sur l’appétit de nos investisseurs pour explorer d’autres marchés à l’étranger »

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« Entretien exclusif avec ghassen BELHADJ, Ancien DG Integra Bourse Maroc (Groupe Tunisie valeurs) »

L’affaire polémique qui a éclaboussée la carrière politique de Fadhel Abdelkafi est une pure instrumentalisation politique. Interview


Vous avez occupé le poste de DG d’Integra Partner Maroc (groupe Tunisie Valeurs) ce qui fait de vous un témoin clé dans l’affaire Fadhel Abdelkafi ?


 
D’abord «témoin» je n’aime pas le terme par ce que cela évoque un contexte délictueux ce qui n’est nullement cas. Ceci dit, oui j’ai été le premier responsable et même le maître d’ouvrage de cette décision managériale qui consiste en l’acquisition du Système d’Information de Tunisie Valeurs par sa filiale marocaine en totale transparence avec les autorités marocaines (l’office des changes et le régulateur du marché financier) et l'ensemble des organes de gouvernance de la société.


Je m’en réjouis encore aujourd’hui puisque je considère avoir ainsi contribuer à la confection du meilleur système d’information dans son genre au Maroc bâti sur un savoir-faire 100% tunisien : Un mini SUCCESS STORY qui nous rappelle à quel point notre matière grise est compétitive par rapport à l'économie marocaine plus que jamais perçue comme notre premier rival et le modèle de réussite régional qui nous fait de l’ombre sur la scène internationale en matière d’attractivité pour les IDE.

 
Pourquoi tant de polémiques et tant d’incompréhensions ?

 
Je considère que cette incompréhension provient plutôt de la technicité de cette opération conjuguée avec le jugement disproportionné qui y a été associé. La preuve c’est que les information relayés dans les réseaux sociaux n’ont aucun lien avec la réalité.Ce qui ne fut apparemment pas au goût de tout le monde. Je dis cela car les informations relayées dans les réseaux sociaux sont en décalage flagrant avec la réalité et cette déformation de la réalité ne peut pas être fortuite à mon avis.


En effet, cette affaire purement administrative qui se réduit tout simplement à un vice de forme (non information en amont d’une opération d’export) a été perçue et communiquée comme une infraction de fond relayée dans des versions diffamatoires à la limite du ridicule.


Je ne suis pas en mesure de définir les mains occultes derrières cette polémique mais il est de mon devoir d’expliquer à l’opinion publique dans des termes simples et intelligibles la réalité de cette affaire. Il s’agit d’une opération de cession d’un Logiciel tunisien d’une société mère à sa filiale dont la contrepartie a été inscrite d’abord en compte Courant associés (qui devait être payée ultérieurement par transfert de fonds à partir du Maroc) et qui a ensuite convertie en capital parce que les fonds propres de la filiale devaient être renfloués de par l’exigence légale du régulateur du marché financier marocain. En gros, c’était ou passer par cette conversion ou envoyer un montant équivalent par transfert de devises. Je pense que l’arbitrage dans les conditions de la balance du pays à l’époque est plus qu’évident et qu’il fallait faire valoir cette créance comme apport en Capital qui a d’ailleurs été rapatriée en devise après cession de la filiale.


Toutes les autorisations préalables du côté des autorités marocaines (premières concernées puisque l’opération a une incidence négative sur la balance commerciale) ; sauf que l’information en amont des services de la douane tunisienne n’a pas été effectuée par simple méconnaissance de la procédure (car je ne vois pas en quoi cela aurait changé la donne pour
la société qui a effectué la transaction). D’ailleurs, une demande de régularisation a été adressée par la société mère aux service de la BCT dès qu’elle a été tenue informée de cette omission procédurale qui ont fini par classer l’affaire (courrier à l’appui) mais semble-t- il les services juridiques de la douane ont quand même saisi la voie judiciaire en aparté.


 
Es-ce que la législation tunisienne est un frein pour exporter notre savoir-faire dans le domaine de l’ingénierie financière ?

 

Tout en reconnaissant à la législation tunisienne son rôle prépondérant dans la répression des fraudes et la protection contre les abus, je me permets de dénoncer dans le cas d'espèce une rigidité inutile qui risque de faire jurisprudence et de dissuader plus d'un champion national à explorer d'autres marchés à l’étranger ou d'exporter leur savoir-faire local. Notre classement dans l"Ease of doing business" a reculé de 31 places en 6 ans (de 46 à 77) et on ne peut plus se permettre une administration qui juge des affaires par contumace ni un décalage de position aux antipodes entre la Banque centrale et la Douane relevant d'un même ministère.


Oui, ce genre de législation peut constituer un frein à l’export et nous n'avons plus le choix que de troquer l'esprit totalitaire de "tolérance zéro" (dont on voit là une démonstration de force) pour évoluer vers un système de régulation par nature des faits et être plus regardant par rapport au moral des investisseurs et exportateurs qui se trouvent être le maillon le plus fragilisé de notre économie quasi en panne.


 
Quel regard portez-vous sur l’évolution de ce secteur en Tunisie ?


Le secteur d'export des solutions informatiques développés à l’échelle nationale et par des compétences locales recèle un potentiel énorme pour notre pays. Nous avons des expertises en développement informatique qui rivalisent avec les pays les plus avancés. Il faut donc les canaliser et les valoriser par des initiatives d'encouragement des plateformes d'OFF SHORING et/ou d'outsourcing. Finie l'ère des CALL center à prestation basique, la valorisation et l’appui de notre matière grise à l'export à l'instar de VERMEG ou TALAN est notre seule chance de sortir de l'impasse.


Propos recueillis par Nabil ALLANI


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